Infiltration peu discrète

Songe Tristenuit


Inventaire

(vide)

"Halte-la !"

L'attelage s'arrêta devant les grilles à l'entrée du château. D'un geste agile et gracieux, Sen sauta au bas de ce dernier, elle portait un petit sac en bandoulière, duquel elle sortit un petit parchemin qu'elle tendit au garde. Ce dernier jeta un coup d'oeil rapide au papier.

"Ca me semble en règle."

Simple vérification de routine à vrai dire, puisqu'il était sûr d'avoir reconnu le fameux chariot de l'Auberge de NuttyK. Ce dernier passait assez régulièrement au château pour livrer divers alcools parmi les spécialités du tavernier. De temps à autre, il venait même livrer des victuailles pour les fêtes, mais en temps normal les repas étaient entièrement à charge des cuisiniers du château. Il n'avait encore jamais vu cette jolie livreuse, mais il supposait qu'elle avait été briefée par NuttyK, et lui accorda la même confiance qu'aux autres. Il frappa de sa lance sur le sol pour signifier au responsable d'ouvrir la grille. Cette dernière s'écarta lentement jusqu'à laisser le passage libre.

"Je suppose que vous savez ce que vous avez à faire ?"

Il obtint en réponse un sourire radieux qu'il prit pour un signe d'approbation. Sen quant à elle venait d'étouffer un fou rire. Elle savait très bien ce qu'elle avait à faire, elle savait seulement qu'ils ne pensaient pas à la même chose.

"Nous ne pouvons pas quitter notre poste. Habituellement NuttyK envoie des hommes ... Est-ce que ça ira pour décharger les caisses ?"

Sans se départir de son sourire, Sen se retint de toute remarque acerbe et se contenta de hausser les épaules.

"Ne vous en faites pas, je suis débrouillarde, c'est pour ça que j'ai été envoyée."

Elle s'empressa de remonter sur le chariot et de donner aux chevaux l'ordre d'avancer. Elle gravit ainsi le chemin sinueux qui menait à l'entrée du château. Elle n'y entra cependant pas par la grande entrée, mais contourna le château pour arriver dans un petit coin tranquille, où les eaux des jardins intérieurs semblaient s'écouler par une petite fontaine. Elle avait entendu parler de cette fontaine, mais il fallait être un enfant pour passer par là. Une petite porte se trouvait sur le mur en face. Elle sortit du petit sac qu'elle portait la clef confiée par le patron de l'auberge. Si pour livrer leurs marchandises, les marchands occasionnels devaient passer par la grande cour où ils étaient assistés par le personnel du château, les livreurs habituels du château avaient quant à eux reçu, par mesure de facilité et par confiance, le droit d'accéder au château par cette petite entrée qui permettait d'arriver plus rapidement à la salle où étaient entreposées les réserves.

Sen déverrouilla la porte et l'ouvrit délicatement. Rien ne prouvait que le Prince était présent au château, et encore moins qu'elle le croiserait. Mais dans tous les cas, elle pouvait s'arranger pour revenir aussi souvent que nécessaire.

Elle avait bien réfléchi à la façon dont elle pourrait s'y prendre pour mener à bien sa mission. Elle aurait pu essayer de se faufiler et de tenter un attentat en restant discrète, mais c'était risqué, soit elle s'introduisait dans le château par elle-même, mais elle avait toutes les chances de se faire prendre et d'avoir des ennuis, soit elle profitait d'une bonne excuse mais sa présence au château ne serait plus un secret et s'il arrivait quelque chose on risquait de faire le lien avec elle. Elle n'avait pas la connaissance du terrain de son côté. Elle en avait donc décidé autrement : elle allait prendre son temps pour se rapprocher de lui, laisser assez de temps pour qu'on ne fasse pas le lien avec elle, et puis elle passerait à l'action. Elle trouverait bien une occasion. Elle s'arrangerait pour que ça passe pour un accident, auquel cas plus il y aurait de témoins, mieux ce serait, ou elle se débrouillerait pour avoir un coupable tout désigné et se tenir hors de tout soupçon. Elle aviserait en temps voulu, mais elle préférait nettement cette méthode plus directe.

Première étape donc : la prise de contact. Pour l'occasion elle avait choisi avec soin ses vêtements et avait fait tout spécialement attention à son apparence, elle voulait accrocher le regard. Ses cheveux lisses et soyeux, un maquillage discret, une robe simple, élégante et légère. C'était au château qu'elle avait en théorie le plus de chances de tomber sur lui, elle n'avait pas obtenu d'informations lui permettant de cibler un autre endroit, mais bien évidemment elle ne pouvait pas deviner où il se trouvait exactement au château. Cela étant dit, elle avait plus de chance de le trouver plus profondément dans le château que du côté des cuisines et de la réserve. Elle se décida donc à tenter le tout pour le tout, en espérant le rencontrer. Elle avait pour atout le fait d'être là pour la première fois, ce qui constituait une bonne excuse pour ne pas bien connaître le château.

Elle s'engagea dans le couloir derrière la porte, à gauche c'était les jardins intérieurs, elle continua tout droit, tourna à droite, continua dans le couloir ...

*À droite pour la cuisine et la réserve, c'était ce que NuttyK lui avait dit...*

Elle tourna à gauche. C'était parti, elle ne connaissait pas l'endroit, elle releva la tête et elle marcha rapidement, l'air sûre d'elle, tournant au hasard dans les couloirs. Elle croisa quelques personnes trop occupées pour lui prêter l'attention, d'autant plus qu'elle n'avait pas l'air perdue et donc pas suspecte étant donné le nombre de gens qui parcouraient chaque jour les couloirs. Elle arriva peu à peu dans des couloirs qui semblaient moins fréquentés par les domestiques, redoutant qu'on lui lance des regards plus appuyés et qu'on finisse par l'interpeller.

