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« Le jour est loin d'être terminé, Llanistar. »
Le nordique haussa un sourcil en constatant que son frère de sang semblait de bien meilleur humeur que la veille, lorsqu'il était arrivé au château en lui ramenant Orpheos. Depuis qu'il avait constaté l'attitude sombre et distante de Link, il n'avait pas cessé de se questionner sur les raisons qui le poussait à rester ainsi ostensiblement à l'écart, sans parvenir à trouver de réponse. Le général en savait trop peu sur son ami, ignorait tout du périple enduré avec Impa ou même de sa relation avec le château et la cour. Llanistar se doutait bien que tous les deux partageaient une aversion certaine pour les courtisans et les intrigues sournoises entre ceux là, mais Link lui avait paru comme affecté dans sa chair, comme malade, au sein de ces murs. Réentendre la voix de son frère et le voir revenu à un état normal le soulageait donc autant que le retour de son amant, sain et sauf.
« Link. Merci, pour Orpheos. Je ne sais pas si j'aurais pu continuer sans lui. »
Llanistar savait que le héros ne se battait pas pour les honneurs ni pour les remerciements, mais il ne pourrait pas échapper à la gratitude de son frère. Le général lui devait beaucoup, plus sans doute que n'importe qui à Hyrule mis à part la princesse elle même, et il espérait que Link prenne sa gratitude pour ce qu'elle était, sincère et éternelle.
L'Hylien se leva, et s'approcha de lui. Llanistar avait remarqué que le regard du jeune guerrier s'était attardé sur sa main de fer, qui tenait toujours la poignée de son épée. Il éprouvait alors une sensation étrange, comme si sa main était toujours là, au bout de son poignée, en chair et en os. C'était une sensation qu'il éprouvait régulièrement mais jamais aussi nettement. On aurait dit que c'était l'arme divine qui lui procurait cette sensation apaisante.
Comme si sa main avait été plongé dans un feu, Llanistar ne put tenir la poignée un instant de plus. Ainsi rappelé brutalement à la dure réalité, il considéra avec déception le membre de métal qui semblait le narguer, froid et figé à jamais. Puis son regard revint à l'épée de légende. Le nordique ne pensait pas avoir rêvé mais il n'arrivait pas à comprendre ce qu'il avait pu entendre et ressentir. Excalibur, par un simple contact, l'avait arraché à l'une de ses douleurs les plus dures à porter : la perte de sa main. Et plus que cela, une présence dans l'épée, ou bien l'épée elle même lui avait parlé. Dans une langue inconnue, bien que familière. Il y avait là un mystère obscur pour le général, assez méfiant devant tout ce qui sortait de l'ordinaire. Tandis qu'il réfléchissait, Link s'était approché de lui et avait posé sa main sur son arme.
« Qui sait si tôt ou tard cette épée ne sera pas tienne. Garde à l'esprit que ça ne reste qu'une épée, au fond. »
Lui mentait il ou ignorait il ce qu'avait ressenti son frère ? Llanistar penchait pour la seconde option. Link n'était pas du genre à lui cacher des choses et il n'avait jamais irradié de la même aura, la même puissance que Zelda ou Ganondorf. Il était un guerrier, le meilleur de son temps peut être, mais pas un mage doué d'un grand talent pour la magie. Le connaissant, il était parfaitement possible qu'il n'ait pas conscience de la valeur d'Excalibur. Désireux de lui objecter ce qu'il venait de ressentir, le nordique allait lui répondre quand l'Hylien poursuivit,
« Ça reste un fardeau plus qu'un cadeau. »
Llanistar ne pouvait que le comprendre. Depuis qu'un Oracle l'avait désigné comme sauveur et libérateur des peuples de l'Empire, la vie du dernier des Rusadir avait basculé dans une lutte sans merci contre la tyrannie, en dépit de ses désirs et de ses rêves. Sacrifiés ses ambitions comme ses envies de paix et ses projets de famille. Sa vie s'était alors lancée sur une voie de laquelle on ne pouvait se détourner... Et Link connaissait cela, aussi. Son frère lui répondit donc,
« Ca n'est pas un véritable cadeau. Ca n'est que l'instrument que les dieux t'ont donné pour que tu accomplisse la tâche. Un coup de main intéressé... Il posa sa main sur celle de Link, sur l'épée, et lui sourit légèrement avant d'ajouter, solennel, ...Mais ça n'en reste pas moins un grand honneur que d'être son porteur. Je suis sur que de grands hommes ont brandi cette épée. Des hommes droits, qui défendaient les faibles et ceux qu'ils aimaient. Comme toi, Link. Quand à moi, ce sont d'autres dieux qui m'ont poussé sur cette voie, je ne saurais brandir Excalibur. Elle t'appartient. »
Llanistar ne pouvait nier que cette lame l'avait attiré, fut un temps. Lorsqu'il n'était encore qu'un étranger répondant à l'appel d'une princesse à qui on avait volé son mari, lorsqu'il suivait un héros inconnu jusque dans les sables les plus féroces, lorsqu'il avait affronté avec lui la sorcellerie de leur ennemi. Cette épée, qui repoussait le mal et tranchait les ténèbres, il l'avait désiré pour lui et pour son combat. Mais connaître Link lui avait fait comprendre que lui seul en était digne. Aussi, il retira sa main d'Excalibur et en décrocha son regard. Lui avait une autre arme, son don.
D'un simple coup d'oeil, il réalisa que plusieurs soldats étaient venus s'entraîner, profitant du soleil d'hiver qui faisait scintiller le manteau blanc de neige et de glace qui couvrait la cour. Un certain nombre l'observait, lui et Link, l'air intrigué, comme en attente de quelque chose. C'est alors que son compagnon, une lueur maligne dans le regard, lui décocha un léger coup de les épaulières, ajoutant,
« Hé, tu sais quoi ? » s'enquit-il. « Je suis persuadé qu'avec ou sans cette lame, tu te défens mieux que moi ! »
Le héros le gratifia d'un sourire complice que Llanistar connaissait trop bien. Un sourire de guerrier, d'homme, de frère. Le nordique réalisa ce que lui proposait Link et il lui rendit son sourire. Après tout, ils ne s'étaient jamais mesurés l'un à l'autre, bien que chacun se soit observé à l'action. Il y avait là une occasion en or, que le général comptait bien ne pas laisser passer. Cela faisait trop longtemps qu'il n'avait pas affronté quelqu'un de son niveau, voir supérieur à lui. Il lui répondit avec un ton bravache inhabituel chez lui,
« Je n'en suis pas si sur, mais autant vérifier ça selon la règle ! Hey, toi ! Il fit signe à un écuyer oisif à côté du stock d'arme d'entrainement, Deux épées, en acier ! »
Les armes d'entraînement n'étaient pas aiguisées mais avec de l'acier, on pouvait tout de même ressentir de la douleur, et donc se donner à fond. Et c'était bien ce qu'il comptait faire. Taquin, il déclara à Link,
« Je te laisse le choix des règles. Premier à terre, première touche, bouclier ou non et le nombre de manches. Tant que nous en restons à l'épée, tout me va pour te mettre une raclée ! »
Déjà, le bruit commençait à courir et leur public à s'assembler autour d'eux.
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Ocarina of Time - Version 1.1.5 (3)