Quête — A la rescousse des Gérudos — Assaut sur la Citadelle Noire

Final d'une quête qui n'a que trop duré !

[ Hors timeline ]

Elle remonta doucement le foulard sur son nez, jusque sous ses yeux qu'elle portait sur l'horizon. La tempête montait, et vite. Bien trop à son goût, mais le sable mentait trop peu pour qu'elle ne le prenne pas au sérieux. Elle le savait parfois trompeur, certes, mais elle parvenait tout de même à le comprendre. Seuls les ignorants se laissaient prendre à ses petits jeux. Ce n'était plus son cas depuis longtemps. « Merci capitaine », souffla-t-elle du bout de lèvres qu'elle venait tout juste de couvrir. L'Hylien venait de lui faire un rapport complet et détaillé des mouvements aux portes du Désert. A aucun moment, disait-il, ils n'avaient assisté à de réelles tentatives de percer leur lignes. Sans quitter le pont détruit des yeux, sa paume vint épouser le joyau incrusté dans le pommeau de son cimeterre. Les événements de Cocorico, mais aussi les villages rasés, les hameaux incendiés et les quelques réfugiés qu'ils avaient croisés démentaient la version de l'officier. Sans un mot de plus, elle s'accroupit, récupérant un peu de sable sec dans sa main. « Une Gérudo a rejoint votre garnison, vous disiez ? » S'enquit-elle ensuite, observant les grains couler entre ses doigts, comme l'esprit des égarés filait entre les dunes des Ergs Hantés. « C'est le cas, ma Da... — », commença le capitaine, avant se reprendre. « Oui, ma Reine. Elle prétend s'appeler Tali Norka Thorlak, avoir servi sous vos ordre et venir de la Tenure d'Ilya. Du Castel, plus précisément. » Nabooru garda le silence, cherchant du regard ses traîtresses de sœurs qu'elle imaginait cachées, en embuscade dans les Gorges. La lune éclairait à peine les chutes qui brillaient bien faiblement pour la saison. L'avant-bras reposant sur le genoux, elle se contenta d'un hochement de tête, sans confirmer ou infirmer le récit que lui faisait le soldat de la Couronne. Elle se souvenait trop peu de Tali pour donner davantage de détails, de toute façon.  « Bien », fit-elle simplement en se relevant, « Je veux qu'elle gagne ma tente d'ici quinze minutes au plus tard. Faites rassembler les hommes et les femmes avec qui je suis arrivée et faites-leur le même rapport que celui que vous m'avez fait à l'instant. Ne parlez pas de Tali. » La voix de la Suzeraine de l'Orient avait cette intonation très spéciale, propre aux véritables souverains. Et quand bien même l'Hylien ne répondait, en théorie, qu'aux ordres du Général Rusadir, du Sénéchal Cerscastel ou de la Reine d'Hyrule, elle savait que son propos ne souffrirait pas la moindre contradiction. « Faites également préparer des vivres en nombre. Nous partirons avant le lever du soleil. » Ajouta-t-elle enfin, partant sans se retourner, ni remercier l'officier. Le temps ne lui était que trop compté.

Sans chercher après ses hommes ou même après Nesreen, la jeune Reine traversa le campement d'un pas vif plus que pressé. Elle ignorait comme Ganondorf s'y prenait pour flouer des hommes d'armes présent lors de la prise de sa Forteresse et qui savaient donc de quelle sorcellerie le démon était capable. Mais, partout ou elle allait ou presque, elle avait le sentiment d'être la seule à réaliser à quel point il était dangereux. Plus vil qu'un chacal, plus retors qu'un Djinn. Et elle bouillonnait intérieurement de la naïveté des forces que dépêchait Zelda pour l'affronter, pour protéger son Royaume. Une fois de plus, elle était frappée par la différence, le monde, qui les séparaient : elle et ses sœurs à venir du Désert, eux à n'avoir jamais vraiment eu à lutter pour survivre. Ces hommes n'étaient pas aux aguets. Pas assez. Et le Seigneur du Malin se jouait d'eux comme un enfant s'amuse du sort d'une libellule en bocal. Elle aurait apprécié que Link l'accompagne, ne serait-ce que pour rattraper l'image qu'elle avait des Hyliens, mais personne n'avait su le joindre et le tenir au fait de cette expédition. Dans un geste d'humeur réel, elle jeta le voile qui barrait l'entrée de sa tente, dans ce qui lui semblait être un immense douar guerrier. Jetant un rapide coup d’œil aux coussins qui pavaient le sol mieux qu'aucune tapisserie Hylienne, elle finit par se laisser tomber dessus. Ils avaient gagné l'avant-poste de Llanistar van Rusadir un peu moins d'une heure plus tôt et ne s'étaient pas arrêtés depuis près de douze heures désormais. La fatigue et la faim commençaient à la travailler, mais le plus insupportable demeurait la soif. Se saisissant d'un pichet d'eau en terre cuite, elle découvrit sa langue, désormais presque aussi aride que son ancien domaine.

Après avoir bu son saoul, la Gérudo s'attaqua brièvement à la viande de lapin grillée, laissée à son effet, non sans regretter l'absence de narguilé. Elle ignorait si cela était du à la qualité de Sage qui lui avait été révélé dans une autre vie ou si c'était seulement une habitude, mais elle aimait à fumer un peu avant le combat quand elle en avait l'occasion. Cela l’apaisait et l'aidait à se préparer mentalement à l'épreuve qu'elle allait vivre. Rongeant encore un peu la cuisse qu'elle avait entre les dents, la Reine finit par en jeter l'os, presque lasse après sa colère. Consciente que Tali n'allait pas tarder, elle récupéra deux petits coffres en bois sculpté qu'elle avait transporté depuis le Château d'Hyrule jusqu'aux confins des berges orientales du Royaume. L'espace d'une seconde, elle laissa son doigt glisser le long de des fresques gravées à même l'oranger, qui représentaient ses mères. Un bref sourire étira ses lèvres encore sèches tandis que remontaient de vieux souvenirs. En attendant sa sœur n'arrive, la Sage de l'Esprit s'attela à la préparation du henné, après avoir retiré les quelques couches de vêtements qui pesaient sur ses épaules, son visage, son torse et son dos. Elle déposa également sa tiare qui d'ordinaire ne la quittait jamais. Le commandant lui avait dit son inquiétude au sujet de la Gérudo qu'elle avait convoqué, craignant qu'elle ne soit une espionne au service du Mandrag Dragmire. Elle le craignait également, mais n'avait rien sur quoi s'appuyer. C'était précisément l'une des raisons pour laquelle elle souhaitait la voir. La dernière fois qu'elle l'avait croisé, la jeune femme était en compagnie d'un Link si mal en point qu'il en avait perdu la mémoire et elle ne semblait pas lui vouloir du mal. Au delà de ça, tout lui semblait plus flou, presque trouble. « Ma Reine », souffla une voix, la forçant à relever ses yeux ocre de sa préparation. « Ah », lança-t-elle à son tour en reconnaissant la silhouette qui se tenaient à l'entrée, maintenant la tenture levée, « Tali. Entre, installe-toi. » Là encore, le ton de Nabooru ne souffrait pas la critique ou le refus. La Gérudo s’exécuta en silence. « Le capitaine s'inquiète de ton allégeance », déclara-t-elle d'entrée de jeu et sans détour. Sauf lors des négociations qu'elles devaient parfois mener, elle avait toujours été connue pour sa franchise. « Vraiment ? » S'enquit Tali, sans rien démentir. « Vraiment », siffla Nabooru, non sans faire passer le henné à la jeune archéologue. « Il craint que tes excursions ne soient qu'un prétexte pour faire passer des informations à l'ennemi. » Plus que jamais, Nabooru refusait de nommer le mal par son nom. Non pas par crainte, mais par désir de l'humilier, de le nier, ainsi qu'il l'avait fait avec elle, lâchant sur elle sa Bête de fourrure et de bois.

C'est en silence que Tali commença son travail. La jeune femme avait très bien compris pourquoi sa Reine avait sollicité son aide. A l'aide d'un petit crayon de bois fin, elle entreprit son ouvrage. « Et toi, ma Reine ? » Demanda-t-elle après un instant, brisant le blanc qui s'installait. « Je n'ai pas encore décidé. » Nabooru soupira sans bruit, tachant de se détendre tandis que le fusain travaillait dans son dos, entre ses omoplates. « Je ne juge ni ne condamne les gens avant de les avoir vu », ajouta-t-elle alors qu'il lui semblait que Tali se crispait, derrière elle. « Je ne t'ai jamais trahie, ma Reine », lança simplement Tali, occultant un pan de son histoire sur lequel elle n'avait de toute façon eu aucun contrôle. « Et je suis encline à te croire, Tali », dit simplement Nabooru. « Je te croyais blessée, incapable de combattre », ajouta-t-elle. « C'est le cas, ô Nabooru », lança l'archéologue dans un murmure, « j'ai toujours beaucoup de difficulté à manier le sabre ». La Reine poussa un profond soupir, cette fois-ci sans chercher à masquer sa déception. Elle aurait aimé compter sur la force du bras d'une de ses sœurs, en plus de celle de Nesreen. En l'état des choses, leur petite expédition lui semblait presque être une mission suicide  – qu'elle était prête à entreprendre – et une lame de plus en laquelle elle pouvait avoir confiance l'aurait rassurée. Abigaïl et Laurent avait certainement de nombreuses qualités, mais il en fallait plus pour qu'elle accorde foi et crédibilité à un Hylien, ou pire, un homme. « Très bien », fit-elle sobrement après un troisième soupir. « En ce cas, dis moi ce que tu sais. »

"Merci, ma sœur", siffla Nabooru, peu après, en attachant le peu de tissu qu'elle avait retiré précédemment, son corps entier arborant désormais des peintures de guerre traditionnelles de son peuple. Se parant à nouveau de son diadème ainsi que de ses sabres, elle quitta la tente pour gagner le centre du douar, d'où le capitaine terminait son rapport à l'attention des troupes qui l'accompagneraient. « Comme je le disais précédemment, ce camp a été dressé à l'issue même de la bataille à la Forteresse... » Il toussota, en réalisant que Nabooru venait d'arriver et les regards se portèrent sur elle. Elle décida de les ignorer par trop consciente de la méfiance qui perçait dans chaque œil, du communautarisme qui berçait doucement chaque cœur, de la peur qui rongeait les raisons, lente mais implacable. « Mes gars et moi, on a jamais failli à la tâche », reprit le pauvre homme, achevant de l'énerver de nouveau. « On a monté la garde nuits et jours, et en dehors de quelques escarmouches, le Roi des Voleuses... ben, y s'tient plutôt tranquille. On en finit par se dire qu'on lui fait peur, même s'il poste des hom... — » Il s'arrêta brusquement, réalisant qu'il était dans le faux. « Même s'il poste des femmes un peu partout dans les gorges pour surveiller l'passage », se reprit-il, « Y'a 4 patrouilles qui se relaient environ, rien qu'à l'entrée des Gorges. Plus loin vers la Forteresse, personne sait. Ce dont on est sûrs, c'que le gros de l'armée est ici. » Elle s'avança pour couper la parole à celui que, de plus en plus, elle estimait être un incompétent. Rabaissant le foulard qui dévorait son visage jusque sous ses yeux et dévoilant les peintures complexes qui lui donnaient une gueule de serpent, elle lança, sèche et austère : « Avalez de quoi tenir et rassemblez vos affaires. Je connais un chemin derrière les chutes pour contourner la Forteresse. Nous partons dans dix minutes. » Elle les regarda se disperser, avant de plonger ses yeux dans ceux du capitaine et de le fixer en silence. L'Hylien recula, la laissant seule au centre du Douar, face aux flammes d'un feu de camps moribond. Quand vint l'heure, le dangereux soleil dormait encore profondément. La nuit était sienne et elle profiterait de cette dernière pour lancer l'assaut sur la Citadelle. La reconquête de son bastion viendrait ensuite. Pour le moment, elle souhaitait débarrasser son peuple des chaînes que lui imposait le Mandrag, quitte à passer par les tunnels et les galeries qu'elle avait elle même condamnés. Non pas pour éviter une invasion Hylienne, puisqu'elle demeurait la vassale de Zelda, au moins en théorie. Mais pour se protéger des Scolopendres d'alcôve qui en faisaient parfois un repaire. Elle lança un regard entendu à Nesreen, déplorant d'ores et déjà la nécessité de montrer un des secrets de son peuple à des étrangers, puis les guida jusqu'aux cavernes, découvrant avec stupeur qu'elles avaient d'ores et déjà été forcées. « Ichi ! — », siffla-t-elle de rage, jurant dans un langage que Nesreen seule devait comprendre. « Qu'importe », lança-t-elle ensuite, tentant tant bien que mal de contenir sa colère, repensant à tous les bénéfices immédiats qu'elle tirerait de la situation. Son entrée serait facilité, sa fuite également. Avec un peu de chance, cela l'aiderait même à accomplir ce que la dernière Nohansen Hyrule lui avait demandé de faire. Un service, une requête à laquelle elle s'était engagé à essayer de répondre. « Derrière-moi. » Cracha-t-elle simplement, prête à s'engouffrer dans les dédales dans laquelle elle était la seule à pouvoir les guider. « Walder, Sakristi, vous fermez la marche. Éclairez aussi fort que vous pouvez », ordonna-t-elle ensuite, avant de se glisser dans le labyrinthe creusée à même la roche. La hauteur sous plafond imposait de chacun qu'ils s'accroupissent, mais elle n'en avait cure. Tirant l'un de ses deux sabres, elle alluma rapidement une torche avant d’entamer la marche.

[HRP : Dernière phase de la quête, on accélère un peu le tout les cocos :) du coup, vous vous arrangez comme vous voulez mais on quitte les tunnels dès le prochain post de l'un d'entre vous pour arriver en vue de la Citadelle Noire (d'où le topic dans ce forum). Ah, et comme avant - mais cette fois-ci pour de vrai - ceux qui tardent trop verront leur tour sauté. On touche au bout, je compte sur vous !]

Ce compte est un compte narrateur : les personnages joués par le narrateur ne peuvent pas être utilisés par les joueurs ou joueuses dans leur post (sauf autorisation d'un admin) et les jets de dé du narrateur sont contraignants.