Finalement, alors qu'elle passait par un couloir désert, elle entendit le bruit d'une porte qui s'ouvrait. Elle jeta un coup d'oeil à l'angle du couloir d'où provenait le bruit. Son coeur fit un bond dans sa poitrine. Elle remercia sa chance. C'était lui, le Prince, elle en était sûre. Elle ne l'avait encore jamais vu en personne, mais elle avait pu en voir des portaits. Ce n'était pas un homme dont il était difficile de trouver une représentation à Hyrule ou duquel on ne pouvait pas obtenir facilement une description, elle ne serait pas allée jusqu'à jurer que personne pouvait ne pas connaître son visage, bien au contraire, mais celui qui cherchait pouvait trouver. Il sortait tout juste d'une pièce. Elle se retira rapidement et se plaqua contre le mur. Bruit de porte qui se referme. Bruits de pas. Il venait dans sa direction. Elle attendit .. Puis dès qu'elle le sentit tout proche, elle se mit en marche rapidement, courant presque.

Choc frontal. Ce qui devait arriver arriva, à l'angle du couloir elle se cogna contre lui de plein fouet, le poussant "malencontreusement", ils tombèrent tous les deux, lui à terre, elle sur lui. Elle s'attarda quelques secondes, comme pour accuser le choc avant de relever la tête.

"Aah... Oh! Je .. Je suis désolée !"

Elle se tenait la bouche d'une main, esquissant de l'autre un geste pour s'assurer que son compagnon d'infortune allait bien, elle s'arrêta en pleine action pour finalement ramener sa main vers elle, timidité ?

"Je .. Ca .. Ca va ?"

Elle était désormais moitié couchée, moitié assise au dessus de lui, mais elle ne se releva pas, comme si l'idée ne lui avait pas traversé l'esprit, ou qu'elle était trop paniquée pour oser bouger. C'était d'ailleurs ce dont elle avait l'air d'un point de vue extérieur : complétement paniquée, partagée entre l'inquiétude pour le jeune homme et la crainte d'être réprimandée sur ce dont elle était en grande partie responsable. En apparence du moins.


Dun Loireag Dragmire


Inventaire

(vide)

Mal de crâne. A qui n’est-ce jamais arrivé de se réveiller un matin, entrain et fort d’énergie, prêt à affronter une nouvelle journée alors que soudain un mal de tête effroyable vous arrête dans votre élan ? C’était exactement ce que ressentait le Prince tandis qu’il pensait avoir ouvert les yeux dans son lit, près du corps chaleureux de sa femme… mais la pierre glaciale sur laquelle il se trouvait ainsi qu’une matière poisseuse sur son visage furent les seules étreintes dont il bénéficia. Que s’était-il passé ? Etait-il tombé de son lit ? Prenant difficilement appui sur ses mains, le jeune homme fini par se relever pour se rendre compte qu’il était… dans son bureau. Ici et là se trouvaient des parchemins et autres artefacts examinés au fil du temps, et maintenant jetés négligemment sur son plan de travail.
La tête lui tournait et ses oreilles sifflaient atrocement, mieux valait s’assoir avant de se retrouver à nouveau sur le sol ! Se laissant tomber lourdement dans son fauteuil, le jeune homme se pris le visage dans les mains alors qu’il croyait que sa tête allait exploser. Pourquoi avait-il si mal ?! Ne parvenant pas à mettre le doigt sur ses derniers souvenirs de la veille, le jeune homme regarda cette foutue pièce immergée dans une foutue pénombre. La douleur omniprésente qui l’assaillait de toute part avait fait voler sa bonne humeur en éclats, et il avait l’impression d’étouffer… mieux valait ouvrir les fenêtres.
C’est d’ailleurs en le faisant qu’il vit son reflet dans le miroir : Les cheveux en bataille, la pâleur de son visage contrastait étrangement avec le sang caillé qui maculait tout le flan gauche de sa tête. S’était-il fait si mal en tombant ? Touchant du bout des doigts la partie ensanglantée, le jeune homme ne vit aucune plaie apparente avant de remarquer une note que l’on avait collée sur la surface même du miroir.


« Il fallait au moins ça pour être à armes égales, pense à remercier le Vieux »

Arrachant la note et la relisant à nouveau, le jeune homme en oublia instantanément sa migraine. C’était son écriture, or, il ne se souvenait pas avoir écrit ce message ; mais le plus intéressant était cette référence au Vieux. Dun appelait en effet « le Vieux » le précédent Chancelier des Sciences et des Magies qu’il avait remplacé lors de son retour en Hyrule. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce nom n’était pas dégradant et était au contraire empreint d’un certain respect. Car s’il n’avait pas eu le loisir de le connaître –ce dernier étant décédé-, le jeune homme s’était plongé avidement dans les notes et les ouvrages que le vieil homme avait écrit.
Ce dernier, passionné de morphologie hylienne, avait grandement fait avancer la médecine bien qu’il n’ait pu mener ses études à termes. Mais ce furent ses recherches sur le cerveau humain qui attirèrent l’attention du jeune homme en ce temps là, sur quoi il tenta de les poursuivre… Le plus étonnant dans tout cela était qu’il était bien arrivé à quelque chose, mais ses connaissances étaient rachitiques et le résultat plus qu’imprévisible : Il avait décidé ne plus se risquer à ce domaine.


« Il fallait au moins ça pour être à armes égales, remercie le Vieux »
… Mais apparemment il en avait décidé autrement. Se dirigeant vers la salle aménagée lorsqu’il occupait totalement ses fonctions de Chancelier, le jeune homme entreprit de se faire un brin de toilettes et d’enlever le sang qui lui souillait le visage. Ainsi, il s’était lui-même altéré les souvenirs à l’aide de la Sorcellerie… Dans quel but ? La note était volontairement vague à ce sujet, il voulait donc en oublier la totalité des informations.
Singulière sensation que de ne pas savoir soi-même ce que l’on pensait la veille au soir ! Dun avait l’impression que le lui d’hier et celui d’aujourd’hui étaient deux personnes tout à fait différentes. Et même si ce n’était pas une amnésie, il ne se sentait pas vraiment à l’aise… Bon ! Inutile de se morfondre ici dans tous les cas, mieux valait sortir et respirer de l’air frais !

Se jugeant plus présentable dans le miroir, le Prince décida de sortir de son bureau, le Bourg devait être animé aujourd’hui et les galeries marchandes recelaient parfois des raretés. Mais à peine passait-il l’angle du couloir qu’une autre personne le heurta de plein fouet ! Décidemment, sa pauvre tête en avait pour son compte ! L’entrainant dans sa chute, l’inconnue tomba sur lui et tous deux se retrouvèrent un bref instant l’un contre l’autre. Quelque chose de doux pesa alors contre son torse et il ne pu s’empêcher de penser « …Plus petits que ceux de ma femme » alors qu’il fixait le plafond.


