La folle audience.

Elle changera votre vie, vous verrez !

Franc


Inventaire

(vide)

Grelots d'argent, pas feutrés, gants de velours, un être fort gracieux pénétra de toute sa magnificence dans un couloir vide. Il respirait le respect, cependant, les gardes endimanchés ne semblaient pas sensibles à l'aura impériale de Fol. Il stoppa net sa marche chaloupée devant un spécimen militaire au nez joufflu. Ce dernier était impassible, les yeux dans le vague. Le bouffon se demanda si le factionnaire n'était pas dénué de cerveau, vue son regard inexpressif. Le pitre l'examina sous toutes les coutures, passant sa tête tout autours de lui.

Bwah ! Tu es laid et gras.

Le fou sentit le vent du boulet dans la flamme naissante de haine dans les yeux du garde royale ou plutôt, le vent de son glorieux pied en pleins dans les fesses. Il décida donc de poursuivre son chemin dans le dédale des couloirs. Enfin, il vit la double porte peinte de dorure tape à l'oeil. L'étrange invité la contempla, prit de l'élan et couru vers celle ci. Dans sa course, il tendit les bras et ouvrit à la volet les portes dans un vacarme qui fit résonnait les vitraux de la grande salle de doléance. Fol se dépêcha de composer sur son visage un masque d'excuse, implorant le pardon. Il constata tandis qu'il jouait sa comédie que la pièce était vide. Ce à quoi il conclut que le peuple devait être tellement heureux de ce Royaume que personne ne venait se plaindre à la Princesse. Ce qui était faux, ce même peuple était trop occupé à sa survie pour penser au petit désagrément de la vie en communauté.

Il s'avança calmement, avec une démarche aux mouvements amples, pleine de vanité. Elle était là, sublime, traits gracieux, teint légèrement pâle, la lumière elle même se reflétait sur sa peau d'ivoire et renvoyait des rayons d'or, les contours gracieux, respirant la grandeur, inspirant la confiance absolue. Non, il ne parlait pas de cette petite blonde à couronne vissé sur son siège puant la richesse, mais il parlait de cette superbe dalle de pierre blanche aux pieds de Zelda, sur laquelle Fol allait bientôt se vautrer, sur la vraie place d'un fou royal.


Enfin, on daigne prendre mes revendications en compte dans ce pays de NIAIS.


Fol avait accentué le dernier mot, sans pour autant en faire un réel cri d'agacement, il l'avait prononcé en tournant la tête derrière lui, espérant agacer le soldat qu'il avait taquiné dans le couloir, peut être entendrait il. Il émit un ricanement léger. Il reprit ses esprits et planta son regard bleu dans celui de la régente. Il se mit à quatre pattes, d'un seul mouvement. Pour résumer, Fol s'effondra. Il se mouva en une sorte de courbette très humble, embrassant le sol de ses fines lèvres.

Votre majesté.

Lourd silence.

Il n'attendit pas plus longtemps et débita sa requête sur un ton fataliste sous entendant qu'il ne tolérerait pas un refus de la part de la Princesse.


Comme je l'ai écrit il y a quelques jours, ce peuple se meurt dans la tristesse. Vous aussi, Haute Dame. Lisez ma pitoyable chronique dans le journal d'Hyrule, j'y fais part de mes inquiétudes vous concernant.

Vous n'avez point le choix, Princesse. Je souhaite que ce Royaume prospère, pour cela, il vous faut d'urgence un fou pour égayer votre cours. Ah, que de chance en ce jour béni, vous en avez un, un de qualité, à vos pieds en ce moment même.

Je vous servirez jusqu'à la mort avec mes compétences joyeuses et mesquines. Permettez moi de prendre place à vos côtés et à ceux de votre royal époux, Dame. Je veux une place de Fou Royal en cette grande maison. Je veux être à vos pieds et officier ma noble tâche, pour toujours et à jamais.


Le fou se releva, la bouche sèche. Il attendait le verdict qui scellerait sa vie. Il baissa les yeux, attendant son adoubement.


Zelda Nohansen Hyrule

Princesse de la Destinée. ∫ Édile de Nayru.

