Les cendres de la défaite

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Héros du Temps

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(vide)

Il grinça des dents, et l'alcool qu'elle avait déversé sur le trait qui lui barrait le genou n'y était pas pour grand chose, sinon pour rien. Ses doigts se fermèrent sur son pouce à mesure qu'ils ne formaient un poing rageur. Ses yeux remontèrent jusqu'au visage – joli mais éreinté – de la Gérudo. Ses sourcils se froncèrent et ses traits se déformèrent. Bientôt son visage se teintait de biens sombres couleurs, lesquelles formaient un masque de colère furieuse. L'assistant avait cessé de s'exaspérer, et les quelques blessés de tousser. Seul le feu qui crépitait timidement et le cuir qui chantait un peu plus à chaque fois que ses muscles ne se tendaient encore venaient encore troubler le silence oppressant, tombé sur la tente.

"Trop au sérieux...?" Siffla-t-il, la voix faible mais audible. Il avait l'impression de s'étrangler, tant il n'en revenait pas. Trop au sérieux ? Alors que des centaines et des milliers de vies étaient en jeu ? Que des hommes et des femmes s'élevaient chaque jour avant de mourir sous les feu d'un seul homme ? Trop au sérieux alors que l'avenir d'Hyrule tout entier était compromis, et que sous ses yeux se dessinait un chemin qu'il ne connaissait que trop bien...? Lui savait ce qu'était ce chemin, et fut-il joyeux – ce, qui pour l'amour des Trois était très loin d'être le cas – que tout cela aurait tout de même son importance. Tant étaient morts pour cette cause que...

Il tâcha tant bien que mal de garder le silence. S'il desserrait à nouveau les dents, il ignorait jusqu'où pourraient aller ses mots, mais il savait qu'il blesserait sans doute autant qu'Excalibur ne saurait le faire. La peste prenne ce jour ! Ses joues le brûlaient tandis que la jeune femme s'attirait ses foudres.
« Vous êtes sûrement très nombreux à vous battre pour Hyrule. — » Lâcha-t-il néanmoins, avant qu'elle n'ai pu reprendre la parole. Son ton ne masquait pas la rage qui l'habitait, mais il l'assourdissait. Et sans doute n'en était-elle que plus effrayante. Plutôt que d'exploser en fureur et en cris, il se contentait d'une colère froide, sourde, impitoyable et inébranlable. « Ils le sont autrement plus à tomber et mourir pour elle. » Le givre qui dansait d'habitude au plus profond de son regard s'était fait fer de lance, tandis qu'il ne la massacrait des yeux. « Aussi, reprit-il, je te demanderais de bien vouloir excuser mes inquiétudes et mes craintes vis à vis de tout ça. »

L'Hylien n'avait jamais été familier au cynisme, pourtant c'était au moins la deuxième fois qu'il se laissait porter par la rancoeur depuis la retraite de la Forteresse. Éprouvé, tant physiquement que d'esprit et émotionnellement, il essaya néanmoins de quitter le rondin, improvisé chaise. Son estomac criait toujours famine, quand bien même sa tête le faisait taire. Sa main vint le soutenir, alors qu'il se hissait lentement sur ses deux jambes.
« Tu ne saurais pas s'il y a quelque chose à manger, par ici ? » Grogna-t-il, de sombre humeur. Bientôt, il trouva une miche de pain qu'il avala sans prendre le temps de la mâcher véritablement. Plein de sable et de terre, il lui remplirait tout de même la panse.

"Quoiqu'il en soit, merci." Glissa-t-il, en s'escrimant à revenir à un ton moins agressif, alors qu'il essayait de se calmer. Il supposait – ou préférait supposer – qu'elle ne pensait pas à mal et que ses mots ne reflétaient pas sa pensée. Sur ce point il ne pourrait pas lui en vouloir : il était le premier à se retrouver maladroit dans des situations qu'il ne savait pas manoeuvrer. Link se déporta de façon à pouvoir la voir. Il préférait ne rien ajouter, et de toute façon il n'avait pas besoin d'une étude approfondie pour réaliser à quel point elle était exténuée.
*

Le vagabond déposa doucement la Gérudo sur l'une des couches qui restait libre, alors qu'elle s'était endormie. Elle trouverait le repos autrement plus facile — et plus agréable, sur un peu de paille et de fourrure que sur le sol aride et agressif.