"Aah... Oh! Je .. Je suis désolée !"

Baissant le regard, il aperçu une jeune femme qui se confondait en excuses, le tout à la limite de la panique et de la gêne.

"Je .. Ca .. Ca va ?"

« « Ne vous inquiétez pas, je vais on ne peut mieux. Toutefois… »

Faisant une mimique quant à leur position gênante, le Prince lui fit mine de se relever et se redressa à son tour. Massant la partie de son dos qui avait percuté violemment le sol, il fixa la jeune fille qui semblait plus qu’intimidée. Toutefois depuis l’attaque du château, le Prince s’était fait plus méfiant et bien qu’il ne prenait pas ombrage à se faire bousculer, cette personne…

« « Comment vous appelez-vous ? Et que faites-vous dans cette partie de la citadelle ? Elle est bien moins fréquentée depuis le départ du Vi… de mon prédécesseur. Vous êtes-vous perdue ? »

A cet instant précis, il faut bien comprendre une chose importante : Cette jeune fille lui est totalement inconnue.


Songe Tristenuit


Inventaire

(vide)

La jeune fille sembla embarrassée et se releva bien vite lorsque le Prince lui fit remarquer qu'il souhaitait se redresser. Nerveusement, elle jouait avec ses mains et semblait avoir renoncé à regarder le jeune homme dans les yeux. Intérieurement elle triomphait. Elle avait beau avoir obtenu des renseignements selon lesquels le Prince n'était pas homme à se fâcher pour une simple bousculade, elle ne pouvait cependant pas prévoir complètement sa réaction. Elle n'aurait sans doute pas eu de terribles ennuis dans le cas contraire, mais ses plans auraient été compromis. Aussi avait-elle été soulagée de voir qu'il réagissait calmement. Elle attendit simplement qu'il reprenne la parole, ce qu'il ne tarda pas à faire.

« Comment vous appelez-vous ? Et que faites-vous dans cette partie de la citadelle ? Elle est bien moins fréquentée depuis le départ du Vi… de mon prédécesseur. Vous êtes-vous perdue ? »

"Sen ..."

Elle fouilla dans le petit sac en bandoulière qui ne l'avait pas quittée pour en sortir le laisser-passer que lui avait confié le tavernier. Elle le tendit d'un geste vif vers le jeune homme pour qu'il puisse le voir et sans s'arrêter pour reprendre son souffle, elle récita ce qui semblait être un discours tout préparé pour exposer les raisons de sa venue.

"Je m'appelle Sen ... J'ai été envoyée par NuttyK, tavernier de l'Auberge qui porte son nom au Village Cocorico, avec pour mission de transporter au château une cargaison des meilleurs alcools, préparés avec soin par ce dernier."

Ses yeux cessèrent de regarder le sol et elle releva la tête vers le jeune homme avec un regard penaud. Considérant qu'il avait eu le temps d'examiner le papier tendu, elle le ramena vers elle pour le glisser à nouveau dans son sac. Machinalement, elle se mordit la lèvre inférieure avant de reprendre.

"Je vais avoir des ennuis ... ? C'est la première fois que je viens au château, je voulais bien faire... Mais en cherchant la réserve et les cuisines afin de trouver de l'aide pour transporter les caisses et quelqu'un pour signer le bon de commande... J'ai dû me tromper de chemin, je me suis perdue, alors... Quand j'ai commencé à m'inquiéter de la longueur du chemin, je me suis dit que si je continuais, j'allais bien finir par trouver ce que je cherchais, je n'imaginais pas que le château était si grand... Plus j'avançais, plus je paniquais, je n'osais pas demander mon chemin ni faire marche arrière... À un moment donné il n'y avait plus personne, j'ai paniqué, je me suis mise à courir pour parcourir les couloirs plus vite et ..."

Elle s'arrêta là dans son récit, il connaissait la suite de toute façon. Elle secoua tristement la tête, et lorsqu'elle reprit, elle semblait calmée et sa voix laissait percer une certaine résignation aux conséquences qu'allaient provoquer ses actions irréfléchies.

"Mon patron avait placé sa confiance en moi, mais quand il apprendra ça ... C'est sans doute la dernière fois que je venais ici, enfin, au château de façon plus générale..."

Elle soupira légèrement d'un air déçu puis porta son regard autour d'elle comme pour imprimer dans sa tête la magnifique décoration du lieu qu'elle n'aurait plus l'occasion de parcourir, où même un simple couloir était paré de richesses. Armures posées contre le mur, écussons, tableaux, ... Elle sembla se souvenir que ce couloir en particulier, elle n'avait pas le droit de s'y trouver.

"Est-ce que vous voulez bien m'aider à retrouver la sortie ?"

La jeune fille n'avait pas demandé à l'homme de se présenter. Sans doute, assez gênée ainsi, estimait-elle qu'il était déplacé de l'interroger sur son identité, compte tenu du fait que c'était elle l'intruse et que lui n'était rien de moins qu'à sa place.

En réalité, derrière ses gestes minutieusement calculés, elle avait décidé de feindre ne pas savoir être en présence du Prince. Sans cela, elle aurait été obligée de rester distante et cérémonieuse, ce qui ne l'arrangeait guère si elle voulait essayer de nouer des liens avec lui. Évidemment, étant donné la présence du jeune homme en ces lieux peu fréquentés et son assurance, elle ne pouvait nier se trouver en face de quelqu'un d'important au château, mais elle savait que si elle ne s'était pas renseignée auparavant, rien n'aurait pu l'alerter sur la réelle nature du jeune homme qu'elle avait en face d'elle.


Dun Loireag Dragmire


Inventaire

(vide)

"Sen ..."

Saine ? Que lui chantait-lui chantait-on là… qu’elle était saine d’esprit ? La regardant d’un air interloqué, la jeune fille lui tendit alors rapidement un laisser-passer permettant à son porteur de pénétrer dans le château au nom de l’Auberge de NuttyK. Il comprit finalement qu’elle s’appelait Sen –drôle de nom en passant- et qu’elle était une envoyée du tavernier afin de livrer des barriques d’alcool à la citadelle. Le document paraissait être officiel, et il n’était pas impossible que le château ait besoin de renflouer ses caves en vue de réceptions prévues dans les semaines avenirs… C’était plus que plausible, et il était facile de vérifier son appartenance à l’établissement : Cette étrangère disait sans doute la vérité.
Perdu dans ses pensées quant aux soirées huppées auxquelles il devrait participer, le Prince ne revint à la réalité que lorsqu’elle prit à nouveau la parole, après avoir rangé le document.