Sakristi


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Depuis le départ de leur expédition, Sakristi avait redouté un certain nombre de dangers. Mais le fléau qu’elle avait le plus craint s’étalait désormais à ses pieds. Elle était cernée, et où qu’elle ait pu décider d’aller, elle était sûre de le croiser. Le sable dans ses chaussures. A peine quelques minutes après leur entrée dans le désert que la peau de ses pieds était déjà râpée comme ces vieux fromages que son mari adorait tant. Et dès qu’elle atteignait le point où elle ne pouvait plus résister au fait de vider ses souliers, ces derniers se remplissaient à nouveau en quelques pas. *Pas étonnant qu’elles soient méchantes et folles, ces bonnes-femmes. Comment t’veux être agréable avec toute cette merde partout ?* rageait-elle en boucle dans sa tête.

Toutefois, jusqu’ici, la chaleur lui était tout à fait supportable. Peut-être était-ci inscrit dans ses veines ? Si le sarcasme avait laissé assez de place au sentimentalisme dans son cœur desséché de femme déçue, sans doute aurait-elle ressenti quelque frisson à revenir sur la terre de ses ancêtres. Bien que sa mère n’ait jamais trouvé le temps de lui conter l’histoire en détail, elle était la fille d’une orpheline à la crinière de feu, abandonnée quelque part dans les ruelles perdues de Cocorico. Les guerrières qui fautaient avec le premier Hylien qui leur semblait ‘comestible’ pour abandonner leur morveuse quelques mois plus tard parce qu’elle ne respectait pas tout à fait les standards de leur peuple si parfait étaient hélas, sans être nombreuses, assez peu rares. Et deux générations plus tard, vous retrouvez des énergumènes dans son genre qui ne trouvaient leur place nulle part. *Tssss* ronchonnait-elle alors à nouveau. En effet, elle mettait souvent son incapacité à trouver la compagnie des autres agréables sur son hérédité dont on l’avait, d’une certaine manière, privée.

Et la voilà ici. Retour aux sources, retour à ce qu’elle aurait pu être dans un autre monde qui aurait été fait autrement. Néanmoins, elle n’était ni soulagée ni envieuse de quoi que ce fut. Il lui semblait que ses cousines très éloignées avaient tellement piétiné leur esprit critique qu’elles en avaient fait une poudre très fine qui tapissait toute la vallée et qu’elles appelaient le sable. Et ça pour s’aliéner complètement devant un roi qui leur promettait monts et merveilles après avoir recouverts ces monts et merveilles du sang et des larmes d’autres personnes. En plus il était laid, et cela révoltait encore plus la sorcière. Que lui trouvaient-elles, bon sang de bois ?!

[HRP : Pour les flemmards, le post commence ici hahaha XD]


Après un énième voyage mental qui l’avait tout autant renfrognée que les précédents, l’Apothicaire redescendit au même niveau que ses compagnons pour écouter le blabla du Capitaine. Après quelques mots sortis de sa bouche, elle se souvint de la raison de son départ dans les sphères de son imagination. En bref : beaucoup de femmes armées jusqu’aux dents, surentrainées, et prêtes à défendre leur lion d’usurpateur, contre quelques paysans venus prouver leur bravoure et leur allégeance. Un coup d’œil à Walder ne la rassura pas vraiment : depuis qu’il avait manqué de tous les faire brûler, elle était quelque peu distante avec lui, hormis pour lui rappeler Ô combien elle avait apprécié sa nuit avec un beau jeune-homme à la crinière violette qu’il semblait lui aussi avoir dans sa ligne de mire. C’était drôle de l’énerver : il devenait tout rouge. Mais ça n’était pas le même rouge que quand il était gêné ou qu’il faisait un effort. Dans ses grands moments d’ennuis, Sakristi avait listé toutes ces nuances de rouge et tentait de lire dans son esprit en se basant sur elles. Elle apprendrait, dès son retour, à Negaï la joie de l’écriture juste pour qu’il en publie un parchemin. Nesreen lui donnait également toute une panoplie de bonnes idées pour le tourmenter. Une femme bien, à n’en point douter.

Fort heureusement, leur Chef, la véritable Reine, ne tarda pas à les rejoindre, et lança l’action aussi rapidement qu’elle était apparue. Sa prestance avait arraché un frisson à la vieille femme.
 « Walder, Sakristi, vous fermez la marche. Éclairez aussi fort que vous pouvez. » avait-elle conclu. Elle réprima une grimace, mais au moins, s’ils devaient mourir aujourd’hui, elle le ferait en se moquant encore une dernière fois de sa victime favorite. Et si elle l’énervait suffisamment, peut-être transformerait-il tout ce sable en un magma aussi incroyable que dévastateur. Alors qu’elle s’accroupissait pour avancer dans l’étroit passage, elle alluma quelques herbes. La flamme qu’elles générèrent venait compléter les flammes des torches pour que la lumière en soit moins agressive et plus efficace. Walder ne tarda pas à en faire de même. « Que j’te prenne pas à regarder ma croupe, l’Oisillon, t’es trop sensible pour pouvoir gérer ça. » plaisanta-t-elle. La classe n’était plus à l’honneur, et d’une certaine manière, cela l’amusait beaucoup. Et tant qu’elle avait les croupes de Nesreen et d’Abigaïl dans son champ de vision, la Sorcière n’avait pas à se plaindre.  

La traversée du labyrinthe lui parut durer une éternité tant ses membres lui faisaient mal. Et encore ce foutu sable qui s’infiltrait partout… Elle soupira, essuya son front, rangea ses mèches dans le foulard qui la protégeait, et continua.
« Shhhhht ! » fit-elle soudain pour les faire s’arrêter et stopper le bruit de leur équipement. Evidemment, ils n’entendirent rien, et elle se sentit devenir folle. Toutefois, le bruit qu’elle avait entendu ne tarda pas à se manifester une seconde fois. Un petit cri aigu, et bref. Bientôt suivi par plusieurs autres du même type. Venant de tous côtés, se faisant écho, cette symphonie de piaillements évoquaient le rire d’un pantin possédé par quelque démon. Puis suivit les battements d’ailes. Un courant d’air grandit derrière eux.

« Chauves-souris ! » cria-t-elle pour prévenir ses acolytes. Elles ne sauraient les dépasser sans mal dans ce passage aussi étroit, et risquaient d’attaquer si elles se sentaient bloquées. « Vite, il faut sortir d’ici ! » laissa-t-elle échapper, consciente qu’il fallait faire le moins de bruit possible pour que personne ne les entende arriver. Par chance, elle raisonna assez rapidement dans son début de panique. « Si la sortie ou un recoin sont plus larges, nous pourrons nous cacher alors qu’elles sortiront ! Cela pourra faire diversion, si personne ne vient se dire que quelque chose les a effrayées ! »

Et sans même s’en rendre compte, elle pria pour que la forme de la roche soit leur alliée dans ce périple où il lui semblait qu’ils n’en avaient pas.


Nesreen


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(vide)

A peine plus d’une semaine s’était passée depuis l’attaque du monstre, et elle avait l’impression que les temps avaient à peine changé. En bas, elle savait sa Reine saine et sauve, bien solide sur ses deux jambes, occupée à discuter stratégie ou que savait-elle d’autre avec les maigres renforts fraîchement arrivés. Les corps avaient été enterrés, les blessés soignés par la main habile de Sakristi, les vivres mystérieusement disparus avec la Prêtresse qu’ils avaient recueillie, et déjà un nouveau campement s’était levé sur les cendres du leur.

Mais Nesreen sentait quelque chose d’ébranlé en elle, et ça ne lui plaisait pas.

Elle s’était opposé à Ganondorf, et avait prêté allégeance à sa Reine, dans une foi et un aveuglement religieux : elle s’en rendait compte, à présent. Nabooru était la Légitime, car elle était l’incarnation, l’envoyée des Déesses, Ganondorf était l’Usurpateur, car il était un leurre créé par les démons du désert pour semer le trouble. Elle avait avancé, un creux dans le ventre, car elle était persuadée de jouer un rôle, aussi modeste soit-il, dans le maintien de l’ordre entre Bien et Mal, elle avait l’intime conviction que son fils avait été tué par le Diable, et non pour une bête erreur de timing. Elle pensait croiser le fer pour les égaux des Cieux.

Puis le massacre s’était passé.

Les entrailles de la Terre leur avaient craché ce monstre, qui avait décimé ses sœurs, et éventré ses compagnons. Ils n’avaient été que cinq à survivre, quatre clampins dans une grange en feu, un bain de sang sur les bras, et une Reine, blessée gravement, et comateuse. Une Reine malade, une Reine fragile, une Reine en danger. Une Reine mortelle. Et elle avait beau le savoir, que sa chair était faite comme la sienne, qu’elle était sa Sœur, la voir aussi vulnérable l’avait profondément secouée. Et ces jours passés à soutenir Sakristi, qui la ramenait peu à peu, avec doigté, parmi les vivants, l’avaient marquée plus profondément qu’elle ne l’aurait souhaité.


« Je me hais pour ça, tu sais ? Je me hais d’être si superstitieuse. »

Abigail et elle conversaient un peu à l’écart du campement. Ils se tenaient souvent à l’écart, depuis que les nouveaux étaient là. Dans leur débâcle, son ami avait envoyé un pigeon à la capitale, et la maigre cavalerie avait fini par rappliquer. Ils étaient quelques hommes, et avaient réussi à trouver, par ci par là, des sœurs encore Fidèles qui n’avaient pas péri, lacérées par les griffes du démon. Le capitaine était un parvenu, elle ne l’aimait pas. Il leur avait bien fait comprendre qu’il prendrait les rênes, au vu de leur apparent échec, et avait peu à peu mis Abigail de côté. Par Din ! Qu’elle le haïssait.

« Je me hais de douter d’elle, et pourtant je doute. Et ce faisant, je doute de moi. »

Elle ne le regardait pas, mais savait qu’à côté d’elle, Abigail n’avait cessé de recoudre les lanières de cuir de son équipement, un air paisible sur le visage.

« On a vécu beaucoup de choses, ces derniers temps. Normal qu'on doute un peu. »

« Non, tu comprends pas. »
Les yeux rivés sur le sol, elle examina avec soin l’amertume qui lui ronge le cœur, depuis quelques jours. Elle détestait être si fragile. Elle sentait ses fondations se fissurer. Ça ne lui était encore jamais arrivé. Avait-elle…
Peur ?


« On nous a envoyé un démon, Abigaïl. Puis un incendie. Nabooru a failli y laisser la vie. Ça fait beaucoup trop de signes. Et si... Et si les Déesses n'étaient pas avec nous ? Et si elles n'essayaient pas de nous empêcher de reprendre la Citadelle ? Regarde les, bon sang. Ils nous ont décimés pour nous remplacer par des paysans imbus d'eux même. Mais si elles ne sont pas avec nous, Abi... »

Sa voix s’éteint, dans un murmure, comme si les mots qui allaient suivre lui écorchaient les lèvres par anticipation.

« Et si nous n'étions pas du bon côté ? Et si Nabooru n'était pas légitime ? Et si... »

Elle soupira. Puis les mots sortirent, et sa langue saigna.

« Et si Ganondorf était réellement le roi du monde ? »

Abigail ne répondit pas tout de suite. Elle l’observa, alors qu’il avait les yeux rivés sur ses mains. Il semblait fatigué, lui aussi. Les derniers jours l’avaient probablement éprouvé. Ses cheveux roux étaient poussiéreux et avaient moins d’éclat, comme s’il avait négligé sa toilette.

« J'suis paysan, moi aussi. Peut-être que j'ai été trop imbu de moi, aussi. J'en sais rien. Tu sais, chez moi, ma vieille aurait dit qu'tout ça, c'est des épreuves. Qu'il faut dépasser tout ça, et continuer à trimer comme des bêtes. Parce que de là-haut, Elles nous regardent. Tout le temps. Tous les jours. Et ça, en vrai, je suis plus trop sûr d'y croire. »

Son ton posé et sa voix rassurante l’apaisèrent quasi-instantanément. C’était aussi pour ça qu’elle appréciait Abigail. Il était l’un des rares – le seul – à qui elle pouvait ainsi exposer ses faiblesses, et lui seul pouvait la rassurer rien qu’en parlant un peu.

« J'suis pas un lettré. Y'a plein de choses que je sais pas. Si ça se trouve, ouais. Qui sait. P't'être qu'on se plante depuis le début. Mais y'a une chose que je sais : je peux pas suivre Ganondorf. Et quand j'dis moi, je dis moi en tant que personne. Je pourrai jamais suivre Ganondorf, parce que tout c'qu'il dit, ça va contre qui je suis. Ses armées ont rasé des villages que j'aimais. Elles ont détruit ma maison à Cocorico, et la boutique de not' pauvre Ad'. Et qui sait, si je laisse faire, p't'être bien qu'elles vont passer sur le village de ma famille. Tu vas m'dire, même si je me bouge et que je crève, p't'être bien que ma famille va crever tout pareil. Mais en vrai, p't'être que ce qui compte, c'est que j'ai essayé. »

Nesreen resta un instant songeuse, puis sourit, enfin.

« Merci, Abi. C’est juste que parfois, j’ai l’impression que le monde entier s’est retrouvé embarqué dans une guerre d’égos. »

« Tu penses pas au monde entier, quand tu dis ça. »

« C’est vrai », avoua-t-elle dans un rire jaune. Elle jeta un regard sombre vers les tentes. « Tu l'as vue dans le coma, à deux doigts de passer l'arme à gauche. Et voilà qu'elle te met de côté et montre ses peintures de guerre devant un type qui n'a de capitaine que le nom, et qui n'était pas là quand il fallait vraiment un guide. »

Elle vit qu’elle avait fait mouche. Abi haussa les épaules, et se gratta le nez. Il ne faisait ce geste que lorsqu’il était particulièrement mal à l’aise.

« On n'a plus besoin de moi. »

« Pourquoi ? Pourquoi on n'aurait plus besoin de toi, sinon pour ça ? Explique-moi. Sans toi, on serait tous morts, Abi ! »

« J'ai pris les rênes parce qu'il fallait quelqu'un qu'ait la tête froide. Fallait qu'on sauve notre peau. Maintenant, les renforts sont là. Je suis c'que j'ai toujours été, Nesreen. Juste un soldat. J'ai servi, sur le coup, et j'pense que j'ai bien servi. Maintenant, on a plus besoin de moi. Alors on m'écarte. Ou je m'écarte. C'est comme ça que ça marche, l'armée Hylienne. J'ai l'habitude. »


Plus que tout le reste, c’était son ton calme et sa placidité qui agaçaient Nesreen au plus haut point. Mais quel chien de garnison !