Ses pas le menèrent loin des tentes, un peu après qu'il ai repoussé le cuir qui faisait office d'entrée. Le calme était retombé sur le camp. Il y avait bien quelques braseros ça et là, autant pour illuminer la nuit noire et inquiétante que pour réchauffer les quelques soldats qui montaient la garde et attendaient la relève. Ils s'étaient éloignées des Terres du Désert, mais en restait suffisamment proche pour qu'à la tombé du soleil le monde devienne véritablement froid.

Un instant, il écouta le vent d'ouest, curieux et dans l'espoir – vain et il le savait – qu'il lui apporte quelques nouvelles errantes. Mais lui même se taisait dorénavant. Alors, ce fut à son tour d'errer jusqu'aux arbres qui bordaient, à respectable distance, le campement. Il avait ce sentiment, particulièrement dérangeant, que les doyens sylvestre eux même pleuraient. A pas de loup, il gagna les bois et finit par comprendre.

Sa main vint bâillonner la bouche de la Princesse, tandis qu'il ramenait son dos à elle contre son torse.
« Je devrais vraiment t'enchainer, si je ne veux pas risquer que tu te perdes. ~ » Souffla-t-il à son oreille. 


Zelda Nohansen Hyrule

Princesse de la Destinée. ∫ Édile de Nayru.

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(vide)

Elle ne savait pas exactement combien de temps s’était écoulé. Pas assez longtemps pour calmer son chagrin en tout cas, et elle avait toujours les yeux humides lorsqu’elle sentit une main glisser par-dessus sa bouche alors qu’elle se faisait emprisonner contre le torse d’un jeune homme. Elle ne paniqua pas un instant. Même le sable et le sang ne pouvaient masquer l’odeur d’herbe fraiche qui l’avait toujours accompagné et avait si souvent bercé ses pensées. Elle se détendit lentement en se laissant aller contre lui, profitant de sa chaleur rassurante. Elle l’entendit murmurer à son oreille, et ce furent des larmes de soulagement qui faillirent remplacer les précédentes lorsqu’elle entendit que sa colère avait disparu. Elle se retint, laissant seulement percer un sourire incontrôlable.

Il ne comprenait pas qu’elle était prête à tout si c’était nécessaire pour s’assurer de toujours pouvoir profiter de ses bras, ne jamais le perdre… Elle ne pourrait plus se contenter d’attendre avec les bras croisés alors que tout ce qu’elle chérissait était en péril. Elle y avait réfléchi. Elle en avait largement eu le temps, et pourtant même si elle doutait encore, elle ne pouvait toujours pas lui promettre de ne pas recommencer.

Au loin elle apercevait briller les lumières du camp. Elle n’enviait ni le bruit, ni l’agitation, ni la chaleur du feu, elle avait déjà tout ce qu’il lui fallait, et trop peu l’occasion d’en profiter d’ordinaire. Elle sentit ses yeux qui se fermaient doucement en regardant les flammes danser au loin, bien installée et apaisée. Elle se tourna délicatement face à son Héros pour se blottir contre lui et lui répondre d’une voix plus endormie qu’elle ne l’aurait cru.

« Volontiers... Surtout si tes bras sont les chaînes...  ~ »

Sa tête glissa dans le cou de son ami. La journée avait été éprouvante, et elle avait perdu l’habitude de tant d’agitation. Sans compter qu’elle n’avait que peu dormi les jours précédents, trop inquiète pour fermer l’œil longtemps. Le sommeil la fuyait habituellement mais pas cette fois. Sans doute sa présence n’y était-elle pas étrangère.

« J’ai eu si peur de te perdre… »

… Mais il était dans ses bras à présent. Sa respiration se ralentit doucement alors qu’elle sombrait dans le sommeil, appuyée contre lui, un sourire toujours gravé sur les lèvres. Au moins une nuit elle aurait droit à un rêve heureux, loin des cauchemars qui étaient revenus la hanter depuis le retour du Seigneur du Malin.


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