"Je vais avoir des ennuis ... ? C'est la première fois que je viens au château, je voulais bien faire... Mais en cherchant la réserve et les cuisines afin de trouver de l'aide pour transporter les caisses et quelqu'un pour signer le bon de commande... J'ai dû me tromper de chemin, je me suis perdue, alors... Quand j'ai commencé à m'inquiéter de la longueur du chemin, je me suis dit que si je continuais, j'allais bien finir par trouver ce que je cherchais, je n'imaginais pas que le château était si grand... Plus j'avançais, plus je paniquais, je n'osais pas demander mon chemin ni faire marche arrière... À un moment donné il n'y avait plus personne, j'ai paniqué, je me suis mise à courir pour parcourir les couloirs plus vite et ..."

Son air penaud aurait pu faire fondre n’importe quel cœur de glace, mais Dun songeait bien plus au fait qu’elle était sous les ordres de NuttyK. Le château était immense et il n’était pas rare que les visiteurs s’y perdent lors de leur première visite, le jeune homme avait lui-même pris un certain temps avant de s’y accoutumer. Mais était-ce une excuse pour ternir le prestige de l’Auberge ? Non. Pensant aux sanctions légendaires qu’il infligeait alors qu’il était actif, le Prince ne pouvait que plaindre cette pauvre livreuse.
Et oui, c’était la vie ! Bah, elle trouverait un jour ou l’autre un autre travail, et lui-même était passé par des moments difficiles au cours de son existence.
Ayant de plus en plus mal au crâne, Dun n’aspirait qu’à une seule chose : Sortir respirer de l’air frais et se perdre dans l’immensité de la plaine… Mais alors qu’il s’apprêtait à prendre congé de son interlocutrice, cette dernière lui demanda d’une toute petite voix :


"Est-ce que vous voulez bien m'aider à retrouver la sortie ?"

… ?
Restant sans voix quant à cette requête aussi simple qu’innocente, le jeune homme ne su que répondre sur l’instant. Non pas qu’il ne veuille pas, bien sûr, mais ce n’était simplement pas le genre de demande qu’on lui faisait -au sein du château en tout cas-. Allant de simples réclamations de matériels aux décrets les plus primordiaux, jamais encore ne lui avait-on demandé de jouer le rôle d’un portier. Véritablement désarçonné par la situation, l’ex-Chancelier bafouilla quelques mots incompréhensibles avant de la regarder d’un air amusé.



*soupir*

« Comment pourrais-je dire non alors que vous paraissez aussi désespérée ? »


Lui faisant signe de la suivre, le jeune homme l’entraîna alors dans le labyrinthe de couloirs qui composait le château maintenant presque entièrement reconstruit. Cette aile était d’ailleurs pratiquement déserte depuis que Dun avait été nommé Chancelier des Sciences et Magies. La place ayant été vacante bien avant son entrée en fonction, les équipes chargées des études avaient depuis longtemps désertées les lieux… Depuis, le jeune homme avait déplacé les locaux des chercheurs au plus près de la bibliothèque afin d’avoir principalement la paix.
Mais alors que l’écho de leurs pas raisonnait dans le couloir et qu’un silence gênant était sur le point de s’installer, le jeune homme tentait de meubler la conversation.


« Vous m’avez dit travailler pour cette vieille barrique de NuttyK, vous devez donc être responsable pour qu’il puisse vous confie la livraison de ses alcools. Dit-il en souriant, pensant au fait qu’elle se soit perdue malgré tout. Mais que faites-vous d’autre dans la vie ? »

Du coin de l’œil le jeune homme la regarda, elle était vêtue tout simplement, mais quelque chose le dérangeait… Son mal de crâne le martelait à nouveau, particulièrement lorsqu’il la fixait. Sans doute la fatigue le tenaillait plus qu’il ne le croyait…


Songe Tristenuit


Inventaire

(vide)

La jeune fille lui offrit un regard reconnaissant lorsqu'il accepta de la guider vers la sortie et alors qu'il se mettait en marche elle s'engagea à sa suite. Elle trottait un peu en retrait, traînant le pas en jetant des regards partout autour d'elle. D'un coup d'œil extérieur, on pouvait décemment penser qu'elle était avant tout curieuse, plongée dans un lieu que peu de gens avaient le loisir de parcourir et qu'elle ne reverrait sans doute plus, émerveillée peut-être aussi par le luxe environnant. De fait, elle ne comptait pas spécialement revenir seule, une seconde intrusion serait moins simple, mais elle jugeait plus prudent de profiter du trajet de retour pour mémoriser - ou du moins tenter de mémoriser - le chemin, lequel pourrait lui servir par la suite.

S'apercevant que son guide la distançait maintenant de plusieurs pas, elle fit quelques grandes foulées rapides pour revenir à sa hauteur. Elle continuait à observer le décor mais elle calqua son allure sur celle du jeune homme, continuant à marcher ainsi en silence pendant quelques temps dans le dédale des couloirs. Ce fut lui qui, le premier, brisa le silence qui s'était installé.

« Vous m’avez dit travailler pour cette vieille barrique de NuttyK, vous devez donc être responsable pour qu’il puisse vous confier la livraison de ses alcools. Mais que faites-vous d’autre dans la vie ? »

À l'entente du qualificatif choisi pour décrire son patron, la jeune fille porta la main à sa bouche pour étouffer un petit rire. Le rire n'était qu'à moitié feint, elle n'avait pas l'habitude d'entendre de telles paroles concernant le tavernier, il était généralement plutôt craint, et elle trouvait amusant que le Prince se permit une telle familiarité. Elle garda le sourire lorsqu'elle répondit d'un ton enjoué d'où elle ne laissait plus transparaître de gêne comme si, l'identité du jeune homme non révélée, elle oubliait qu'elle avait forcément affaire à une personne importante.