Inventaire

(vide)

Alors que la Princesse attendait dans le calme et le silence l’homme à qui elle avait accordé une audience, la porte s’ouvrit dans un boucan monstre – lui tirant un sursaut – pour laisser entrer dans la salle le surprenant personnage. Si ce dernier mimait un air désolé, Zelda quant à elle eut du mal à cacher entièrement sa surprise. Certes on lui avait parlé de cet homme étrange qui avait à cor et à cri réclamé à être reçu par elle, mais aucun des récits ne l’avait préparée au spectacle totalement inédit qui l’attendait.

Elle se renfrogna un peu en entendant traiter son peuple de « niais », avant d’écarquiller les yeux devant le numéro de courbette. Elle ne savait comment elle devait prendre ces manières exagérées. Mais qui était cet homme qui changeait si vite de ton et de comportement et d’où sortait-il ? Déroutée, voilà ce qu’elle était. À sa décharge, nous pourrions dire que si loin que remontaient sa mémoire et les archives du palais, jamais il n’y avait eu à Hyrule de Fou Royal. Certes les dirigeants avaient toujours aimé les divertissements et les troubadours avaient été reçus au château avec plaisir, mais aucun des Rois et Reines lui ayant précédé n’avaient engagé de Bouffon. Ses rares contacts avec ces espiègles plaisantins avaient eu lieu lors de visites officielles dans des royaumes voisins et avaient été brefs.

Sans plus tergiverser, le Fou déclama d’une traite sa requête, qui avait le mérite d’être directe. La Princesse resta pensive un moment. Elle avait effectivement lu le journal et la Chronique évoquée. Elle était surprise, surprise de voir cet homme étrange et mystérieux qui arrivait tout juste à Hyrule mais semblait déjà en savoir bien plus que certains citoyens ne s’intéressant pas à l’Histoire ou la politique. Déconcertée par ses airs insolites et ses railleries cyniques. Troublée par son soudain souhait de lui prêter allégeance et de la divertir. Elle devait cependant rendre un verdict à cet homme dont, elle se rendit compte, elle ne connaissait même pas le nom.

Devait-elle l’engager ? Qu’y perdait-elle ? Si tant de palais comptaient un bouffon attitré, il devait bien y avoir une raison. Elle ne savait pas exactement à quoi s’attendre, mais elle ne voyait nulle raison de refuser de donner une chance à cet être pour le moins singulier. Sa détermination la touchait, elle était curieuse de savoir ce qu’apporterait sa présence à la Cour. Et puis… N’avait-il pas raison ? Elle ignorait s’il pouvait réellement la faire rire – ou si elle le voulait – malgré la gravité de la situation, et malgré les sombres présages qui hantaient ses rêves, mais elle ne se souvenait pas avoir beaucoup rit depuis les tristes événements qui s’étaient déroulés au Temple du Temps, pas plus qu’elle n’avait dormi d’un sommeil vraiment réparateur. Sans doute les habitants d’Hyrule avaient-ils eu aussi le moral bas…

« Fou… Vous ne m’avez pas donné votre nom… Je ne vous cacherai pas qu’il n’y a jamais eu de Fou Royal à Hyrule, je n’y avais même jamais entendu parler d’un Fou tout court avant votre arrivée. La situation est inédite pour moi, tout comme elle doit l’être pour mes sujets, vous l’aurez sans doute remarqué. Cependant… Je suppose qu’il faut un début à tout. Aussi, je vous nomme officiellement au poste de Fou Royal, puissiez-vous faire vos preuves et accomplir les belles prouesses que vous me promettez. »

Elle osait seulement espérer que son époux et les gens de la Cour apprécieraient leur « nouvel employé ».


Franc


Inventaire

(vide)

" Tiens, les fleurs dans ce pot sont les même que j'ai arrachées dans le jardins devant le château " pensa t il en examina l'énorme bouquet dans un coin, près d'un rideau de velours pourpres aux armoiries royales. Ses yeux se perdirent dans la contemplation des pétales multicolores.

« Fou… Vous ne m’avez pas donné votre nom… Je ne vous cacherai pas qu’il n’y a jamais eu de Fou Royal à Hyrule, je n’y avais même jamais entendu parler d’un Fou tout court avant votre arrivée. La situation est inédite pour moi, tout comme elle doit l’être pour mes sujets, vous l’aurez sans doute remarqué. Cependant… Je suppose qu’il faut un début à tout. Aussi, je vous nomme officiellement au poste de Fou Royal, puissiez-vous faire vos preuves et accomplir les belles prouesses que vous me promettez. »

Fol entendit un chuchotement long et uniforme. Une voix gracieuse emplie de gentillesse et de curiosité enfantine. Il leva alors la tête dans un concert de grelots, surpris de se trouver à cet endroit tout à coup.