« C’est injuste, et tu le sais. Mais c’est ce que j’aime pas, dans les armées. La docilité. » Son regard retourna aux tentes, et elle sourit d’un air résigné. « Je ne peux pas te juger, ceci-dit. Moi aussi, je suis docile ».

Et c’était vrai. Elle avait beau dire, elle avait beau penser, elle ne pourrait jamais remettre en cause les ordres de la Reine. Car elle était celle qui donnait un sens à la vie qu’elle s’était donnée, elle était celle qui revenait d’entre les morts pour reprendre en main sa maigre armée, et récupérer sa Citadelle. Alors, Nesreen pris congé de son ami, et alla rendre visite à son ami le capitaine, qui était occupé à discuter stratégie dans l’une des tentes les plus grosses.

Son arrivée se fit remarquer. Elle savait qu’avec sa peau noire, et sa carrure bien plus imposante que celle que les Hyliens avaient l’habitude de voir chez une femme, similaire à celle d’un homme, elle effrayait certains des soldats. Ça l’amusait beaucoup. Elle se contenta d’écouter en silence l’aberrant rapport que le capitaine dressait, l’ignorant bravement, mais se retourna comme les autres à l’arrivée de Nabooru.


« Vous souhaitez les conduire par les galeries sous la Citadelle. »

C’était du suicide. Elle conduisait leur troupe de saltimbanque droit dans la gueule du mal. En passant sous terre. S’ils avaient d’autres monstres du même calibre que celui qui les avait attaqués la semaine passée, alors ils n’auraient aucun moyen de fuite, et mourraient tous dévorés. Nesreen soutint le regard de sa Reine, songeant qu’il n’avait certainement pas le même sens pour elle que pour Nabooru, mais n’ajouta rien de plus.

Ça ne la dérangeait pas d’y passer en tentant de vaincre le Faux Roi. Elle espérait simplement qu’elle pourrait lui faire un peu de mal avant de partir.

Et ils s’engagèrent.

Abigail rampait devant, Sakristi derrière. Les taquineries de l’apothicaire adressées au petit mage avaient au moins le mérite de la faire sourire, et de lui faire oublier son humeur maussade. Elle se dit que pour éviter d’avoir peur, elle n’aurait pas dit non à une bonne rasade d’hydromel. Il lui semblait qu’elle était la seule à être dans cette état. Mais… ce monstre, sur la colline…  

Le cri de Sakristi l’alerta.
« Tout le monde à plat ventre, la tête vers le sol, protégez-vous avec vos bras ! » Siffla-t-elle. Les bestioles passèrent au-dessus d’eux dans un bruit strident, griffant les bras sans protections et éteignant les lanternes, les laissant dans le noir le plus complet. Nesreen jura. « Laurent, tu penses que tu peux rallumer les lanternes ? »

Et ils avancèrent ainsi, tant bien que mal, les muscles endoloris par la difficile ascension, les lanternes s’éteignant par intermittence… Mais la boule dans le ventre de Nesreen gonflait. Car, sous le patronage expert de Nabooru, la troupe avançait lentement, jurant, grognant, crachant, mais sûrement. Et bientôt, une lumière brumeuse vint leur agresser l’œil.

Son pire cauchemar approchait, au bout tout proche du tunnel. Le terrain conquis du Malin, son château empoisonné, l’endroit qui avait avalé son bébé, qui l’avait faite fuir, et avait fait d’elle une renégate aux yeux de Parveen, sa sœur d’âme et de sang.

La Citadelle Noire.


Abigaïl


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(vide)

« Je me hais pour ça, tu sais ? Je me hais d’être si superstitieuse. »

Nesreen cogitait depuis qu'ils avaient rejoint la garnison aux portes du Désert. Et Abigail ne pouvait que la comprendre.
Leur quête avait viré au cauchemar depuis le tout début, emportant dans les flammes et le sang une grosse partie de leur troupe armée. Transporter une souveraine affaiblie jusqu'à la Vallée Gérudo n'avait pas été une mince affaire ; le Lieutenant de Cocorico s'était avant tout assuré de la cohésion du groupe, bien que son autorité n'eut pas été accueilli de la même sorte selon les survivants. Il avait agit en soldat avant tout, et avait somme toutes accompli sa mission : les voici réunis avec une maigre partie de l'armée Hylienne, accompagnée de quelques soeurs Gérudos, à quelques pas de leur véritable mission.

Retrouver une troupe solide avait ses avantages. Abigail avait perdu une grande partie de son armement aux flammes de la grange ; c'était pour lui l'occasion de se rééquiper comme il se devait. Porter une cuirasse au milieu du désert relevait de la folie. Aussi s'était-il assuré de réparer son armure de cuir comme il se devait, avant leur expédition finale.


« Je me hais de douter d’elle, et pourtant je doute, » continuait Nesreen à côté de lui, tandis qu'il rafistolait les lanières de ses gantelets. « Et ce faisant, je doute de moi. »

Rejoindre la garnison leur avait apporté beaucoup de bien, sur le plan matériel. Ils avaient survécu avec peu de vivres, depuis la débâcle dans la plaine. Mais rejoindre la garnison les avait également éclaté, eux qui à cinq avaient formé un petit groupe compact. Aussi robuste qu'il soit, Abigaïl avait du mal à encaisser l'échec qui lui avait été reproché au réveil de la Reine... tandis que de son côté, le doute avait ébranlé les certitudes de son amie Gérudo.

« On nous a envoyé un démon, Abigaïl. Puis un incendie. Nabooru a failli y laisser la vie. Ça fait beaucoup trop de signes. Et si... Et si les Déesses n'étaient pas avec nous ? Et si elles n'essayaient pas de nous empêcher de reprendre la Citadelle ? Regarde-les, bon sang. Ils nous ont décimés pour nous remplacer par des paysans imbus d'eux-mêmes. » La colère transparaissait dans la voix de Nesreen. Abigaïl n'avait pas besoin de lever les yeux de son ouvrage pour savoir quelle expression devait passer sur le visage de sa compagne d'armes. Elle continuait sur sa lancée, la voix affaiblie par l'incertitude : « Mais si elles ne sont pas avec nous, Abi... Et si nous n'étions pas du bon côté ? Et si Nabooru n'était pas légitime ? Et si... » Un temps. « Et si Ganondorf était réellement le roi du monde ? »

Abigaïl ne sut pas quoi répondre pendant un bon bout de temps. L'idée même lui paraissait inconcevable, presque grotesque. Mais il comprenait là où Nesreen voulait en venir : il y avait rarement un bon et un mauvais camp dans toute guerre, aussi justifiable soit-elle.
Alors même que le regard troublé de la Gérudo se dirigeait vers le sol, celui de l'Hylien se déposait sur ses mains abîmées par une vie de labeur. Après de longues secondes, il finit par répondre :
« J'suis paysan, moi aussi. Peut-être que j'ai été trop imbu de moi, aussi. J'en sais rien. » Un sourire lui vint spontanément aux lèvres, comme un souvenir qui lui revenait en tête. « Tu sais, chez moi, ma vieille aurait dit qu'tout ça, c'est des épreuves. Qu'il faut dépasser tout ça, et continuer à trimer comme des bêtes. Parce que de là-haut, Elles nous regardent. Tout le temps. Tous les jours. Et ça, en vrai, je suis plus trop sûr d'y croire. »

Abigail avait toujours eu la foi. Depuis tout petit. Il n'avait jamais douté de son destin de manière aussi viscérale que Nesreen, tout comme il n'avait jamais remis en cause le sens de son existence. Mais il comprenait l'ébranlement de son amie, car il s'était déjà questionné. Et il n'avait peut-être plus forcément envie de croire à une vie faite d'embûches à surmonter. Mais il savait aussi, mieux que personne, qu'il se battrait malgré tout. « J'suis pas un lettré. Y'a plein de choses que je sais pas. Si ça se trouve, ouais. Qui sait. P't'être qu'on se plante depuis le début. Mais y'a une chose que je sais : je peux pas suivre Ganondorf. Et quand j'dis moi, je dis moi en tant que personne. Je pourrai jamais suivre Ganondorf, parce que tout c'qu'il dit, ça va contre qui je suis. Ses armées ont rasé des villages que j'aimais. Elles ont détruit ma maison à Cocorico, et la boutique de not' pauvre Ad'. Et qui sait, si je laisse faire, p't'être bien qu'elles vont passer sur le village de ma famille. Tu vas m'dire, même si je me bouge et que je crève, p't'être bien que ma famille va crever tout pareil. Mais en vrai, p't'être que ce qui compte, c'est que j'ai essayé. »

Il sentit plus qu'il ne vit le sourire qu'il parvint à tirer de Nesreen. Il ne savait pas s'il lui avait redonné ne serait-ce qu'un peu de réconfort, mais il espérait, malgré tout, que sa franchise avait su l'atteindre. Elle finit par lui dire, plus apaisée : « Merci, Abi. C’est juste que parfois, j’ai l’impression que le monde entier s’est retrouvé embarqué dans une guerre d’égos. »

Un peu contre son gré, un sourire las apparut sur le visage du soldat. « Tu penses pas au monde entier, quand tu dis ça. »

Un rire amer agita la guerrière du Désert. « C’est vrai, » lui glissa-t-elle la voix grave. « Tu l'as vue dans le coma, à deux doigts de passer l'arme à gauche. Et voilà qu'elle te met de côté et montre ses peintures de guerre devant un type qui n'a de capitaine que le nom, et qui n'était pas là quand il fallait vraiment un guide. »

Abigaïl délaissa brièvement son travail manuel, le temps de se frotter le nez. Le sujet le mettait dans l'embarras. Avec difficulté, il finit par lâcher : « On n'a plus besoin de moi. »

Plus que de la colère, une profonde indignation s'emparait de la Gérudo. « Pourquoi ? Pourquoi on n'aurait plus besoin de toi, sinon pour ça ? Explique-moi. Sans toi, on serait tous morts, Abi ! »

Abigail ne savait pas quoi dire face à tant de véhémence à son égard. Une partie de lui approuvait les propos de Nesreen, réclamait reconnaissance au même titre que Nesreen. Mais la partie bien plus grande, plus docile du militaire prit rapidement le dessus. Il acquiesça d'un signe de tête un peu sec, et avança l'explication : « J'ai pris les rênes parce qu'il fallait quelqu'un qu'ait la tête froide. Fallait qu'on sauve notre peau. Maintenant, les renforts sont là. » Un haussement désabusé acheva ses propos. « Je suis c'que j'ai toujours été, Nesreen. Juste un soldat. J'ai servi, sur le coup, et j'pense que j'ai bien servi. Maintenant, on a plus besoin de moi. Alors on m'écarte. Ou je m'écarte. C'est comme ça que ça marche, l'armée Hylienne. J'ai l'habitude. »

Nesreen se redressa, le ton sévère et les yeux durs. « C’est injuste, et tu le sais. Mais c’est ce que j’aime pas, dans les armées. La docilité. » Lorsque le soldat de Cocorico leva la tête vers elle, leurs regards se croisèrent brièvement et quelque chose sur le visage de son amie parut s'adoucir. « Je ne peux pas te juger, ceci-dit. Moi aussi, je suis docile. »

Abigail se leva à son tour. Il tira sur les lanières de cuir afin de s'assurer que tout était bien fixé. Nesreen finit par le quitter pour se diriger en direction des tentes. Tandis qu'il la regardait partir, il sentit pour la première fois depuis le début de la quête toute la fatigue qui l'accablait. Jusqu'à ce qu'il parviennent à la garnison, il avait fallut qu'il tienne bon, qu'il fasse brave figure. Or, maintenant qu'ils étaient là où ils se trouvaient, il se sentait brimé.

Objectivement, il savait qu'il n'avait pas fait du sale travail, compte tenu des circonstances. Mais le sentiment constant d'échec était là. Savoir qu'il n'avait plus la main sur la situation, que le commandement avait été reléguée à un homme plus incompétent que lui, avait fini d'achever son moral déjà bien bas. Un soldat ne fonctionnait que très mal au sacrifice s'il ne recevait aucun signe de reconnaissance de ses propres troupes.

Les gestes pourtant toujours fermes et assurés, il s'équipa des pieds à la tête avant de se diriger vers la tente qui avait été assignée à leur petit groupe de survivants. Il y passa seulement la tête, afin de s'assurer que Laurent s'y trouvait toujours. Le mage de feu avait, certes, manqué de tous les faire brûler vif, ce serait mentir que de dire qu'ils ne s'étaient pas tous attachés à leur manière au frêle jeune homme. Bien que Sakristi n'eut jamais de cesse de le taquiner, l'aventure les avait clairement rapprochés les uns des autres. S'il y avait quelques personnes sur lesquelles Abigail pouvait compter, elles se trouvaient clairement parmi eux.
« T'es prêt, gamin ? » S'enquit-il, le surnom affectueux. « M'est avis qu'on va bientôt partir, vu comment ça s'agite dans le camp. » Et bientôt, ses doutes furent confirmés. Ils partaient, sur le champ, en direction des galeries souterraines qui les mèneraient tout droit dans la gueule du Lion.

Abigail ne savait pas s'il reviendrait en vie. Il ne savait pas si aucun d'entre eux reviendraient en vie de ce périple terrible. Mais alors même qu'ils s'engageaient dans le labyrinthe creusé dans la roche, le soldat de Cocorico ressentit une brève bouffée d'affection pour ses compagnons de route. L'issue de leur mission commune, même si celle-ci s'avérait fatale, ne pouvait pas lui retirer le peu de temps qu'ils avaient pu passer ensemble.