"J'habite à la Place du Marché et régulièrement, les soirs où je ne travaille pas à l'Auberge, je vais avec des amis voir les spectacles des saltimbanques qui passent en ville. Il y a une nouvelle troupe qui est arrivée ce matin ! Il parait qu'ils ont emmené avec eux des animaux totalement inconnus à Hyrule ! Il faut vraiment que je voie ça. Le reste du temps... Vous n'allez pas vous moquer n'est-ce pas ... ? J'aime me promener à travers le royaume, seule, libre, j'en explore les moindres recoins. Je me repose à l'ombre des branches d'un arbre, je goûte le vent dans mes cheveux du haut d'une colline, je laisse tremper mes jambes dans le lit d'une rivière, je ... Oh, je suis désolée, je dois vous ennuyer..."

Si la vérité n'était pas complète, elle n'avait pas menti pour autant, mis à part que ses "amis" comptaient autant à ses yeux que des inconnus qu'elle aurait rencontrés à l'instant. Elle les avait certes choisis avec soin : certains pour leur rang et leur position, d'autres parce que, quitte à devoir s'entourer, elle avait cherché ceux avec lesquels elle s'ennuierait le moins, voire même dont elle appréciait la compagnie sans pour autant avoir aucun attachement sentimental, la compagnie de l'un valait celle d'un autre, ils étaient amusants, mais non irremplaçables. Ils lui servaient plutôt de bouclier et de couverture sociale, et elle s'efforçait d'obtenir leur sympathie et d'être irréprochable à leurs yeux. Elle pourrait toujours faire jouer leur appui si elle en avait besoin un jour. Quant au fait qu'elle se promenait seule à travers le royaume pour goûter la liberté, elle n'avait jamais jugé nécessaire de le cacher. C'eut été risqué et difficile alors que le fait n'était pas dérangeant et ne nuisait pas tellement à son image. Au contraire, les gens qu'elle fréquentait avaient même l'air d'approuver cette lubie. De plus, elle avait une excuse simple pour se rendre là où son travail l'exigeait sans qu'on lui pose plus de questions sur les éventuelles raisons.

Maintenant qu'elle avait cessé de parler d'elle, elle ne pourrait pas indéfiniment feindre d'ignorer sans s'interroger l'identité de son interlocuteur. Et elle se décida enfin à poser la question qui laisserait à ce dernier l'occasion de lever - ou non - le voile d'ignorance qu'elle avait laissé planer entre eux. Elle reprit un ton plus hésitant, comme si elle venait de se rappeler la probable importance de celui qui restait officiellement un inconnu à ses yeux et qu'elle venait de remarquer que sa description de NuttyK tendait à confirmer le fait.

"... Et vous ? Vous travaillez au château je suppose... Mais à quel poste ? Je ne connais toujours pas votre nom..."

Alors qu'à son tour elle jetait un coup d'œil vers lui et vit son air décomposé, elle ne put retenir une nouvelle question avant même de l'avoir laissé répondre à la première. Cette fois l'interrogation était réelle, mais elle était plus motivée par la curiosité que l'inquiétude dont elle donnait cependant l'illusion. S'arrêtant un instant, oubliant de nouveau la barrière que sa précédente question avait réintroduite, elle se rapprocha et posa sa main sur le front du jeune homme en parlant.

"Vous êtes sûr que vous allez bien .. ?"


Dun Loireag Dragmire


Inventaire

(vide)

Dun marchait maintenant moins vite à cause de la migraine qui lui martelait le crâne, mais aussi afin que la jeune visiteuse puisse le suivre dans les dédales du château. Cette dernière semblait s’émerveiller des splendeurs qui aiguayaient ce dernier et le jeune Prince se rappela qu’il avait eut une réaction similaire lors de sa première visite de la citadelle. Mais aujourd’hui… plus rien. Il n’était cependant pas blasé, tels ces riches bourgeois que l’argent n’amusait plus, mais cela faisait partie intégrante de sa vie et ses yeux ne s’y attardaient plus depuis longtemps, voilà tout. Cette Sen avait ri de sa remarque sur NuttyK ; au moins avait-il réussi à briser la glace de ce côté-là ! Mais il ne s’attendait toutefois pas au discours qu’elle prononça alors.
Contrairement à ce qu’il pensait, son interlocutrice habitait à la Place du Marché et semblait avoir une vie citadine active : Saltimbanques, soirées entre amis, et autres divertissements propres au Bourg devait la ponctuer. Ce fut cependant lorsqu’elle parla de ses excursions dans le royaume qu’elle capta complètement son attention : Ces virées en solitaire avaient été l’un de ses divertissements préférées lors de son arrivée dans le Royaume, tant il était riche en curiosité et paysages en tout genre ! Depuis combien de temps n’avait-il pas pris le temps de flâner sur l’infinité verte de la plaine ? La sensation du vent fouettant son visage lui manquait, de même que l’élément qui fut un jour le sien. Le jeune homme aurait aimé se perdre dans ses rêveries s’il n’avait eu une désagréable sensation qui ne le quittait pas depuis son réveil.


"... Et vous ? Vous travaillez au château je suppose... Mais à quel poste ? Je ne connais toujours pas votre nom..."

Elle ignorait donc qui il était, voilà qui expliquait tout. Laissant quelques secondes gênantes s’installer entre eux, Dun réfléchit à la question : Quel était son rôle dans le château après tout ? L’amertume de la réponse, sans compter que cela ne ferait que compliquer la situation dans laquelle la livreuse se trouvait déjà l’empêchait de lui répondre. Faisant un vague signe de la main, le jeune homme prit la parole tout en continuant à marcher.