« Pardon ... Vous disiez ? »


Il nota un changement dans les traits somptueux de la Princesse. Un frisson glacé se lovait à présent le long de son dos, prêt à mordre sa nuque d'effroi. Le fou fit fonctionner sa mémoire et entama la relecture des paroles de l'élue de la sagesse. Il fit la moue, grandement étonné de la rapidité à laquelle la régente avait accepter cet étranger.

« Excusez moi, ma cousine,
c'est ainsi qu'il appelait familièrement ses rois et reines , me voilà surpris par votre accord si prompt. Accueillir un étranger si facilement est à la fois stupide et généreux. Être gentil ou bête, la frontière est si mince ...

Il entra dans une méditation philosophique, se rappelant certains de ses échecs passés. Parfois sa langue si sûre dérapait. Il exprima son dégout par un air sinistre.

« J'espère que vous êtes simplement gentille, auquel cas vous vous suffirez à vous même en tant que bouffonne. Cependant, hormis cette remarque, vos actes si rapides à mon égard est signe qu'il vous faut immédiatement un Fou à vos côtés. »

Il n'exprima nulle joie au travers de son visage, pourtant, la reine l'avait accepté aisément. S'en était trop facile, d'où un certain agacement. Fol aurait aimé harceler cette belle dame. Il se mit à marcher vers Zelda, les yeux dans le vague, puis s'installa sur la dalle de marbre légèrement rose, aux pieds du trône. Il regarda alors la salle. Enfin il allait de nouveau régner sur la cours d'un Royaume. Sans bouger, il dit, d'une voix monocorde :

« J'aimerais une grande chambre, avec des milliers peluches. Ainsi qu'un titre et un métier officiel, que tout le monde courbe l'échine devant mes bouffonneries, que tout le monde me connaisse, m'adule ou me déteste. »


Il enleva sa chemise colorée mais néanmoins très sale et la jeta sur les souliers royaux.

« Ah ! Et tu me feras porter des habits plus nobles, ma cousine-reine ! Après quoi, je divertirais ta cours et ton peuple, pour la prospérité de tes humbles terres. »

Qu'il faisait froid dans cette pièce trop grande, sans chemise et sans graisse. Ah, qu'il était maigrelet ce petit bouffon, aux pieds de sa Dame ... Il sourit affectueusement en tournant la tête vers Zelda, les yeux brillants de bonheur.

Merci votre Altesse, mon nom est Fol. Chuchota t il simplement.


Zelda Nohansen Hyrule

Princesse de la Destinée. ∫ Édile de Nayru.

Inventaire

(vide)

La Princesse resta interdite devant le ton et les revendications du Fou. Était-ce une plaisanterie ? Était-ce ainsi qu’un Fou Royal s’exprimait ? Est-ce que pour lui, ce poste donnait accès à de tels avantages ou du moins le droit de faire des revendications ou donner des ordres ? Elle avait déjà à la Cour assez de nobles capricieux sans souhaiter une nouvelle source de tracas. Bien sûr elle-même devait se plier au jeu du pouvoir et donner des ordres, mais elle n’avait jamais apprécié de voir des gens en abuser, et elle n’avait pas le droit de céder à ceux qui lui étaient donnés. Si le ton de la jeune femme – sans doute attendrie par le bouffon – restait doux, il était néanmoins ferme.

« Fol, comme je vous l’ai dit ce royaume n’a encore jamais connu de Fou Royal. J’osais espérer que vous m’expliqueriez comment fonctionnent les autres royaumes à propos de ce poste de Fou, mais à première vue je crains de ne pouvoir vous offrir forcément la même chose. Je trouve vos revendications quelques peu … Déplacées. J’ai accepté de vous laisser officier votre art, mais le royaume est dans une période difficile, mon peuple passe avant tout. »

En outre elle attendait toujours de le voir faire ses preuves. Jusqu’à présent il avait promis monts et merveilles, mais elle ne savait pas concrètement ce qu’apporterait sa présence et ne voyait pas comment il réaliserait ce qu’il avait annoncé. Elle pouvait accepter de lui donner sa chance, mais pas de placer tous les espoirs et moyens en lui. Elle jeta un œil aux vêtements qui trainaient toujours à ses pieds.