« Derrière-moi, » aboya Nabooru, et Abigaïl se mit en tête de cortège avec elle. Son petit groupe de camarades les talonnaient à la suite, et la lueur bienvenue des flammes de Walder suffit à lui insuffler un peu de Courage.
Une brève altercation avec des chauves-souris ralentit leur progression, et Abigaïl s'exécuta instinctivement aux ordres de Nesreen. Une fois l'incident passé, il se permit de jeter un coup d'oeil derrière lui, à ses compagnons de fortune. Evidemment, il n'y voyait rien : les lanternes s'étaient éteintes.
« Ça va ? » Lança-t-il, plus pour la forme que par inquiétude réelle. « Faites gaffe de pas vous perdre, on avance devant ! » Et, tout en entendant derrière lui Nesreen demander à Laurent de rallumer les torches, Abigail se remit en marche à la suite de la Reine du Désert.

Ils avancèrent difficilement, mi-rampant, mi-tâtonnant. Mais leur progression était ferme et sûre, et nul autre obstacle ne se dressa devant eux, hormis un sentier obscur de plus en plus escarpé. Après des heures dans le noir, faiblement éclairés à la lumière des torches ravivées par Walder, ils virent enfin le bout du tunnel.

Le petit bout du matin n'avait pas encore pointé son nez lorsqu'ils parvinrent enfin à s'extirper du passage. Une tension étrange sembla quitter la partie Gérudo de la troupe, une fois hors de la caverne, comme si elle s'était attendu à quelque chose de pire. Une créature tapie dans les ténèbres, sans doute. Pour avoir passé une grande partie de sa vie hors des villes, Abigail connaissait les dangers de la faune.

Ils traversèrent le Désert Hanté en quelques étapes, aussi discrètement que possible. Le sable sous leurs pieds était devenu froid en l'absence du soleil constant, et ils finirent par éteindre les torches en entrant en vue de la Citadelle Noire. Abigail sentit plus qu'il ne vit toute l'émotion qui étreignait Nesreen, plus ils approchaient de leur destination finale. Ce lieu, à lui, ne lui évoquait pas grand chose. Mais lorsqu'il leva les yeux vers les hautes tourelles, si différentes dans leur construction à celles de la Citadelle d'Hylia, il se surprit à se demander ce à quoi ressemblait le lieu d'enfance de son amie Gérudo.


« On va récupérer tes soeurs ce soir, » glissa-t-il à Nesreen, alors même que celle-ci le devançait. Il n'y avait pas vraiment d'intimité dans une discussion, lorsque tout le monde s'avançait du même pas que les autres, mais il tenta malgré tout de ne se faire entendre que d'elle. « On les récupère, puis on rentre préparer la suite. On a une guerre à gagner, tu sais. Une Forteresse à reprendre, un jour. » Et non sans un sourire quelque peu complice, qu'on devinait à peine à la lueur de la lune, Abigail s'arma de son écu de bois avant de dégainer Trancheloup.
La Citadelle Noire n'avait jamais été aussi proche. Ils étaient prêts.


Laurent


Inventaire

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(vide)



A la rescousse


des Gérudos

Assaut sur la Citadelle Noire

Le silence. Un moment de silence dans l’agitation, un temps de méditation à l’écart. Ne rien faire, ne rien dire, ne plus penser, ne plus écouter. Se concentrer uniquement sur le rythme de la respiration, sur le battement du cœur. Le réguler, le rendre plus lent. Se centrer sur soi, se replier, pour mieux se rouvrir ensuite. Rester calme. Calme…

Les yeux fermés, je tentais d’ignorer la situation autour de moi. Bien sûr, le temps du chaos était passé, et tout se corrigeait plus ou moins. Cependant, je ne pouvais m’empêcher de penser à nouveau à ce qu’il venait de se passer. J’avais eu peur, très peur. Bien sûr, je ne l’aurais jamais admis, mais il fallait au moins être aveugle pour ne pas le remarquer. Mon visage d’ordinaire coloré à la moindre émotion restait pâle, ma tête basse, mes mèches rousses cachant mes traits tirés par l’anxiété. Ils étaient pratiques, ces cheveux. Je pouvais me cacher derrière eux. Comme je pouvais me cacher sous un chapeau à large bord, dans une cape. Dans l’ombre d’une ruelle. Dans une demeure où personne ne soupçonnerait la présence d’un garde royal, d’un soldat. Je ne pouvais pas le dire, mais j’aimais me cacher. Déjà dans mon enfance, je préférais les combles de la maison familiale et la solitude plutôt que la compagnie des autres enfants dehors. Je ne détestais pas les gens, mais je ne supportais pas leurs regards, leurs jugements.

Et c’était exactement pour cela que malgré toutes mes tentatives, malgré tous les mots auxquels j’avais pu penser pour me rassurer moi-même et tenter de me convaincre, je n’avais pas encore réussir à rouvrir les paupières et à faire face à ce qu’il se passait. Notre début d’aventure avait été plus que mouvementé. Nous avions découvert une jeune femme captive qui s’était enfui dès qu’elle l’avait pu, fait face à un véritable monstre, failli perdre notre meneuse, et surtout, survécu à un incendie. Ces flammes que j’avais provoquées. Qu’allaient-ils tous penser de moi ? Allaient-ils rire, ou au contraire, m’en vouloir ? Allais-je lire le reproche dans leurs yeux ? Et songer au retour, même triomphant, ne fut pas non plus suffisant. J’allais devoir affronter la déception de mon aînée lorsque je lui annoncerai que son cadeau, ce qui m’avait permis de développer mon don et d’être là où j’étais aujourd’hui, était parti en fumée. Peut-être était-ce un signe du destin. Peut-être que les Déesses nous poussaient à leur manière au changement. A laisser de côté ce que nous avions toujours fait et vécu pour nous concentrer sur ce que nous devions faire maintenant. Oui… C’était peut-être ça. A leur façon, elles nous poussaient à changer pour mieux réussir. Elles nous soutenaient !

« - T'es prêt, gamin ? »

Je parvenais enfin à relever la tête, posant les yeux sur Abigail. Cet homme avait quelque chose de rassurant. En cela, il me rappelait ma sœur. Malgré un côté très bourru – on avait parfois du mal à croire en notre lien de parenté, tant nos caractères sont différents –, elle était de ces gens qui étaient capables du meilleur comme du pire, du moment que cela leur permettait de protéger leurs proches, et il semblait être aussi de cette façon. Je me trompais peut-être sur la réelle nature du roux, mais j’espérais secrètement pouvoir compter sur lui pour me soutenir si quelque chose se passait. Je hochais la tête, me relevant avec possiblement trop d’entrain. J’avais en quelque sorte hâte d’en découdre, que tout se finisse. Pouvoir rentrer victorieux. Ou ne pas rentrer du tout… Non. Il fallait que je reste concentré sur notre but. On devait rentrer sains et saufs, tous ensemble.

« - Sûrement. Sans rien pour le canaliser, mon pouvoir risque d’être légèrement… Instable. Mais je tenterai au mieux de ne pas tous nous faire rôtir. »

Et je dus user de patience et me concentrer autant que possible pour éclairer notre chemin par la suite. Les images de l’incident qui avait failli tourner à la catastrophe me revenaient sans cesse. Heureusement – et je n’aurais jamais cru trouver cela bon un jour –, les petites taquineries de Sakristi suffirent à m’en détourner, mes joues reprenant leurs couleurs. Cette femme était horrible, pour moi. J’avais trop de respect envers la gent féminine pour en fuir cette représentante, pourtant ce n’était pas l’envie qui manquait. J’étais sa cible préférée, mais au final… Cela donnait un sentiment agréable. Comme si un lien solide se formait entre chacun de nous à mesure que nous avancions.

Ce fut vers cette étrange femme que je me dirigeais pourtant, alors que nous marchions après avoir quitté le tunnel. Sans doute qu’une partie de moi appréciait la souffrance. Rien d’étonnant, vu qui avait conquis mon cœur. [#Neggychou]

« - Puis-je vous poser une question ? » commençais-je tout bas. « Pourquoi… Pourquoi avoir voulu nous accompagner ? Vous risquez gros en venant ici. Vous auriez été bien plus en sécurité si vous en aviez décidé autrement. »

J’écoutais sa réponse, un sourire naissant aux coins de mes lèvres. En y réfléchissant, la question était un peu ridicule, mais elle m’était passée par la tête, et j’avais eu envie de la lui poser. Peut-être plus pour passer le temps et ne pas penser à ce qui nous attendait que par réel intérêt. Mais la Citadelle était plus proche que je ne l’aurais aimé. Je gardais les yeux baissés. Ne pas voir. Pour l’instant, rien ne me forçait à regarder. Et je m’arrêtais lorsque les pas de chacun en firent de même, relevant enfin la tête. Le moment approchait.

© AkumaCursed




Elle soutint le regard de Nesreen sans sourcilier. A plus d'un égard, la remarque de sa sœur faisait sens et elle en avait toujours été consciente. Les galeries creusées à même la montagne, derrière les chutes, recelaient de nombreux mystères et plus encore de dangers. Combien de fois avait-elle mené des expéditions, adolescente, pour déloger les Vers des Cavernes qui s'installaient régulièrement à l'ombre des parois ? Elle ignorait si Ganondorf avait permis aux monstres de proliférer et pourtant elle jouait leurs vies à tous en choisissant ce chemin. Elle jouait leurs vies à tous dans l'espoir de sauver celles de quelques unes de ses sœurs, celles qu'une chienne et un chacal avaient faites prisonnières. Aussi, c'est sans honte et sans remord qu'elle affronta le regard de la Gérudo : elle avait toujours été prête à mourir pour son peuple, son clan, sa tribu, ses sœurs. Certaines l'appelaient Reine, certes, mais toutes mangeaient à sa table, dormaient en son palais, vivaient, combattaient et tombaient à ses côtés. Elle n'était Reine que parce qu'elles en avaient décidé ainsi. L'Exaltée ne l'avait jamais oublié. Et pour elles, elle était prête à toutes les batailles. Si elle avait véritablement eu le choix, elle aurait bravé les cimeterres avec plus de fougue et de puissance qu'une tempête. Mais cette guerre-là, celle qui visait à reprendre la Forteresse qu'elle avait sottement perdue, ne viendrait pas de suite. Il leur fallait encore panser et lécher leurs plaies avant de s'attaquer au Fils-du-Malin. Son cœur désirait ce combat autant que son bras : elle rêvait chaque nuit du jour ou son sabre éviscérerait le Mandrag Dragmire. Tout ce qu'elle était la tirait vers ce duel qu'elle se savait bien incapable de gagner... et elle n'y résistait qu'au prix d'un effort considérable. La seule raison qui parvenait encore à la dissuader de se jeter dans la gueule du lion et de lui arracher la langue de ses mains, c'était la situation de ses sœurs, de leur peuple et de leur chair. C'était la culpabilité qui alourdissait ses épaules, le sang qui poissait ses paumes, colorait la pulpe de ses doigts. La rage brûlait ses tripes, nouait son estomac. Mais le combat qu'elle désirait ardemment attendrait d'autres lendemains. En silence et sans un geste, tandis que Nesreen se ralliait finalement à elle, elle se fit une fois de plus la promesse de percer le giron du Sorcier de sa lame. Le même serment qu'elle faisait chaque jour de son existence depuis des mois, sinon des années.

Ils finirent par s'engager dans ce dédale qui l'avait toujours effrayée, plus jeune. Le désert avait ça d'incomparable qu'il s'étendait à perte de vue et même plus loin que l’œil ne pouvait discerner. La nuit, la lune l'illuminait de reflets d'argents tantôt mystiques et éternels, tantôt éphémères et insaisissables. Il était immense, plus qu'aucune chose qu'il lui ait été donné de voir, et le Temple de l'Esprit n'en tutoyait que le commencement. Par delà les limites du monde connu, elle avait vu tant de choses qu'il lui était impossible de ne pas se sentir prisonnière dans de pareils labyrinthes obscurs. Elle retint en frisson quand les Saigneurs tuèrent le peu de lumière qu'ils avaient amenée, pressée de retrouver les dunes qu'elle chérissait. Qu'elle finirait par récupérer. Sous son masque de tissu, ses dents grincèrent tandis qu'elle adressait une requête – plus qu'une prière – à la Déesses des Sables. Si ces maudites chauves-souris s'avéraient être leur seul obstacle dans ces tunnels de roche noire, ils pouvaient presque se considérer arrivés. Presque. Restait encore à percer les méandres et les tromperies d'un lacis que des insectes géants aimaient à modifier régulièrement. Tandis que Walder, ou Sakristi elle ne le savait pas véritablement, s'acharnaient à rallumer des torches que des souffles glacés s'évertuaient à éteindre, ils progressaient. Lentement, bien trop à son sens, mais ils avançaient. Ses genoux commençaient doucement à la lancer quand elle hésita à prendre la sortie qui les auraient menés au Vallon. Ils passèrent finalement devant, alors qu'elle essayait encore de se raisonner : son bras devrait patienter, sans faiblir. La mission lui semblait chaque minute un peu plus complexe, alors qu'ils approchaient. « Hyliens, » siffla-t-elle bas, mais assez pour que tous l'entendent, « ... Le désert Gérudo vous souhaite la bienvenue. » Sous ses yeux s'étendait le domaine Gérudo, majestueux, grandiose, solennel et... hostile. Soufflant sa torche avant de la raccrocher à sa ceinture, la jeune femme agrippa rapidement la façade de pierre déchirée et se propulsa dehors. Sentir les derniers restes du Khamsin glisser sur sa peau lui tira immédiatement un sourire. Pour la première fois depuis sa défaite, sa séquestration et les tortures que le faux-Trône lui avait infligé, elle était chez elle. A nouveau. Enfin. Son être portait toujours les marques de ses échecs, les traces des coups portés qu'aucun guérisseur ni aucun onguent de la jeune Suzeraine Hylienne n'avait su soigner. Et pourtant, la seule vue des ergs bercées par la lueur de la lune suffisait à l’apaiser.