« Ma compagne travaille ici, et je m’occupe des tâches que peu de personnes peuvent remplir, guider les jeunes demoiselles venues livrer des marchandises et qui se sont perdues dans les couloirs par exemple. »

La pointe d’humour dont il avait ponctué sa phrase lui avait permis d’éluder la question en partie et cela ne manqua pas de lui arracher un sourire. Mais malgré ce dernier, la douleur qu’il ressentait devait se lire sur son visage car la jeune fille ne manqua pas de demander ce qui n’allait pas. La douleur en était une des raisons, mais cette sensation dérangeante l’était encore plus. Qu’était-ce donc… ?
Et soudain, le Prince compris.
Il était sans défense.
Non vulnérable tel qu’on le pense, une dague ne quittait en effet jamais la ceinture fixée à sa taille et ce, même entre les murs du château. Toutefois le jeune homme ne pouvait à cet instant très précis user de Sorcellerie : celle-ci convergeait presque entièrement vers son esprit afin de maintenir en place l’amnésie artificielle qu’il s’était lui-même infligée la veille. Imaginez… Entendre est pour vous quelque chose de naturel, d’acquis… Mais s’il advenait qu’un jour en vous réveillant, vous ne perceviez aucun son, aucun chant d’oiseau alors que vous les voyez à la fenêtre, aucune parole de la part des personnes s’adressant à vous… Vous plongeriez dans une panique excessive, frôlant même l’hystérie. C’était –à très peu de choses- ce que ressentait Dun en ce moment, son propre Art se refusait à lui, et dans ce monde où chacun avait accès à la Magie cela pouvait très bien se révéler fatal.
Dissimulant la peur qui lui tordait maintenant le ventre, le jeune homme se masqua d’un sourire et se rassura tant bien que mal. Il se trouvait en sa propre demeure et lorsque les conditions seraient réunies, l’emprise se dissiperait ; mieux valait se concentrer sur une toute autre chose.


« Oui, on ne peut mieux ; à vrai dire je viens à peine de me réveiller d’une sieste et j’ai le plus grand mal à éclaircir mes idées, mais je vous remercie de vous inquiétez pour moi… Sen. »

A nouveau cette pointe de taquinerie perçait à nouveau, mais avant qu’ils ne puissent poursuivre leur conversation en profondeur, les deux jeunes gens arrivèrent à la porte des livraisons située aux abords du Jardin Intérieur.

« Ah, et bien nous y voici enfin ! Vous vous étiez complètement fourvo- »

La quantité de caisses et de tonnelets empilés dans la carriole lui avait coupé net le souffle. NuttyK n’y allait pas de main morte lorsqu’il s’agissait d’alcool ! Regardant à plusieurs reprises la carriole et la jeune fille, Dun chercha du regard une personne qui aurait pu aider la livreuse à emmener tout cela aux cuisines. Personne. S’étaient-ils donné tous le mot ?! Ou cette Sen s’était-elle arrangée pour venir un jour autre que les livraisons générales ? Soupirant intérieurement, le Prince ne put que s’avouer vaincu : Soit il la laissait là seule, et passait alors pour un goujat incompréhensif ; soit il l’aidait à transporter la totalité des caissons.

« Ne vous en faites pas, j’ai compris… Après tout, j’ai proposé mon aide, autant le faire jusqu’au bout n’est-ce pas ? »

Mine de rien, il s’agissait là d’un excellent exercice pour son corps qui s’était remis récemment de ses blessures, et le jeune homme constata avec plaisir qu’il n’avait en rien perdu de sa force. Procédant à plusieurs voyages à transporter les coffrets d’alcools délicats, cela eut tôt fait de le mettre en sueur et c’est presque par nécessité qu’il s’assit au bord de la fontaine lorsque le travail fut fini. Essoufflé de par l’endurance qu’il avait cédée face à la convalescence, l’ex-Chancelier se rafraichit d’eau pure avant de parler à Sen, qu’il avait à peine remarqué lors de leurs aller-retour respectifs.

« Bien… Vous avez besoin d’autre chose, Princesse ? »

L’ironie de la situation lui avait arraché un sourire, et même s’il ne voulait pas l’avouer, ce travail purement physique et honnête lui avait permit de se détendre par rapport aux récents évènements.


Songe Tristenuit


Inventaire

(vide)

Avant qu'elle n'ait eu le temps de se pencher sur les réponses que lui avait données le Prince, ils atteignaient déjà la sortie du château. Elle laissa de côté ses réflexions pour s'amuser de la réaction du jeune homme. Il y avait effectivement pas mal de marchandises, et il y aurait eu des gens qui s'attendaient à devoir les décharger si elle était arrivée à l'heure dans les cuisines pour signaler la livraison et revenir auprès de son chariot. Seulement voilà, le temps qu'elle se perde - et pas qu'un peu - dans les couloirs du château, et qu'elle fasse le chemin en sens inverse avec son guide, le personnel du château n'avait apparemment pas jugé nécessaire de décharger un chariot dont le propriétaire n'était pas là pour leur donner le feu vert, et ils avaient eu vite fait de trouver d'autres occupations. Et comme les déchargements hors de la cour principale étaient le fait rare de quelques fournisseurs de confiance seulement, autant dire que l'endroit était à présent désert. Se gardant bien de laisser paraître son amusement, elle se contenta de garder l'air penaud d'une jeune fille un peu perdue et dépassée par les événements, alors que le jeune homme lui lançait de fréquents regards.

« Ne vous en faites pas, j’ai compris… Après tout, j’ai proposé mon aide, autant le faire jusqu’au bout n’est-ce pas ? »

Il finit à sa grande satisfaction par capituler, et elle bredouilla un "merci" gêné pour cacher son contentement de le retenir un peu plus. Elle se mit donc au travail avec lui. Elle remarqua vite qu'elle avait moins de force que ce dernier et elle aurait mis un temps fou à finir le travail seule mais elle n'était pas non plus en mauvaise forme et elle n'avait jamais rechigné à la tâche. Elle se débrouilla donc tout de même pour ne pas lui laisser tout le travail, simple fierté de ne pas dépendre de quelqu'un d'autre qui reprenait le dessus. Elle profita des allers-retours pour réfléchir un peu à ce qu'il lui avait dit plus tôt. Elle était sûre d'être tombée sur la bonne personne, et elle ne savait pas vraiment pourquoi il ne lui avait pas donné clairement son identité. Cela dit, ça faisait bien son affaire puisqu'elle n'était pas obligée de se montrer distante et trop obséquieuse. Il ne lui avait par contre toujours pas révélé son nom.

Lorsque toutes les caisses eurent été portées à la cuisine, elle prit le temps de souffler. Elle était moins essoufflée que le Prince, elle avait seulement les joues rougies et la respiration un peu plus rapide qu'à l'habitude, mais force était de constater qu'elle avait porté moins de caisses et en plus de temps. Et elle ne sentait plus ses bras. Massant ses avants-bras douloureux, elle s'approcha du jeune homme et de la fontaine. Admettant qu'il n'avait pas eu une mauvaise idée, elle plongea ses mains dans l'eau pour les passer sur sa figure. Et quand il prit la parole elle fut soulagée que son visage soit caché entre ses mains, car elle n'aurait pas pu cacher la surprise qui venait de transparaître dessus. Surprise qu'elle n'aurait pas dû avoir si elle n'avait pas connu la réelle identité du Prince.