« Par contre je vous accorde qu’il vous faudrait de nouveaux vêtements, vous avez dû beaucoup voyager… ? »

Elle se tourna vers un des serviteurs qui officiait dans la salle d’audience.

« Préparez une chambre et veuillez apporter des vêtements corrects à cet homme… »

Après un regard vers la chemise à terre elle ajouta :

« …colorés de préférence. »

Si elle n’était pas prête à répondre aux moindres caprices d’un inconnu qu’elle prenait à son service, elle ne voyait pas de raison de ne pas lui fournir plutôt des vêtements qui seraient à son goût, et il lui avait semblé que c’était ce qui lui plairait. Elle regarda le serviteur quitter la pièce avant de reporter son attention sur le Fou.

« Vous m’avez semblé en savoir beaucoup sur Hyrule, mais je ne sais rien sur ce qui se passe dans les autres royaumes, ni sur vous et d’où vous nous arrivez. Pouvez-vous me raconter ? »

Elle avait à peine l’occasion de sortir du palais, elle avait encore moins le temps pour des voyages. Qui plus est, l’audience avait été rapide – du moins il semblait que la tournure de la conversation prenait une tournure moins officielle – et elle avait encore un peu de temps avant de retourner à ses occupations, ce savoir ne lui serait pas inutile. De plus, si elle avait effectivement accepté de prendre à son service un homme dont elle ne connaissait pas grand-chose, elle n’avait jamais compté laisser les choses en l’état.


Franc


Inventaire

(vide)

Ce qu'elle semblait intriguée par tant de bousculades dans ce monde de bourgeois gentillets ! Cet avatar du Bien, cette incarnation de la bonté, cette allégorie parfaite de la pureté paraissait sceptique et cachait ceci derrière une légère brusquerie à l'égard du Fol. Cependant, elle avait raison. Zelda ne pouvait faire confiance à un beau parleur.

« Excusez ma maladresse à votre égard, Dame-Reine. »

Un rire carnassier déforma ses maigres traits sans couleurs tout en se frottant les mains.

« Ah ! Je vais devoir mériter ma place, tout comme vous devez mériter la vôtre, celle de la maitresse d'un Fou de renommé. »

Il tenta de synthétiser ses aventures si nombreuses en se grattant le menton. De longues secondes froides s'installèrent entre le trône et la dalle où était assis le fou. Que devait il dire ? Il ne savait pas. Il ne pouvait refuser la curiosité de cette demoiselle. Etre curieux était pour Fol, la plus importante des qualités. C'est alors que l'imbécile commença sa modeste biographie. Il décrivit en détails la géographie des pays qu'il eut traversés avec une certaine mélancolie qui lui serrait le coeur. Trop d'entre eux n'étaient plus que cendres sur une terre faite de cadavres. Un frisson le parcourut quand il vint au moment de la mort de son bien aimé Roi.

« ... C'est alors que ce saint homme fut éviscérer dans son lit, d'un coup sec et précis. Le rebelle me lança un regard meurtrier et tenta de m'ôter ma futile vie. Les sauvages ne connaissent pas la nécessité de ma présence. Princesse Zelda, vous qui êtes la mortelle la plus sage de cette terre, ne faite pas l'erreur de ces contrés. La vôtre, si magnifique soit elle, risque de sombrer.

Je ne souhaite pas vous partager mon enfance. Cela ne vous regarde pas, Mademoiselle. »


Fol déglutit bruyamment. Il chercha au fond de lui la flamme d'optimisme. Celle qui illumine ses paroles en évoquant son métier.

« A quoi je sers ? Hé bien, je suis tout d'abord un luxe de nobles. Les grands de ce monde sont écrasés par la courtoisie factice, le respect feint et autres responsabilités incommensurables mettant en jeu la vie d'un peuple ou plus simplement celle de la famille régnante. Le fou est l'ami du roi. C'est la seule personne objective de son pays, la seule qui parle vraie. Elle soulage donc la terrible solitude des chefs. Je sens celle ci en vous. Le bouffon est un rappel, un souvenir du temps où les Seigneurs ne furent que dauphins. Je peux vous rappeler un ami d'enfance quelconque et vous soulager de cette vie de servitude envers vos gens. D'autres encore amusent en complotant, en fomentant des petits coups d'Etats pour aiguiser la méfiance du Seigneur ...
Dans mes royaumes, les fous se baladent à travers le château et dispense leurs talents lyriques, physiques et humoristiques à qui ils jugent digne. Ils se trouvent la plupart du temps auprès de son maitre. Je suis un diable collant, je vous suivrais vous et votre mari n'importe où. Les fous aident leur roi en donnant leur stupide avis toujours étrangement sage. Ah ! j'en ai sauvé des royaumes en ne disant simplement que les vérités, les évidences ! »