Nabooru se retourna, observant ses compagnons s'extirper à leur tours des grottes sous la montagne. D'abord Abigaïl, puis Nesreen, suivie de l’apothicaire et du mage. Aucun d'entre eux ne s'était laissé happé par les ombres mouvantes de l'entrelacs souterrain. Tous autant qu'ils étaient – et elle autant que les autres, sans doute – avaient perdu de leur superbe. Elle les jaugea du regard, un à un, sans animosité, malveillance ou amertume. Sans non plus les juger, du moins pas vraiment. Ils étaient tout ce dont elle disposait pour libérer les siennes et en cela, elle leur était redevable. Ça non plus, la Gérudo ne l'oubliait pas. Son regard glissa ensuite vers le Sud, en direction de la Citadelle du Malin, toujours invisible dans l'immédiat. Elle se souvenait encore ses créneaux, ses mâchicoulis, ses meurtrières et ses tours. D'instinct, à cette simple pensée, ses doigts enserrèrent la fusée de son cimeterre jusqu'à en pâlir légèrement. Elle n'avait peur, non. Elle bouillonnait d'une fureur nourrie par sa propre honte, ses remords. « La Citadelle Noire se dresse par-delà les dunes, au Sud du Désert Hanté », lança-t-elle, les cheveux battus par le vent. De profil, elle désigna du menton leur direction. « Plus au Nord, caché aux yeux de ceux qui le cherche, sommeille le Colosse du Désert », ajouta la Reine, désignant cette fois le chemin à entreprendre d'un geste de la main un peu négligé. Elle espérait vraiment qu'ils n'auraient pas à s'y rendre. « Ce fut, et c'est probablement toujours, le repaire des Mères de l'Ignominie. » La grimace qui déchirait sa trogne était sans doute voilée par l'étoffe qui lui dévorait une bonne moitié de la gueule, mais elle était là. Ces femmes l'avaient tué, jadis. A deux reprises. « J'ignore tout autant que vous quels maléfices le Chacal pourrait encore nous envoyer », souligna la fille des sables, cherchant cette fois-ci de ses yeux ambre le regard de chacun de ses acolytes. D'abord, celui de sa sœur, puis celui de Sakristi, avant de se reporter sur les deux soldats. « Aussi... — », commença-t-elle, la gorge plus nouée qu'elle n'aurait aimé le reconnaître. Ce n'était pas tant ce qu'elle allait dire qui lui pesait que tout ce que cela traduirait. Elle avait toujours reconnu ses erreurs. Sauf celle-ci, qu'elle ne parvenait toujours pas à accepter. « Merci... — », souffla-t-elle, tapotant des ongles la petite gaine de cuir qui retenait son acier contre sa hanche. Les mots lui venaient moins aisément que d'autres. « ... de mener ce combat épaule contre épaule avec moi », acheva-t-elle finalement, peu désireuse de s'exprimer plus dans l'immédiat. Dire ce qu'elle venait de dire, c'était déjà aborder ses excès de confiance passés, à la Forteresse, quand elle avait défiée seule Ganondorf et qu'elle lui avait servi ses sœurs sur un plateau. Elle se haïrait toujours pour son arrogance. « En route ! » Ordonna-t-elle ensuite, sans plus s'épancher dans l'immédiat. Le chemin qu'il leur restait à parcourir était long.

Elle les guida sans mal à travers la mer de sable, se jouant des Esprits qui, parfois, osaient s'approcher d'eux, camouflés derrière leurs artifices. Elle n'était peut-être plus Sage – ou peut-être l'était elle encore – mais elle avait  toujours conservé une réelle affinité, sensibilité même, pour ce genre de choses. A l'inverse de Link, ou de qui que ce soit en vérité, elle n'avait pas besoin du Monocle pour trouver son chemin entre les pièges que leur tendait l'océan brun-beige. Peu à peu, alors que le Soleil s'éveillait doucement mais avec force, ils distinguèrent les premières colonnes de la Citadelle du Malin. La chaleur semblait les faire osciller, brouillant l'air et la vue des non initiés. Rapidement, l'Exaltée jeta un œil par dessus son épaule pour s'assurer que tous la suivaient encore, cherchant brièvement le regard de Nesreen. Si elle tombait aujourd'hui, ce serait à sa sœur de les mener hors d'atteinte des crocs d'un lionceau qui se voyait déjà dieu. S'épongeant le front, qu'elle avait légèrement poisseux, la Reine mit genoux à terre et se cacha derrière une dune quand ils arrivèrent suffisamment près de leur cible pour en apercevoir l'intégralité. Depuis la bataille pour le Prince Parjure et la destruction partielle des lieux, la situation avait largement changé. On lui avait fait savoir que Swann Dragmire s'était attelée à la reconstruction, condamnant invariablement ses proies aux travaux forcés pour un roi qu'aucune ne reconnaissait. Le chantier terminé, les Gérudos et les Hyliens étaient restés esclaves, prisonniers et surveillés d'autant plus près qu'ils avaient tenté de se mutiner. Elle n'avait malheureusement pas plus de détails, mais ceux-là suffisaient à lui faire grincer des dents, à faire pâlir ses phalanges autour de la garde de son sabre. « Ecoutez-moi », dit-elle en veillant à ne pas parler trop fort, alors qu'autour d'elle se rassemblaient ses camarades. « Cet amas de roche, de sang, d'os et de chair, au loin, c'est la Citadelle de Ganondorf. Son ultime bastion. » Du bout du doigt, elle se prit à dessiner dans le sable une espèce de cercle, comme pour l'aider à réfléchir. « Le campement où nous avons séjourné a été installé sur ordre de Llanistar van Rusadir », fit-elle, avec toutes les difficultés du monde à ne pas écorcher ce nom qu'elle peinait beaucoup à prononcer, « après mon échec et ma défaite à la Forteresse. » Les mots étaient sortis, mais le poids demeurait lourd sur son échine. Un instant, elle ferma les yeux. « Ils ont surveillé les mouvements en provenance du Désert depuis ce moment. » Dans sa paume, la jeune Reine attrapa une poignée de sable qu'elle écrasa entre ses doigts, avant de la laisser rouler. « Ces hommes sont mauvais. Ils n'ont rien vu. Mais ils prétendent que Ganondorf demeure ailleurs qu'à la Citadelle. Peut-être à la Forteresse. » Ce n'était pas improbable. Il y avait passé tout une partie de son enfance, après tout, et elle soupçonnait qu'il ne se soit jamais senti autant chez lui à la Citadelle qu'en son bastion à elle. « Soyons clairs », siffla-t-elle de sa voix à la fois aride, sèche, et juste. « Trop d'entre nous sont morts jusqu'à présent. Personne ne doit tomber aujourd'hui. » Ses yeux plongèrent au fond de ceux de Walder qui lui semblait le plus susceptible de se mettre en danger. Elle n'en dit pas plus, mais elle espérait qu'ils comprendrait que leurs vies comptaient assez pour qu'ils prennent le parti de fuir, le cas échéant. « Vous avez survécu. J'ai confiance en vous. » Lâcha-t-elle sobrement, ensuite. Elle tira de sa ceinture un petit compas qu'elle glissa entre les mains de Nesreen, non sans s'approcher d'elle. « Tu devras peut-être les guider à travers le Désert », souffla-t-elle à sa Sœur. « Marche vers le Nord-Est, et tu trouvera la Forteresse, ainsi que les galeries. Ne laisse jamais le Désert vous séparer. C'est primordial. »

Nabooru se hissa un temps au dessus de sa barricade naturelle, pour mieux voir ce à quoi elles allaient faire face. A première vue le parvis de la Citadelle, qui menait vers la Grand-Salle, avait été conservé tel quel. Une garnison en arme le protégeait. Un peu plus loin une femme – Swann peut-être ? Elle s'était récemment évadée, disait-on – se tenait seule visiblement occupée, sans qu'elle puisse en dire quoique ce soit de plus. En dehors de cela, elle ne voyait pas d'obstacles spécifiques mais savait précisément à quel point le Lionceau pouvait tenir du serpent, retors et trompeur. Les lèvres pincées, elle repensa aux épreuves qu'ils avaient du franchir jusqu'à présent. « La bête qui nous a attaqué il y a quelques jours est sur nos talons », avoua d'abord l'Exaltée. « Ce... Traqueur est une créature maudite, qui me traque depuis des mois. C'est après moi qu'il en a. » Comme pour s'éviter un frisson, une faille qu'elle ne souhaitait révéler, elle se pencha en arrière, observant encore et encore la place-forte qu'ils s'apprêtaient à prendre d'assaut. « Cet enfant corrompu comptait parmi les assaillants sur la Forteresse, puis ensuite, faisait parti des bourreaux. » Elle se refusa à donner les moindres détails de sa séquestration, le poil encore hérissé au seul souvenir de ces moments odieux. « De tous les monstres qu'il aurait pu lâcher, il en est peu de pires. Mais la Citadelle ne sera pas vide pour autant... » Elle soupira, consciente de l'âpre bataille qui les attendaient. « Il ne s'agit pas de prendre la Citadelle. Notre mission consiste uniquement à libérer nos sœurs », fit-elle en jetant un bref regard à Nesreen. Elle n'avait jamais annoncé qu'elle libérerait les esclaves Hyliens et n'en parla donc pas. Si elle en avait l'occasion, elle le ferait probablement, mais l'objectif pour lequel elle avait monté cette expédition lui semblait déjà suffisamment ardu à atteindre pour qu'elle ne se mette pas davantage de bâtons dans les roues. « Elles se battront. Pour leur liberté. » Confirma la Reine, confiante en son peuple, ce tout qu'elle formait avec. Elles ne l'avaient jamais déçue. « De mon côté, Zelda m'a fait une requête », leur confia-t-elle, sans trop savoir comment elle allait récupérer l'ouvrage de Dun. « On verra bien comment tourne le vent... » Conclut la jeune femme, avant de tirer son cimeterre. Les esclaves demeuraient en dehors des murs de la Citadelle, ainsi que lui avait confirmé ses rares informatrices. C'était là leur punition pour une mutinerie de trop. Une punition qui, peut-être, pourrait leur être utile aujourd'hui. « Prêts ? Allons-y ! » Lança-t-elle une dernière fois, avant d'enjamber la dune comme on bondit par dessus une motte de foin. La Reine s'approcha ensuite, épée au clair, profitant de la couverture qu'offrait le désert.

Bientôt, elle sentait sous ses babouches les premières dalles de l'allée centrale. Nabooru s'avança lentement, défiant du regard l'escouade qui, face à elle, semblait perdre ses moyens. Elle savait que cela ne durerait qu'un temps, mais elle comptait sur cette distraction pour laisser à ses compagnons le temps d'agir. « Je suis Nabooru l'Exaltée », clama-t-elle haut et fort, pour alpaguer l'ensemble des Gérudos présentes sur place, esclaves et traîtresses. « Reine, parmi les reines, Maîtresse et Dame du Désert ! » Son cimeterre reflétait le Soleil, brillant de milles feux. Elle abaissa son masque. « Aujourd'hui, je viens prendre ce qui de droit me revient. » Déjà, le sang lui battait les tempes. Son bras n'éventrerait pas le chien, ce jour, mais il contribuerait à l'affaiblir.

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Songe Tristenuit


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Du sable, encore du sable, partout et à perte de vue. Et pas seulement. Elle n'en pouvait plus d'en retrouver dans ses vêtements ou dans les chaussures qu'elle avait bien vite consenti à porter face à la chaleur du sol dans le désert. Pourquoi le maître des lieux ne pouvait-il être le seigneur des forêts ou des marais au lieu de ce fichu désert ?

Son magasin lui manquait. Swann lui manquait aussi, et elle n'avait toujours pas pu apprendre ce qui lui était arrivé exactement. Dans son malheur toutefois elle trouvait quelques consolations. Depuis que les deux harpies s'étaient éloignées, elle ignorait où mais espérait que ça dure, elle avait retrouvé plus de liberté.

Le livre qu'elle tenait dans ses mains par exemple, et se permettrait de lire en plein tour de garde, elle était certaine que ces rabats-joies auraient peu apprécié qu'elle l'emprunte. Il n'y avait qu'à voir comme il avait été rangé en sécurité au plus profond de la forteresse pour deviner qu'il était bien plus intéressant que ceux qui étaient rangés dans la grande bibliothèque plus proche de l'entrée.

Cependant au fur et à mesure qu'elle avançait dans sa lecture, elle se rendait compte que certains passages étaient obscurs à ses yeux. Le fait que la fameuse Triforce dont elle ignorait encore beaucoup de choses en soit l'objet principal jouait sans doute. Sa curiosité piquée, elle se demanda si le Seigneur Ganondorf, qui s'était montré moins désagréable que ses prétendues mères, accepterait de lui parler du sujet.

Elle fut interrompue dans ses réflexions et sa lecture par les cris d'une voix de femme. La sorcière dirigea son regard vers cette dernière, couverte de motifs dont elle ne connaissait pas la symbolique mais qui lui rappelaient quelque peu certains serpents. Elle ne connaissait la Nabooru que cette femme prétendait être que de réputation, mais qu'elle le soit ou non ne changeait pas la mission qu'on lui avait confiée.

La main de Songe s'ouvrit et se dressa vers le ciel. Des étincelles en jaillirent, sifflantes, et s'élevèrent dans le ciel. Arrivées à bonne hauteur, elles explosèrent avec fracas. Les cloches qui retentirent à leur suite prouvaient que les vigiles avaient entendu et relayaient son alerte. Elle ne savait pas si la femme était seule à se jeter dans la gueule du loup mais cela ne changeait rien puisque les renforts ne tarderaient pas à affluer.

Elle aurait aimé, sincèrement, se contenter de ça. Mais si elle voulait éviter les ennuis il en faudrait plus pour montrer sa bonne volonté aux sorcières jumelles. Elle n'avait pas encore trouvé d'alternative.

"Ô reine des reines, laisse-moi donc t'accueillir comme il se doit."

Rangeant le livre dans un petit sac en bandoulière, elle s'avança vers l'invitée impromptue. Pâle et avec ses longs cheveux blancs comme neige, face à la Gerudo on notait encore plus combien la sorcière récemment arrivée dans le désert dénotait avec le lieu.

Elle s'arrêta à bonne distance du sabre de la jeune femme. Les soldats de Ganondorf qui se rassemblaient déjà autour de la guerrière seraient plus qualifiés pour le combat rapproché et pour empêcher celle-ci d'arriver jusqu'à Songe, le temps qu'elle évalue la situation.

"Si tu es qui tu prétends, on m'a beaucoup parlé de toi. Mais est-ce qu'une reine ne devrait pas avoir une escorte ?"

Ses yeux scrutèrent les dunes situées derrière Nabooru sans perdre de vue cette dernière, espérant qu'un regard trahisse de potentiels alliés. Qu'elle soit seule ou non l'Exaltée était folle de risquer sa vie ainsi, mais plus vite elle serait sûre du nombre d'intrus et mieux ce serait.