« Bien… Vous avez besoin d’autre chose, Princesse ? »

Au delà de l'étonnement, un autre sentiment... De l'amusement ? Oui, sans doute, elle aussi appréciait l'ironie de la situation. Elle ne comprenait décidément pas le jeune homme, ce qui était normal après tout puisqu'elle ne le connaissait pas, et qu'elle n'avait pu qu'essayer d'imaginer quel homme il était. Pour cette prise de contact, elle s'était plutôt attendue à devoir retenir l'attention du Prince avec ses charmes, plutôt que d'arriver à le retenir avec de la besogne à effectuer. Eh bien, quelle importance après tout, l'un n'empêchait pas l'autre, et cela l'arrangeait.

Amusée, elle n'eut pas de mal à remplacer sur son visage la surprise par un sourire avant de retirer ses mains. Son temps d'hésitation pourrait passer pour de la simple timidité. Elle n'était pas mécontente de sentir que ses joues était toujours rougies par l'effort, puisqu'elle était incapable de rougir sur commande pour appuyer l'air gêné qu'elle se donnait.

"Merci..."

Et comme si elle se rendait seulement compte que cela ne répondait pas à la question, elle continua :

"C'est surtout de courage face à mon patron dont je vais avoir besoin à présent..."

Elle marqua une hésitation avant de reprendre la parole et quelques secondes s'écoulèrent où elle baissa la tête vers l'eau de la fontaine, elle s'assit elle aussi au bord et fit glisser délicatement ses doigts en dessinant de petits ronds à la surface. Le bruit de l'eau qui s'écoulait de la fontaine seul à briser le silence. Comme si elle oubliait la présence du jeune homme et que ses pensées lui échappaient, d'une toute petite voix elle continua...

"Et de compagnie pour aller voir le spectacle de ce soir..."

Avec un sursaut elle retira sa main de l'eau et se retourna vers la Prince, puis poursuivit en bredouillant.

"V.. Vous devez être très occupé, j'abuse de votre temps. Vous avez déjà fait beaucoup. C'est juste que ..."

Mais elle secoua la tête et ne termina pas sa phrase, reportant honteusement son attention sur l'eau.


Dun Loireag Dragmire


Inventaire

(vide)

Les jours encore rougies par l’effort, le jeune homme se délectait maintenant de la fraicheur et de l’éclat de l’eau de la fontaine. Cette dernière et le travail physique qu’il venait d’accomplir avaient contribué à chasser le mal de tête qui le taraudait depuis son réveil désastreux et il pu enfin savourer l’air frais des Jardins. Pendant ce temps, la jeune fille n’avait toujours pas répondu à son interrogation et elle marquait un temps d’hésitation qui fit se demander à Dun s’il n’avait pas dit quelque chose de mal. Toutefois le sourire qu’elle afficha alors le rassura et c’est d’une voix timide qu’elle parla du courage que lui nécessiteraient les remontrances de son patron. NuttyK n’était en effet pas homme à accepter facilement le retard d’un travail qu’il aurait confié, mais tant que ce dernier était mené à bien… Bah, le Prince la plaignait, mais c’était une partie de son propre travail. Tant pis… elle n’en mourrait pas !
Mais alors qu’il s’apprêtait à prendre congé si elle n’avait plus de travaux à accomplir, Sen joua de ses doigts avec la surface de l’eau et déclara d’une toute petite voix, presque inaudible :


"Et de compagnie pour aller voir le spectacle de ce soir..."

Ayant l’impression d’avoir manqué un battement de cœur, l’ex-Chancelier se demanda quelques secondes la raison pour laquelle on lui parlait d’un spectacle jusqu’à ce que, surpris, il comprenne ce qu’elle sous-entendait. La surprise devait se lire sur son visage car Sen se reprit l’instant d’après tout en s’excusant maladroitement. Laissant quelques secondes s’écouler dans un silence gêné, le jeune homme prit alors la parole d’une voix légèrement plus lente qu’à l’habitude, réfléchissant encore alors qu’il parlait.

« Votre invitation me fait plaisir au plus haut point, et croyez bien que l’envie ne me manque pas d’accepter, toutefois… »

Croyait-il à ses propres mots ? Depuis combien de temps n’avait-il pas eu le loisir de partager la compagnie d’une personne uniquement pour le plaisir ? Ses « responsabilités » le représentaient plus que lui-même ne le faisait, et on ne l’abordait que lorsqu’il y avait un problème à résoudre, quand il ne s’agissait pas de le prendre à parti bien sûr ! Sa femme elle-même… Non, mieux valait ne pas y penser.
De plus il était marié, et cela créerait une vague de remouds si on l’apercevait avec une autre jeune fille lors d’un spectacle. Ses détracteurs ne se priveraient pas de pointer cela du doigt pendant des mois avant de s’hasarder à un autre sujet à polémique.
Le temps d’un battement de cil, il s’imaginait, lui, confiné dans un donjon du château où des chaînes en or l’entravaient de toute liberté. Ce n’était qu’une image bien sûr, mais le frisson qui lui remonta le dos à ce moment là lui indiquait que cette fiction n’était que peu éloignée de la réalité.

Alors après tout… Qu’est-ce qu’il en avait à foutre ?


« .. Non, attendez. Oubliez donc ce que je viens de dire. Vous avez raison ; on dit que ces troubadours sont des plus célèbres pour leurs tours et que réussir à les voir relève du miracle. J’ai grand besoin de me changer les idées et mes travaux attendront. J’accepte avec plaisir votre invitation. »

Les chaînes dorées venaient de se déloger de leurs fondations.
Dun n’avait plus parlé ainsi depuis des années, et grand bien lui fasse ! Sa femme avait une réunion de la plus haute importance ce soir, et une fois de plus il ne se couchera pas avec elle, alors cela ne changerait strictement rien. Peu importe que l’on jase sur son dos ou sur lui ; il n’était pas homme à courber l’échine quand bien même on l’acculerait au mur.