Fol se lassait déjà de ce monologue trop officiel. Certes il discourait de choses qu'il aimait, mais aujourd'hui tout était différent. Il étouffait du malaise de ce peuple prisonnier de la menace. Le fou se leva d'un bond et fit face à la Princesse. Il lui prit les mains.

« Dame, je vous redonnerai foi en la Justice. Vous vous êtes égarée à trop vouloir protéger les vôtres. Chez moi, les fous se contentent de calmer leur maitre trop belliqueux, épargnant ainsi bien des vies. Les sourires que je saurais vous tirer à vous et aux autres vous donneront confiance. Je vous mènerais implicitement sur les chemins du combat contre le Malin. »

Un rire nerveux plus tard, il bondit en arrière et fit semblant de trébucher. Il se massa ostensiblement son séant douloureux.

« Un fou dresse les croquis, les caricatures très proches du réel de ceux qu'ils l'entourent. Un bouffon pas assez subtile peut vexer, peut blesser. Auquel cas, il mérite le cachot voire la mort. »

Fol avait conscience que son discours était décousu et sans lien. C'était la passion et non l'intellect qui formait ses phrases incohérentes.

« Votre question est trop vaste. Découvrez moi vous même, en vivant à mes côtés. Vous vous découvrirez également à mes côtés. Je réveillerais la petite espiègle qui est en vous ! »


Il cligna de l'oeil et envoya un baisé de la main. Il ne savait pas trop si l'audience était terminée. Il resta donc planté droit comme un i au milieu de la pièce. Il attendait secrètement une mission spéciale. Après quoi il gagnera un statut officiel. Il serait à nouveau célèbre ...


Zelda Nohansen Hyrule

Princesse de la Destinée. ∫ Édile de Nayru.

Inventaire

(vide)

La Princesse écouta attentivement tout du long le récit du Fou. Entendre parler de contrées lointaines et de ce qui se passait au-delà des frontières du pays, pour une jeune femme qui avait toujours rêvé de voyager sans en avoir vraiment l’occasion même dans le cadre de ses responsabilités, c’était réellement passionnant, et son intérêt n’était pas feint.
Elle hocha affirmativement la tête lorsque Fol refusa d’évoquer son enfance. Elle ne souhaitait pas être indiscrète, ce n’était pas le but de sa curiosité.
Une fois le récit achevé, il bondit et lui prit les mains avant de se revenir sur le sujet hylien plus particulièrement. Toujours aussi surprise par ses manières, elle se contenta tout de même de continuer à l’écouter jusqu’à ce qu’il ait terminé.


Devant ses pitreries, et pour la première fois depuis le début de l’audience, elle réprima difficilement un rire qui transparut sous la forme d’un sourire. Elle était détendue, ce qu’elle n’avait plus été depuis longtemps, et qu’elle ne serait sans doute pas très longtemps.

« Je vous remercie infiniment pour ces informations. Comme vous le dites si bien, je ne saurais mieux vous découvrir qu’en constatant par moi-même les effets de votre présence, mais je suis au moins plus éclairée sur les facettes de votre métier. »

Son ton redevint cependant un peu plus grave alors qu’elle abordait un sujet moins agréable.

« Comme vous avez l’air de bien le savoir, le Seigneur Ganondorf est revenu à Hyrule et menace le Royaume. Nous sommes actuellement sans nouvelles depuis sa dernière attaque. Pour certains c’est le signe qu’il a été affaibli et c’est un bon présage, pour d’autres au contraire cela signifie simplement qu’il prépare son prochain coup et le fait qu’il y mette tant de temps et de patience est mauvais signe. Je ne sais pas à qui je dois donner raison, mais à titre personnel je n’ai pas un très bon pressentiment et je ne veux pas prendre de risques. »

Mais tout cela il le savait sans doute déjà, instruit qu’il semblait être de l’histoire du Royaume et des événements récents, elle en vint donc au fait.