"Si tu aimes le sable tu vas être servie..."

La main de la sorcière avait discrètement glissé sur l'épée à sa ceinture. Son doigt s'appuya légèrement sur le bord de la lame affutée, et une fine goutte de sang tomba au sol, bien vite avalée par le sable.

"Reculez !"

Sitôt l'avertissement crié et les soldats de Ganondorf écartés de leur opposante, le sol se déroba sous les pieds de la Reine, changé en sable mouvant. Sans doute le maître du Clan, et ses mères, seraient-ils plus ravis de savoir l'illustre Gerudo capturée que tuée.

Il sembla à Songe sentir une silhouette passer à côté d'elle. Si c'était bien celui qu'elle pensait, elle aurait peut-être encore moins besoin de se salir les mains par elle-même.

"Pas trop tôt ! Je ne sais pas combien ils sont mais si tu me ramènes leur sang on risque de s'amuser."


Abel Del Naja


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Elle s’était échappée, la vipère.
C’était dommage, il aurait voulu jouer avec elle encore un peu… Voir ses larmes et son sang perler. Rien qu’à cette pensée, Abel Del Naja se mit à bander.


-Quoi ? Pourquoi me regardes-tu comme ça ? Arrete ton char, t’es comme moi ! Tu prends tout ton plaisir à voir les autres souffrir !

Abel s’adressait à une statue de Ganondorf qui ornait le croisement de trois couloirs dans la forteresse Gérudo. Cela faisait un moment qu’il en parcourait l’aile sud, croisant au hasard quelques gardes à l’air farouche. Ce ne serait pas cette nuit que le beau Abel pourrait humer leur chevelure enflammée, ou frémir au contact de leur peau musquée !
De manière générale, Abel était frustré depuis qu’il n’avait su mettre la main, entre autres, sur la virginité de cette pretresse. Mais qui avait bien pu la libérer en son absence ?!


-Ne t’énerve pas, tu la retrouveras facilement… murmura-t-il pour lui-meme.

Il détestait qu’une proie lui échappe ; mais cette pretresse ne devrait pas lui poser problème. Une dame de son rang quittait rarement les villes, et elle ne tarderait certainement pas à revenir precher son charabia religieux sur la plèbe abrutie. Il était donc presque sur de pouvoir la retrouver au Bourg d’Hyrule.


-Toutes à vos postes ! cria une sentinelle dont la voix se répétait en échos depuis un couloir proche. L’Exaltée est revenue souiller nos terres ! Renforts ennemis probablement en position !

Enfin, un peu d’action ! Abel courut à vive allure vers la sortie la plus proche, tout en se débarrassant de sa chemise blanche. Son masque magique, accroché à la ceinture de son pantalon pourpre, se retrouva bientôt posé sur son visage comme une seconde peau ; celle de l’assassin passe-muraille.
La scène lui apparut clairement dès qu’il fut sorti sous les rayons du soleil. L’Exaltée se tenait seule face à plusieurs gardes qui la tenaient farouchement en joue, défendant l’entrée de leur territoire ; ce n’était pourtant pas ses anciennes acolytes que l’ancienne chef Gérudo regardait. Non, c’était cette sorcière.


-Oh, génial… marmonna Abel sous son masque.

Il l’avait toujours trouvée bizarre, avec ses airs sinistres et ses cheveux blancs. Si le magnifique Abel Del Naja se découvrait un jour le moindre cheveu blanc, ce serait tragique ! Comment pouvait-elle accepter de se présenter aux autres comme ça ? Bah ! Chacun son fardeau. Au moins cette fille était-elle notoirement dotée de pouvoirs magiques puissants. Suffisamment puissants pour faire face à Nabooru ; la venue de renforts compliquerait en revanche les choses. Il fallait agir.

Déjà, cette sombre sorcière usait de son pouvoir pour emprisonner la traitresse au Clan dans le sable. Abel posa une main sur son masque et disparut en un bond dans le sol de la forteresse.
Un moment plus tard, après avoir frolé Songe tout en restant dans les murs, le guerrier masqué reparut derrière Nabooru, attrapa le cimetère que tenait une Gérudo au passage, et vint donner un grand coup dirigé sur sa nuque.
Le guerrier masqué allait décapiter le Sage de l’Esprit par derrière.


Sakristi


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Depuis que le petit groupe avait réussi à sortir de ces sinistres cavernes, Sakristi n’avait su déterminer ce qui l’écrasait le plus entre la chaleur et l’appréhension des événements à venir. En proie au Dieu des Vents, mais encore à l’abri des regards de ceux qui voudraient leur mort aussitôt qu’ils le verraient, ils s’arrêtèrent une ultime fois, assoiffés du courage que pourrait leur insuffler leur charismatique meneuse. Elle détailla chacun de ses compagnons, comme pour se rassurer, être certaine que tout le monde était présent. Après ce qu’ils avaient traversé, elle se sentait réellement comme un membre d’une toute autre entité : plus grande et plus forte ; un organe dans le corps d’un géant capable de déplacer des montagnes pour une cause qui lui paraissait noble. Ce sentiment, la Sorcière le ressentait pour la toute première fois, à l’autre bout de son monde, avec des inconnus qui l’avaient traitée comme elle l’attendait depuis des années. On attendait quelque-chose d’elle, et ce quelque-chose, elle était ravie de le donner car c’était ce qu’elle était, et non le moulage approximatif de la parfaite petite citadine.

Une fois ces belles pensées identifiées et intégrées pour la rendre plus calme et plus forte dans son art, elle laissa ses paupières se refermer sur ses yeux irrités par le sable. Un de ses sens éteint, elle pouvait se concentrer sur la voix de Nabooru. Le soleil lui picotait les parties de son visage qu’elle n’avait pas protégées, mais ce picotement n’avait rien de désagréable. L’astre était chaud, brut, puissant, comme toutes celles qui vivaient sous sa protection, ici plus que nulle part ailleurs. La part de Sakristi qui semblait retrouver ce qu’elle n’avait pourtant jamais perdu lui fit prendre conscience de la ténacité du sang Gerudo, car même si elle n’en avait qu’une infime quantité, diluée par une génération, elle le sentait bouillir d’être revenu à la maison. De la même manière, elle se sentait pousser des ailes à l’entente du discours de l’Exaltée. De la façon la plus primitive possible, elle sentait résonner dans son admiration l’évidence même. Et par tout ce cheminement, elle comprenait également que toutes celles qui s’étaient détournées de leur Reine Légitime n’étaient pas arrivées là sans souffrances. Le Peuple du Désert avait eu et avait toujours mal, et comme tout un chacun, pansait ses plaies de deux manières différentes : peu gardaient la foi et suivaient toujours Nabooru, et beaucoup incriminaient d’autres personnes pour leur souffrance et suivaient celui qui leur promettait la vengeance la plus sanglante. *Malin, pour un rouquin… Lui !* pensa-t-elle, en souriant car même dans ces situations elle parvenait à se moquer intérieurement de Walder.

La petite pause prit fin. L’Apothicaire, qui n’était pas une combattante, avait bien noté que la Forteresse ne les intéressait pas, et qu’ils pourraient filer cette échoppe vendant le plus grand choix de morts douloureuses une fois leurs alliées libérées. Elle en fut soulagée lorsqu’ils observèrent la fourmilière, cachés derrière une dune. Leurs adversaires n’avaient effectivement pas l’air de donner dans la dentelle…
« Prêts ? Allons-y ! » leur avait lancé leur Cheffe, comme signal. Et voilà que la Lionne se jetait dans la fosse aux lions…

Une femme appela directement des renforts. A sa longue chevelure blanche, et sa peau aussi pâle qu’elle pouvait l’être, Sakristi comprit que la demoiselle n’était pas du coin. Son allure lunaire quand tout ici ne faisait qu’évoquer le Soleil la rendait aussi mystérieuse que terrifiante. Et à sa manière d’user des éléments pour ouvrir le combat, l’Apothicaire sut que si elle se sortait de cette mission suicide, elle reverrait la jeune femme un jour ou l’autre. Et qui sait, peut-être que cette fois-ci cela ne serait pas sur un champ de bataille ?

Les combattants ne tardèrent pas à prendre leurs positions, et déjà le fracas se faisant entendre de l’autre côté de la Dune derrière laquelle Sakristi se cachait toujours. La cape couleur sable qu’elle s’était bricolée sur le chemin serait sa meilleure arme : elle comptait rester furtive le temps de rejoindre les prisonniers, qu’elle apercevait mourir de soif un peu plus loin. Le gros de l’activité se centrait déjà sur l’extermination des intrus, et si quelques gardes restaient pour surveiller les endroits stratégiques, elle et le petit groupe de combattantes qui étaient restées près d’elle pourraient aisément faire le tour pour arriver jusqu’à leur cible.
« Et comment casserons-nous la chaîne ? Elle est pas faite pour : on s’en défait qu’en s’changeant en poussière. » demanda une Gerudo. Elle n’avait pas tort. « On verra sûrement une faille en s’approchant, d’ici c’est difficile à dire. Allons-y. » annonça l’Hylienne en faisant un pas dans la direction qu’elle avait choisie. « Oh, parce qu’on se laisse commander par une étrangère chez nous ? T’as pas l’impression que quelque-chose cloche, la vieille ? » Sakristi soupira. « Tu te débrouillais tellement bien ‘chez vous’ qu’on t’en a chassé, ma chérie, alors c’est qu’tu devais pas être si stratège que ça. La preuve, j’suis la seule à écouter la Reine en allant libérer vos sœurs. Donc on réfléchit à ça, de préférence en silence, et on suit la vieille. Elle au moins, elle connaît la vie. » L’avantage quand on avait été mère, c’est que l’on pouvait user assez facilement de cette culpabilisation pour guider les troupes. Et ses partenaires avaient un avantage, pour ses petits jeux d’influence, c’était qu’elles étaient jeunes. De plus, Sakristi demeurait consciente qu’elle ne connaissait pas les lieux, aussi espérait-elle reconnaître les réelles craintes des filles, au milieu de leur simple méfiance vis-à-vis de ses origines.

Elles arrivèrent près des prisonniers relativement rapidement, en se faufilant, et en massacrant deux ou trois rouquines sur leur passage, mais le tout sans se faire remarquer, au vu du vacarme que faisaient les autres qui se battaient. A chaque bruit assourdissant ou cri déchirant, elles se regardaient. Sakristi ne lâchait pas le petit pendentif qu’elle avait gardé autour du cou, marmonnant une incantation chaque fois qu’elle avait peur pour ses compagnons.
« Y a un groupe de gardes. On fonce ? » demanda une des filles. « Je ne doute pas de vos capacités, mais elles sont nombreuses, et si elles appellent du renfort, elles nous encercleront en moins de deux. » Et Sakristi se garda bien de le dire, mais s’ils étaient occupés avec leurs compagnons, elle ne tenait pas plus que cela à attirer les alliés de Ganondorf qui n’étaient pas du Désert : ils pouvaient se montrer pire à ce qu’on lui avait raconté après l’attaque de Cocorico. « Merde, elle vient vers nous ! » Une autre lui intima de se taire. Un regard autour d’elles leur fit entrevoir une espèce de terrier, sur leur droite. Sans trop se poser de questions, elles allèrent s’y cacher. « Dommage, j’lui aurais bien fait comprendre que j’en avais marre de cette mission à cette… – Shhhht ! » s’agaça Sakristi. La femme qui avait failli les surprendre lança un regard perplexe dans leur direction sans les voir, mais se contenta de ricaner avant de repartir dans l’autre sens pour continuer sa ronde. « Pourquoi est-ce qu’elle a ri ? » s’interrogea Sakristi. « J’sais pas, trop d’soleil sur la tête ? » se moqua la Gerudo à la grande bouche. Elles furent interrompues par un bruit peu appétissant. « Bordel, c’quoi ça ? » s’écria une autre. L’Apothicaire se baissa pour toucher le sol. Il était visqueux, et irrégulier, comme parsemé de petites bulles gélatineuses. Son cœur s’accéléra brusquement. « On est dans un putain de nid les filles. C’est quoi les bestioles dans votre région ? » expliqua-t-elle, aussi posément qu’elle en était capable malgré ses craintes. « Shany, allume ta torche. » Sakristi n’eut pas le temps de l’en empêcher que ladite Shany obéit, faisant la lumière sur le nid, et les deux yeux qui les fixaient, à la hauteur de leurs visages. « Une Mante du Désert ! Je savais pas que ça creusait ces saloperies ! Courez ! On n’a pas la place de dégainer ici ! » Le nid avait dû être abandonné par un autre animal, mais Sakristi ne s’attarda pas vraiment sur cette analyse d’habitat. Elle suivit le mouvement qui se dirigeait vers la sortie du terrier, mais trébucha sur le corps que la Mante venait de recracher. Ainsi enfoncée dans les œufs, elle passa inaperçue pendant que la bête sortait se confronter aux cimeterres des combattantes.

A terre, et impuissante, elle se demandait comment procéder, à présent. La discrétion n’était plus de mise, car la bête les avait contraintes à se découvrir. Peut-être pourrait-elle tirer avantage de l’insecte avant que les guerrières n’en soient venues à bout ? Après tout, avec une telle envergure, et la réputation dont elles se drapaient, ces créatures constituaient somme toute une bonne diversion. Un craquement la tira de ses réflexions. Les œufs étaient en train d’éclore. Elle attrapa quelques larves, encore inoffensives, et les cala au fond d’un de ses sacs. Puis elle en ouvrit un autre, et sortit de petites bottes d’herbes qu’elle alluma avec une des pierres qu’elle portait au cou et les lança vers l’insecte adulte et ses acolytes. Une épaisse fumée ne tarda pas à les entourer, alors qu’elle arrivait enfin à s’extraire du sable. Lorsque la fumée de dissipa, le groupe de femmes observa la Mante, suivie de la première génération de ses enfants – eux en âge de faire un peu mal – s’enfuir vers leurs ennemies. Un large sourire fendit le visage de la Sorcière : voilà qui allait faire du grabuge.
« C’quoi cette fumée, l’ancienne ? V’la la puanteur… En plus ça reste sur les vêtements et les cheveux… » se plaignit la Gerudo qui semblait ne jamais se taire. « Des herbes imbibées plusieurs fois d’urine de scorpion. C’est leur prédateur non ? Je me suis dit que ça les ferait partir. » Quelque part à travers le dégoût qu’elle lisait sur leurs visages, elle discerna un soupçon d’admiration. Shany, plus fine que sa sœur, se dirigea vers la chaîne de prisonniers. « On va profiter du bordel qu’on a provoqué pour se faufiler. » Toutes acquiescèrent avant de suivre sa recommandation. Enorgueillie par cette petite victoire, Sakristi saisit sa dague, dont le manche était creusé sur le côté pour faire office de sarbacane.