« Je ne peux toutefois hélas pas vous aider auprès de votre supérieur. Bien que je le connaisse, il ne s’immisce pas dans les charges qui me sont incombées, et je ne puis en faire de même sur sa façon de gérer l’auberge. »

Il s’était relevé, l’eau froide de la fontaine l’avait revigoré et il voyait maintenant la journée sous une autre perspective, elle serait même trop courte avant qu’il ne puisse terminer tout ce qu’il avait à faire. Sa sortie au Bourg du Marché n’aurait pas lieu finalement, mais ce n’était pas bien grave, il y irait ce soir même afin de se détendre. Peu importait maintenant qu'on l'écoute dans ce jardin, car il ne reviendrait pas sur sa décision.

« Si cela vous va, je propose de nous rejoindre vers 19h30 à l’allée du Pont Levis ? La place du marché sera sans doute bondée alors que le Pont Levis aura été relevé depuis des heures, il n’y circule plus de monde alors. »

Restant simplement debout, le soleil lui tombant dans le dos, il attendit patiemment la réponse de Sen. Tout au fond de lui-même, il savait que ce qu'il venait d'accepter n'était pas raisonnable. Il ne pouvait user de Sorcellerie, il allait sortir sans protection en public, et qui plus est avec une parfaite inconnue. Tout au fond de lui une petite voix lui disait de ne pas accepter, qu’une personne censée préfèrerait sans doute rester chez elle à attendre sa compagne et à profiter de ce bonheur journalier ; mais il ne l’écoutait déjà plus. Ce raisonnement était de toute façon valable pour elle aussi.
En temps normal jamais il n'aurait accepté pareille proposition, mais bien des choses avaient changé au cours du temps, à commencer par lui-même.


Songe Tristenuit


Inventaire

(vide)

Anxieuse, elle attendait la réponse du jeune homme. De sa réponse allaient dépendre pas mal de choses. Si elle ne pensait pas que NuttyK la renverrait, elle ne pensait pas non plus se voir confier à nouveau la livraison au château avant un moment. De toute façon elle ne pourrait plus nier connaître le chemin, et elle avait eu beaucoup de chances de tomber sur lui cette fois. Elle ne pourrait pas recommencer facilement à entrer dans le château, et le Prince ne lui avait pas donné précisément son identité, ni son nom... D'ailleurs quant bien même il l'aurait fait, elle aurait été étonnée que les gardes acceptent de la laisser le rejoindre ou d'aller le chercher si elle revenait demander après lui. Elle sentit donc son coeur se serrer quand il commença à refuser sa proposition et se retourna vers lui avec un regard déçu qu'elle n'avait pas eu besoin de feindre. Elle ne pouvait pas le laisser s'échapper ainsi, et alors qu'il semblait réfléchir à la formulation de son refus, elle commença à passer en revue les différents arguments en faveur de leur sortie nocturne, et les alternatives pour fixer un nouveau rendez-vous. Ce ne fut finalement pas nécessaire.

« .. Non, attendez. Oubliez donc ce que je viens de dire. Vous avez raison ; on dit que ces troubadours sont des plus célèbres pour leurs tours et que réussir à les voir relève du miracle. J’ai grand besoin de me changer les idées et mes travaux attendront. J’accepte avec plaisir votre invitation. »

Dans un terrible soulagement, elle l'entendit se rétracter et accepter la proposition. Un sourire vint briser la mine déconfite qu'elle arborait, et illuminer son visage. Il enchaina en s'excusant de ne pas pouvoir intervenir auprès de son patron, mais elle ne s'attendait de toute façon pas à ce qu'il le puisse et elle secoua la tête, sans perdre son sourire réjoui.

"Ce n'est rien, je ne pense de toute façon pas que l'intervention d'une personne extérieur puisse apaiser son mécontenement, au contraire."

Elle le regarda se relever et en fit de même. Elle acquiesca à sa proposition de rendez-vous. Elle ne cachait pas sa joie, même si son origine n'était pas exactement celle que le jeune homme pouvait croire.

"C'est parfait ! Je serai là. Je ... Je vous remercie vraiment pour tout... ... J'ai eu beaucoup de chance de vous croiser..."

Elle resta encore un moment à se tenir près de lui en silence, avant de prendre finalement congé.

"Bon .. Eh bien .. Je ferais mieux de ne pas être trop en retard ..."

C'était déjà largement le cas, mais tant pis. Elle retourna près du charriot et grimpa à l'avant. Faisant effectuer un demi-tour au cheval de trait, elle se retrouva à côté du Prince de nouveau, le charriot prêt à la ramener à l'Auberge.

"Alors... À ce soir !"

Et lui adressant un dernier signe de la main, elle donna l'ordre au cheval d'avancer, et bien vite elle perdit de vue le jeune homme. Elle retraversa le jardin extérieur du château sur le petit chemin en terre, et sous le regard indifférent des gardes. C'est seulement une fois passée la porte principale du château qu'elle ferma les yeux et souffla. Elle avait eu de la chance, beaucoup de chance, mais somme toute elle avait réussi, et c'était ce qui comptait. Le tout maintenant serait de ne pas laisser au Prince l'occasion de lui échapper, et de trouver la bonne occasion pour mettre un terme à sa mission.

Arrivée à la place du marché, elle jeta un coup d'oeil vers la large toile qui avait été déployée. Les troubadours dont il était question étaient, comme l'avait fait remarquer le jeune homme, assez renommés et avaient leur propre façon de procéder. Là où les autres donnaient leur spectacle en plein jour dès qu'ils arrivaient dans un nouveau village, et à la vue de tous, ceux-ci avaient monté une sorte de paravent qui les cachaient à la vue de la foule le temps, sans doute, de répéter et de préparer le spectacle qu'ils allaient donner le soir. Les cages qu'elle avait repérées le matin, supposées contenir d'exotiques et improbables bêtes, étaient elles aussi recouvertes d'un léger voile, donc certaines laissaient seulement s'échapper des bruits étranges. Elle ne découvrirait tout cela que le soir. Si elle avait profité du spectacle comme excuse pour revoir le Prince, elle était aussi impatiente de voir ce que les troubadours leur réservaient, et elle avait réellement envie d'aller y assister. Elle sourit en pensant qu'elle avait réussi à joindre l'utile à l'agréable, et puis se remit en route pour affronter ce qui l'attendait avant de pouvoir se rendre au rendez-vous...


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