« Je vous donne carte blanche pour l’instant. Prouvez-moi d’ici notre prochaine confrontation avec le Seigneur du Malin que vous pouvez réellement faire pencher la balance en notre faveur, et j’accéderai à vos requêtes, je ne pourrai plus douter de votre valeur et de la nécessité de votre présence à mes côtés et au sein du Royaume. »

Si elle appréciait déjà sa présence et ses histoires qui, le temps d’une audience, lui avaient fait oublier ce qui la préoccupait le reste du temps, déjà l’anxiété revenait et elle se sentait coupable d’avoir peut-être laissé passer un temps décisif. Elle n’aurait jamais pu ne chercher qu’à se soulager elle seule du fardeau sur ses épaules, elle avait besoin de constater que le bénéfice profitait au Royaume tout entier.

Certes, elle avait bien compris qu’elle l’offensait et que, selon ses dires, elle devait le mériter autant qu’il devait faire ses preuves. C’était sans doute vrai, les meilleurs artisans ou artistes, si on pouvait voir les choses ainsi, méritent de la reconnaissance, mais ils démontrent généralement d’abord leurs talents. S’il pouvait lui prouver ce qu’il avançait, elle réparerait son erreur. Actuellement elle ne pouvait prendre de risques tant qu’elle n’était pas certaine que l’investissement était décisif pour Hyrule, et pour ça elle avait besoin d’actes. Elle ne savait pas réellement quelles étaient toutes les formes que pouvait prendre son aide, mais qu’il se montre indispensable pour faire face au Malin et elle lui donnerait ce qu’il demandait, il l’aurait son statut officiel.


Franc


Inventaire

(vide)

Fini le jeu d'acteur de génie pour Fol, il affichait ici clairement sa totale incrédulité devant les propos de sa désormais Reine. Ses yeux étaient sorties de sa tête de surprise, la bouchée bée. Un léger tique réveilla sa fine bouche tétanisée qui se courba pour exploser en un rire non feint. Il ne se moquait nullement de la Princesse Zelda, cependant ses mots l'étonnèrent.

« Mais je ne suis point un guerrier Votre Excellence ! Je ne suis qu'un amuseur ! »


Sa comédie avait repris, quel menteur il était, c'était une bien piètre démonstration car Zelda ne réagit pas à cette parole. En effet Fol était un amuseur, mais comme tout Bouffon Royal, il connaissait parfaitement la mécanique des manigances de la cours et autres manipulations abjectes. Certains bons rois maniaient avec brio l'art de la démagogie. Fol en avait appris les ficelles depuis longtemps et les tiraient volontiers pour gagner en popularité et en légitimités auprès d'un seigneur.

Le Fou se retourna pour inspecter la pièce, ils étaient plus ou moins seuls hormis le " petit personnel ". Il lâcha les mains tièdes de la Reine et s'approcha de son oreille pointue, qui dit on dans ce pays, étaient capables d'entendre la voix des cieux. Il lui chuchota avec élégance :


« Vos magnifiques oreilles elfiques sont sourdes des appels divins. Celles de votre ennemi le sont encore plus, mais en épousant une de leur porte parole, il s'est attribué un parfait sonotone ... »

Fol se retourna et ria de bon coeur en regarda sa Dame droit dans les yeux, avec de grands gestes, comme s'il venait de gagner un match d'un sport quelconque ( ce dont il était bien entendu incapable vue son corps rachitique et dépourvu de musculature ).

« Je serai pour vous votre coton tige ! Quel magnifique rôle pour le grand dadais pâle comme la mort que je suis ! Ah ! Je vais vous déboucher les oreilles ma petite dame ! »

Il fit un clin d'oeil à Zelda.

« Vous aurez ouï de mes exploits bientôt. »

Il se retourna, ne la salua pas selon le protocole en rigueur. Il était au dessus de ça, il avait une tâche importante. Bien entendu, il oublia les affaires propres que Zelda lui avait gracieusement offertes, il sautilla hors de la salle, torse nu. C'est alors qu'il cria au loin, sa réplique parvint aux oreilles de sa Reine par échos.

« Trop tard pour des habits, qu'importe les fourrures et les canicules, le Fol grelottera toujours ! »

Cria - t - il en secoua son stupide chapeau à grelots.


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