Leur forte odeur d’urine de scorpion les protégea des attaques des Mantes, même si celles-ci étaient de moins en moins nombreuses, et leur permettait d’attaquer les Gerudos ennemies sans s’inquiéter d’autre chose. La Sorcière joua de la présence des insectes pour rester discrète et frapper vite et bien, soit directement avec sa dague, soit en empoisonnant celles qui posaient problème à ses ‘sœurs’ improvisées. Elle ne sut combien de temps dura leur combat, alors qu’elles se rapprochaient lentement de leur objectif, quand soudain tout s’interrompit. Un étrange remous agitait le sable non loin de leur groupe, or celui-ci ne ressemblait pas aux sables mouvants générés par Songe. Certaines commencèrent à courir, ce qui inquiété l’Hylienne. Les Gerudos étaient des lionnes surentrainées. Même fatiguées, de quoi pouvaient-elles avoir peur ? Shany s’approcha de Sakristi.
« T’as de quoi percer le métal dans tous tes trucs de grand-mère ? – Pas à ma connaissance… Pourqu… – Un Molgarth ! »

Eh oui, évidemment… Si sa combine avait éloigné les Mantes, elle avait attiré les scorpions du désert. « Pas le temps de paniquer, si on doit s’faire bouffer ce s’ra en libérant nos Sœurs ! » lui ordonna Shany, en la tirant par le bras. Elle profita de sa course pour prier tous les Dieux qu’elle connaissait de l’épargner encore un temps. Elle s’acharnait sur la chaîne, entre une Gerudo et une Hylienne qu’elle avait rassurées comme elle pouvait, tandis que Shany la couvrait. « Ils sont nombreux ? » demanda-t-elle. « Toute une famille. Magne-toi, un des plus grands vient vers nous ! » Sans même voir, Sakristi imagina très bien l’animal. « Ce maillon est presque ouvert, mais même en tirant toutes, nous n’y arrivons pas. Il nous faut quelque-chose pour… » Pas le temps de finir : l’immense Molgarth avait fait tomber Shany et l’avait fait rouler un peu plus loin, inconsciente. La Sorcière fit volte-face, tâchant de protéger avec ses faibles bras les prisonnières qui se tenaient derrière elle. Au vu de sa taille, l’animal était une jeune femelle. Sa pince aurait pu écraser la tête de Sakristi sans forcer. Pourtant, elle restait là, à onduler devant elle, sans pour autant attaquer. Ses mouvements répétitifs la firent tiquer au bout de quelques secondes. « Oh merde… » murmura-t-elle. Elle avait désormais la certitude que sa nouvelle amie ne l’attaquerait pas : elle avait reconnu la parade nuptiale de l’espèce. A cause de l’odeur, elle la prenait pour un mâle avec lequel elle voulait s’accoupler. Pas tant flattée que cela, Sakristi se consola tout de même en disant à Izzie qu’un scorpion en pinçait pour elle. « Shhht… » fit-elle doucement, alors qu’elle se relevait, pour caresser l’animal, avec précautions toutefois car elle demeurait très agressive. Elle sortit une des larves qu’elle avait prélevées quelques minutes auparavant, et en nourrit sa nouvelle compagne à huit pattes. Par un jeu de mouvements, de récompenses sous forme de nourriture, elle parvint à la mener jusqu’à la base de l’immense chaîne. Là, un cadavre se décomposait depuis un moment, et Sakristi ne sut déterminer si l’odeur ou l’aspect étaient le plus dégoûtant. Elle lança deux larves au Molgarth pour l’occuper quelques secondes, pendant qu’elle enfouissait celles qu’il lui restait dans les entrailles du cadavre. Elle retint plusieurs haut-le-cœur, avant de se lever, de s’éloigner, et de désigner le corps qui grouillait du bout de sa dague.

L’animal monta en pression, animé par un besoin de tuer cette appétissante proie, et piqua vivement la dépouille avec sa gigantesque queue empoisonnée. Elle ne s’arrêta que lorsque sa queue de retrouva coincée dans un maillon de la chaîne. Et comme tout animal piégé, la bête écouta davantage sa peur que le peu de raison dont elle pouvait être dotée, et tira de toutes ses forces pour se dégager. De longues minutes s’écoulèrent. Peu nombreuses, mais terriblement longues, oui. Sakristi en profita pour soigner Shany. Celle-ci se réveilla péniblement, mais elle ne semblait pas saigner plus que tout à l’heure. Les deux femmes se sourirent quand elles entendirent le métal céder enfin. Mais l’horreur remplaça rapidement la joie lorsqu’elles virent le scorpion menacer les prisonniers qui commençaient déjà à s’enfuir. Tous ainsi attachés les uns aux autres, même s’ils n’étaient plus retenus à rien d’autre, ils étaient ralentis.
« Suivez Shany ! leur cria-t-elle. Elle va vous sortir d’ici ! » Elle ralluma alors deux de ses fumigènes à l’urine de scorpion – un dans chaque main – pour attirer son attention.

Trois autres animaux furent attirés par l’odeur, et commença alors une course rapide avec à droite Shany qui menait les prisonniers vers la bataille, et à gauche Sakristi poursuivie par quatre Molgarths femelles en mal d’amour. Voilà qui fit son effet lorsqu’elles retrouvèrent leurs compagnons, toujours en train de combattre les troupes du Mal.
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Laurent


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A la rescousse


des Gérudos

Assaut sur la Citadelle Noire

Depuis combien de temps étions-nous en ces lieux ? Depuis combien de jours marchons-nous sans perdre de vue notre but, bravant chaque danger, surmontant chaque épreuve non sans mal ? Depuis combien de temps n’avons-nous pas vus les visages de ceux qui nous étaient chers ? En cet instant, la simple notion de jour ou d’heure m’échappait. Je ne savais plus combien de nuits et de matins étaient passés, se succédant sans que nous y prêtions attention, trop absorbés par notre tâche. Ou peut-être étais-je le seul à me sentir à ce point perdu ? L’avantage était que j’avançais sans penser, et ne pas me poser de questions était, à l’heure actuelle, plutôt une bénédiction. Je connaissais ma tendance à étudier une situation plus que nécessaire. Actuellement, il n’y avait pas à réfléchir, seulement à agir, avancer, poursuivre notre devoir sans relâche, et je savais que la moindre réflexion m’empêcherait de faire exactement cela. Même si le simple fait de me rendre compte que je ne devais pas y penser revenait à y penser… Heureusement, nous sortions enfin des ombres et arrivions au plus proche de notre destination que nous ne l’avions jamais été. Cette idée, de même que la fin de notre aventure souterraine, me tira un long soupir que je ne cachais même pas. Je ne savais pas si mon épuisement était plus physique ou moral, mais il était certainement présent, plus que je ne l’aurais cru. Je laissais un instant mon regard se perdre sur le paysage, la voix de notre meneuse nous indiquant diverses directions guidant mon attention. Le désert, immense, aussi magnifique que dangereux… Je n’osais imaginer les périls qui nous y attendaient. Qu’ils soient naturels ou venus spécialement pour nous…

Nous reprenions notre marche, une nouvelle fois, un nouveau jour naissant au fil de nos pas. Je m’efforçais de me souvenir de ce matin, de cette chaleur, de cette faiblesse grandissante à chaque enjambée. Je voulais serrer mon livre par habitude, et le souvenir de l’avoir abandonné dans les flammes – dans celles que j’avais moi-même créées – me revint douloureusement. L’une de mes plus précieuses possessions ainsi perdue… Je n’eus pas l’occasion d’y penser plus longtemps, car nous arrivions enfin à notre objectif. La Citadelle Noire… Un frisson me parcourut. Ce bâtiment, ce qu’il représentait et ce qu’il abritait suffisait à provoquer en moi colère comme peur. Je craignais ce que nous pourrions y trouver, mais rien que sa présence et le symbole qu’il était me donnait envie de le voir en ruines. Je mettais cependant ces pensées de côté, me concentrant sur les dires de notre cheffe, rougissant naturellement lorsque son regard croisa le mien. Je ne saurais dire quelle émotion me prit à ce moment. J’étais tout à fait conscient d’être le moins taillé pour cette mission. A côté des autres coéquipiers de la lionne, et mes seules « armes » - si elles pouvaient être qualifiées ainsi – étant irrécupérables, je pouvais comprendre son inquiétude. Mais je ne pouvais m’empêcher d’être un peu embarrassé. Quoiqu’il en soit, je savais que me lancer dans un quelconque combat serait idiot, plus risqué qu’utile. Il faudrait que je trouve une autre façon d’agir efficacement, sur le moment.

Tout s’enchaîna plutôt rapidement. La Reine n’hésita pas un instant à descendre et se présenter face aux résidents de ce lieu. Je ne pouvais qu’admirer son courage et sa détermination. Elle n’en avait jamais manqué, pas une seule fois tout au long de ce voyage. Toutefois, mon émerveillement laissa bien vite place à une profonde inquiétude. De tous les ennemis que l’on pouvait avoir dans un combat, je me disais souvent qu’un mage était le plus à craindre. Non seulement les différentes capacités que l’art de la magie permettait de posséder étaient diverses et variées, mais elles pouvaient aussi s’avérer puissantes et difficiles à contrer. Ce que la jeune femme à la chevelure blanche venait d’accomplir démontrait parfaitement cela et me laissa sans voix. Elle avait piégé notre meneuse si facilement ! Il fallait que je bouge, et pourtant je n’y parvenais pas. Je ne devais pas être un poids plus qu’une aide. Mais je devais faire quelque chose. Réfléchir ou agir, réfléchir et agir…

Mon regard fut finalement attiré par je ne savais trop quelles horribles créatures courant partout un peu plus loin. Sans doute des bêtes locales qui… Je fronçais légèrement les sourcils en remarquant qui les avait ramenées, et je fus consterné. Sakristi… Comme si la situation n’était déjà pas assez compliquée comme ça ! Cependant, dans sa grande imbécilité, peut-être que l’ancienne était plus utile qu’on n’aurait pu le penser. Je n’arrivais pas à me dire que j’allais vraiment essayer ça. Je retirais l’un de mes gants, le serrant dans ma main opposée tout en m’approchant.

« - Attention, éloignez-vous ! »

Enfin, le plus loin qu’elle pouvait d’un tas de bestioles la poursuivant. Je savais que la situation était délicate, et que le chaos ne m’aiderait pas à me concentrer. Or, mes essais d’utilisation de mon don de feu sans avoir de quoi le canaliser s’étaient révélés catastrophiques, et je me souvenais même avoir promis à Alma de ne jamais recommencer. Les deux ensembles n’allaient pas faire bon ménage, mais peut-être que cela suffirait à au moins troubler suffisamment nos adversaires pour prendre l’avantage. Aussi prenais-je une grande inspiration et envoyais-je une gerbe de flammes sur les affreux scorpions, regardant leur impressionnante masse prendre feu et leur course se faire moins régulière derrière l’apothicaire pour tenter de fuir en vain dans toutes les directions, autant près de la Reine et de ses assaillants qu'autour de nos autres compagnons. L’excitation comme l’appréhension me faisaient trembler, et je sentais la peau de ma main plus brûlante que jamais. J’espérais simplement que cette idée ne se retournerait pas contre nous. Profitant de la distraction, je tentais de me rapprocher de la mage aux cheveux blancs, appelant d'autres flammes qui dansèrent dans ma paume, instables, avec la ferme intention de les lui envoyer dessus, même dans l'hypothèse où nos regards se croiseraient.

© AkumaCursed




Sakristi


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L’adrénaline faisait trembler Sakristi alors que sous ce soleil écrasant elle s’était persuadée que son corps n’en était plus capable. Elle avait si chaud et si froid en même temps alors que tout son corps s’agrippait à quelque chance de survie. Pour elle, et pour ces femmes qui couraient autour d’elle. Comment pourraient-elles être reconnaissantes envers elle quand elle arrivait ainsi entourée de monstres pour leur faire peur ? Mais bientôt l’Apothicaire se souvint que les vrais monstres n’avaient ni pinces, ni carapaces, et que leur venin mortel venait se nicher dans toutes les interstices de leurs esprits fêlés.

« Ne faiblis pas vieille femme, tu n’es qu’au début du combat ! » l’encouragea à sa manière une des anciennes prisonnières. Elle regarda autour d’elles comme elle le put, à travers sa vision légèrement brouillée par la sueur et les années. « Vous êtes si peu ! Où sont les autres ? » haleta-t-elle, tâchant de maîtriser sa vitesse pour ne plus ralentir, les Molgarths toujours sur ses talons. « Tu pourras pas toutes les sortir de là, te pose pas tant de questions ! » Loin derrière la souffrance et l’épuisement, l’indignation vint à son tour piquer l’âme de Sakristi. Elle n’avait pas fait tout ce chemin pour baisser les bras après avoir sauvé trois maigres rouquines. Mais en effet, que pouvait-elle y faire ?...

Elles gagnaient presque la ligne de combat lorsqu’un détail attira leur attention. Une vague de chaleur les surprit, lorsqu’elles étaient déjà écrasées par la fournaise du Désert. Leurs prédateurs insectoïdes étaient en proie à des flammes venues tout droit d’elles ne savaient où.
« Par Din ! Les Déesses descendent nous punir ! » s’écria l’une des filles. Pourtant, même en imaginant son compagnon roux dans sa robe rouge de déesse, Sakristi ne fut pas dupe. « Walder, qu’est-ce que t’as encore foutu ?... » murmura-t-elle pour elle-même.

Tout autour d’elles prenait feu, et les combats qu’elles distinguaient à présent devant elles n’en paraissaient que plus épiques. Plus suicidaires aussi. Les lionnes des sables ne réfléchirent pas une seconde avant de venir aider leurs sœurs qui étaient venues leur secours. Sakristi, elle, évita les flammes comme elle put mais n’était plus capable de sourire. Le sable lui avait écorché les pieds en s’insinuant dans ses chaussures, venant se mêler à sa sueur en tombant sur le sable aussi brûlant que les éléments qui se déchaînaient alors dans cet Enfer apparu par magie dans leur Monde.

Soudain, quand l’absurdité de la situation sembla l’avoir anesthésiée, un coup violent dans le dos la fit s’écrouler. Elle ne vit alors qu’une paire de pieds s’approchant de son visage, prête à donner assez d’élan à leur propriétaire pour lui porter le coup de grasse grâce. La vieille femme ferma les yeux, et tenta de se distancier suffisamment de tout ceci pour se rapprocher de ses divinités. Enfin allait-elle retrouver ses enfants, détachés de toute la matérialité qui avaient gangréné leur être. Ses deux petits bébés. Seuls moments de véritable joie dans toute cette existence qui à défaut d’avoir été douloureuse avait été aussi plate que les pectoraux de Walder. Elle aurait aimé vivre davantage, c’était certain, mais elle ne savait comment se battre face à toute cette force qu’elle n’avait pas encore rencontrée. Le temps sembla s’étirer, quand un léger mouvement sous ses doigts la fit sursauter. Le hurlement de son assaillante déclencha l’ouverture de ses paupières desséchées. Elle se redressa à temps pour ne pas être emportée par une vague de sable qui s’était mise à danser autour d’elle. Des tornades s’élevaient çà et là, tout autour des combattants.

Comme gagnée par un nouveau souffle de vie – comme à chaque fois que la Nature l’inspirait – Sakristi reprit sa course pour les éviter, retrouvant de vue ses compagnons. Elle toisa Laurent d’un air mécontent, avant d’identifier le centre de cette danse des sables. Le cœur de la Sorcière se serra en reconnaissant sous cette longue chevelure blanche cette soif de magie qui n’était pas compatible avec une vie « idéale ». Le Sable et le Feu combattaient lorsque toutes les pauvres créatures qu’ils étaient ne pouvaient qu’observer ces titans dans la crainte. Jamais sa magie ne saurait égaler la leur, elle n’avait jamais voulu suivre ce chemin. Peut-être aurait-elle dû.

Shany ironisa à sa manière en faisant remarquer que si quelqu’un maniait l’eau ou le vent, il n’avait qu’à saisir sa chance, un peu comme l’enfoncer dans sa propre incompétence. « …Redis ce que tu viens de dire ? » réalisa-t-elle soudain, en regardant le sable devenir une muraille de verre qui menaçait de les encercler.


« Courez bande d’inconscients ! » leur hurla Nesreen qui ne comptait pas se laisser piéger, talonnée de près par Abigaïl qui repoussa quelques Gerudos en passant. Sakristi suivit tant bien que mal le mouvement, soutenue par Shany et une autre Gerudo. Mais l’eau qui courait dans leurs veines et roulait sur leurs fronts ne sut que lui dire qu’elle avait une chance à saisir. Se laissant égoïstement porter, elle se concentra aussi fort qu’elle le put, implorant ses Dieux de travailler à cet équilibre dont ils étaient censés être les gardiens. La Terre, le Feu et l’Eau s’en donnaient à cœur joie sur cet absurde champ de bataille quand l’Air était aux abonnés absents. Qu’il soufflât, alors ! Et elle pria, pria, pria encore, serrant tellement fort ses poings desséchés que ses ongles mal taillés vinrent entailler ses paumes.

Soudain, une petite brise commença à souffler.

Elle souffla, souffla, puis souffla plus fort, prenant son élan dans les colonnes de sables qui ne s’étaient pas encore solidifiées. Elle dévia les flèches, puis continua son chemin en l’air, charriant les cendres des Molgarths et vint se jeter avec violence contre les murs de la Forteresse. Quelques flammes et quelques grains de sables suivirent ce vent nouveau dans son cheminement invisible. Des éclats de verre vinrent abîmer les solides pierres de la muraille et des hurlements leur revint, comme un écho chargé à la fois de terreur et d’espoir. Les chaînes des prisonnières allaient lâcher. Nombre d’entre elles allaient mourir. Quelques-unes – les plus rapides – les rejoindraient. Sakristi sombra, pas plus inquiète de son propre destin que de celui des autres. Elle s’était trop donnée et ne pourrait s’en sortir sans l’aide de ses alliés.


Elle connaissait le désert mieux que personne. Aucune âme sur cette terre ne pouvait la vaincre à ce niveau. Peut-être le chien avait-il des crocs plus acérés et les vieilles folles en savaient bien plus long qu'elle sur les forces de l'occulte. Mais ici, nul homme ne pouvait la battre. Une femme n'y arriverait pas plus. Elle sentait le vent fouetter, encore gentiment, le masque de tissu qu'elle avait détaché avant de se lancer à l'assaut. Sous le cuir de dromadaire de ses babouches, elle devinait la chaleur du sable, chauffé des heures durant par le seul maître des cieux. Elle voyait venir la bataille, à mesure que s'approchait une hyène blanche dont elle ignorait tout. Derrière la Cendrée, comme certaines Gérudos et quelques autres appelaient parfois les Hyliens, son peuple réagissait. Plus fortes que les escarbilles de la sorcière, plus bruyantes que les signaux d'alarmes ou que la détresse des gardes, elle entendait le cliquetis des chaînes, la clameur de ses sœurs. Toutes prendraient les armes pour elles. Aussitôt qu'elle les aurait libérées.

Bientôt la courtisane arriva jusqu'à elle. La Reine ne cacha ni son mépris, ni son dégoût. Elle n'était capable d'aucun respect pour ceux qui préféraient ployer l'échine devant la peur ou la force brute. Et peut-être était-elle sotte, ou étroite d'esprit, mais elle ne parvenait à comprendre pour quelle autre raison on pouvait se ranger derrière les oripeaux des sorcières immondes ou du traître qu'elles avaient éduqué. A la provocation du maigre molosse, elle n'afficha qu'un souverain dédain. Répondant seulement d'un crachat, elle fit un moulinet du poignet, comptant sur Nesreen et Abigaïl pour mener le peu d'hommes qui lui restaient  au cœur de l'action qui se profilait. Ses lèvres se brisèrent en un sourire prédateur tandis qu'au fond de l'ocre de ses yeux brillait une lueur vicieuse. Depuis le Mandrag, à la Forteresse, elle n'avait plus eu l'occasion de tester son acier. Son corps entier attendait ce moment depuis des mois maintenant. Un frisson dressa le poil le long de sa nuque, secoua sa colonne jusqu'à la naissance de ses reins. Entre ses doigts le poids du sabre l’apaisait autant qu'il ne nourrissait ses envies de sang.

Sous ses talons, le sable se mit à ruisseler sans signe avant coureur. Elle n'eut pas besoin de confirmation pour savoir ce que lui réservait la nouvelle amante de l'Usurpateur. Il les avait toujours préférée fourbe et sournoise. Consciente qu'elle ne pouvait pas rester immobile trop longtemps, l'Exaltée savait également qu'un mouvement trop brusque pourrait la condamner... à terme. A l'évidence, le sortilège de la hyène affectait le désert encore trop superficiellement pour l'avaler toute entière. Au fond d'elle, elle remercia le Colosse de ne pas lui avoir envoyé les sœurs Koutake. Elle ne gardait qu'un souvenir flou de leur rencontre, mais elle savait partiellement l'impact qu'elles avaient pu avoir dans une autre vie. Il était peu de chose capables de l'effrayer, bien qu'elle ne l'aurait jamais avoué. Les Mères de l'Ignominie la terrorisaient. « Ah — ! », souffla-t-elle, drapée dans son arrogance, en détachant le foulard qui couvrait jadis ses lèvres.  « Il te faudra plus qu'un tour de passe-passe pour... —  », reprit-elle, armant le bras, prête à porter un coup, quand l'une des hyènes passées à l'ennemi hurla. Elle n'aurait su dire pourquoi, mais son instinct ne l'avait pratiquement jamais trompée. D'un pas de côté, elle recula, non sans se baisser – presque pliée en deux – alors que sifflait le fer qui avait manqué de la raccourcir. La poussière brûlante lui montait déjà jusqu'aux genoux, l'empêchant de bouger aussi librement qu'elle l'aurait souhaité. Elle grogna, tout juste soulagée que son agresseur soit pris au piège de la même façon qu'elle. Elle ignorait comment il avait pu passer dans son dos mais elle savait que sans le cri qu'elle avait entendu, il l'aurait certainement blessée. Tuée peut-être. Elle lui lança un regard noir, presque rageuse de ne pas pouvoir distinguer son visage. Toutefois, la pression du sablon qui enserrait désormais ses hanches commença à se faire plus supportable. Sur la lame de son ennemi brillaient de multiples langues orangées. Walder. L'intervention du mage, quelle qu'elle fût, tombait à point nommé.

Dès qu'elle le pût, le véhicule de l'Esprit s'arracha au piège d'un bond. Manifestement plus rapide que l'homme masqué, elle profita de son inertie retrouvée pour lui envoyer un violent coup de pied, dans l'espoir de le faire rouler dans les bras de la sibylle, déjà occupée par le magicien élémentaire. « La'eneth ! », lança-t-elle d'une voix sifflante, maudissant les deux minions du Seigneur-Chacal. D'un coup d’œil succinct, Nabooru réalisa que le chaos s'était rapidement emparé des ergs et des dunes qui bordaient l'enceinte de la Citadelle reconstruite. Dans le bordel provoqué par la bataille, elle crut apercevoir un instant Abigaïl, sans en être convaincue. Ce qu'elle distinguait nettement, en revanche, ne lui inspirait rien de bon. « Sa'oten... — ! » soupira-t-elle, portant instinctivement sa main libre jusqu'à son torse, aussi surprise qu'inquiète. Partout des Molgarth frappaient, presque indistinctement. Ses phalanges se refermèrent un peu plus sur la fusée gainée de bois vernie alors qu'elle prenait un seconde pour retrouver son souffle et analyser la situation. Çà et là, certaines de ses sœurs avaient recouvert leur liberté. Certaines se battaient, d'autres tentaient d'en sauver plus encore. Ignorant la douleur qui la lançait encore dans la cuisse, la jeune femme s'élança, une lame en main et une autre à la hanche.

D'aucuns l'auraient traitée de folle, mais elle se mit à poursuivre l'un des mastodontes à carapace qui n'avait pas brûlé jusqu'à pouvoir se jeter sur l'une de ses pattes. « Nnnnngh... — ! » Persifla-t-elle, tirant autant que possible sur ses épaules pour se hisser avec difficulté sur la bête. L'animal ne semblait pas encore l'avoir repéré et elle comptait bien dessus : sans prétendre le diriger, elle entendait bien faire un bout de chemin avec lui... tant qu'elle le pourrait. Après un énième effort la Reine des reines parvint à gagner le sommet de l'armure de chitine et s'avança jusqu'au dard. La créature tenta de la frapper mais elle esquiva d'un mouvement ample avant de glisser sa lame dans le creux d'une articulation. Récupérant vite son acier, elle bondit au sol, ignorant le cri de douleur du scorpion géant... et celui de son propre genou. Sur son cimeterre brûlait le poison malsain du titan des sables. Elle courut jusqu'à une de ses sœurs encore entravée. D'un coup de sabre, elle brisa le carcan, avant de lui tendre son sabre. « Libère-les ! » Ordonna-t-elle d'une voix essoufflée, avant de tirer son second sabre au clair. Du regard, elle repéra la sorcière qui s'en était prise à elle un peu plus tôt et qui possédait quelque chose qui l'intéressait. Une deuxième analyse un peu plus poussée lui indiqua également la position d'une Gérudo munie d'une conque, dont elle pourrait avoir besoin pour sonner la retraite.

A nouveau, elle s'élança en faisant fi de la douleur qui irradiait maintenant tout le long de sa jambe. Sabre au poing, elle joua de l'acier et des coudes pour rejoindre d'abord la rousse à la hallebarde. Arrivant dans le dos de la jeune femme, elle lui envoya son pommeau à la naissance de la colonne vertébrale, pour mieux la décrocher de son bassin. Sans attendre davantage, elle abattit la tranche de son arme sur le bras nu de la jeune femme, le coupant aussi net. Le cri de la traîtresse fut rapidement étouffé quand la courbe du sabre la priva d'un peu plus du tiers de sa gueule, frappant d'abord au menton, avant de remonter juqu'au front, contournant son nez, puis déchirant son œil. Le cadavre était encore chaud, sanguinolent et animé de soubresauts quand la souveraine des dunes rompit d'un coup la lanière de cuir qui maintenait l'imposant coquillage. Sans perdre une seconde elle reprit sa route, à bout de souffle, jusqu'à la Hyène, lacérant les obstacles que le Colosse laissait sur son chemin. La bataille lui avait manqué.

Elle parvint à se faufiler jusqu'à la sorcière, encore aux prises avec le tacticien qui, en vérité, commençait à l'impressionner. Tentant une frappe de taille, sans parvenir à blesser la jeune femme, Nabooru put tout de même récupérer la besace qui pesait jusqu'à peu sur les hanches de la magicienne. Un trident manqua de l'embrocher avant qu'elle ne puisse pester ou réitérer son assaut. Reportant son attention sur la menace la plus immédiate, elle laissa chanter l'acier, dominant rapidement la gamine qui l'avait défiée. Quand elle se retourna, la Cendrée avait disparue. Sa langue claqua contre ses dents, de colère et de rage. « Tsssk... — ! » Elle aurait souhaité leur faire la peau à tous les deux, elle et l'homme au masque, mais elle ne le savait que trop bien : il n'était pas encore l'heure. Plus la bataille continuait, plus les risques de défaite augmentaient. Elle n'avait tout simplement pas assez de guerrières pour lancer une expédition punitive. Et si elle brûlait de défoncer les portes de la Citadelle, elle n'était pas folle pour autant. L'Exaltée porta à ses lèvres la conque. Le cri amer, rageur et puissant de l'habitacle résonna avec force, sonnant la retraite. Toutes les sœurs qui n'étaient pas encore tombées comprirent son message.

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