De réunions et de clivages

Zelda Nohansen Hyrule

Princesse de la Destinée. ∫ Édile de Nayru.

Inventaire

(vide)

La Princesse déposa délicatement l’oiseau avant de refermer la petite porte de la cage. Posant sa main sur cette dernière, appuyant son front contre les barreaux, elle repassa dans sa tête le message qu’elle venait de recevoir. Les combattants s’étaient engagés dans le Désert Hanté guidés par un des sbires de Ganondorf, du moins lorsqu’on lui avait envoyé l’oiseau messager. Qui pouvait savoir combien de temps exact lui avait pris le trajet ? Dorénavant, elle n’aurait plus de nouvelles. Il était peu probable que des oiseaux même bien entraînés puissent résister aux vents du Désert et aux rafales de sable. Il était donc exclu qu’elle soit informée de la suite des opérations maintenant que les troupes s’y étaient engagées.

Elle se redressa et s’éloigna de la cage en observant le petit volatile qui lui avait porté le message. Dorénavant et jusqu’à nouvel ordre ils partageaient le même sort, piégés, enfermés et incapables de sortir vérifier ce qui se déroulait à des lieues de là. Sa prison à elle n’avait pas de barreaux, mais elle s’était rarement sentie aussi entravée. Même Sheik n’avait pas le droit de risquer leur vie et de se rendre sur place. Au lieu de ça, elle devrait attendre. Elle ne comptait bien entendu pas rester inactive, mais elle restait incapable d’avoir l’esprit serein, et elle ne parvenait pas à se sentir réellement utile ainsi retranchée bien en sécurité au palais.

Elle ne pouvait avoir qu’une certitude : grâce au symbole qui ornait le dos de sa main elle espérait au moins être avertie si quelque chose venait à arriver à Link. Non, elle en était même certaine. Tant qu’elle ne ressentait rien il était au moins vivant. Et il ne lui restait plus qu’à compter sur lui, sur eux, tous les braves guerriers qui s’étaient lancés dans cette aventure. Si elle ne pouvait pas deviner les plans du Seigneur du Malin elle n’était pas dupe, elle savait très clairement qu’il ne pouvait s’agir que d’une embuscade, un piège tendu par le Diable en personne dans lequel ils avaient tous accepté de se jeter. Mais l’enjeu allait plus loin, il ne s’agissait pas seulement de libérer leur Prince, son époux. Même si c’était la raison première qui l’avait poussée à quérir de l’aide et lui avait ouvert les yeux, elle n’aurait jamais pu sacrifier son peuple pour un homme si cher qu’il soit à son cœur. Elle s’était seulement rendu compte bien trop tard de ce qui lui avait si longtemps échappé : ils ne pouvaient pas continuer sans arrêt à se défendre sans savoir jamais où Ganondorf allait frapper. C’était tout simplement impossible, leurs recherches n’avaient rien donné, leurs tentatives de défense bien peu de résultats, et le tort était encore plus grand en attendant avec appréhension les frappes du Gerudo qui portaient des coups de plus en plus durs au Royaume. Il était temps d’agir, quitte à prendre des risques, et cette situation, même si elle n’était pas à leur avantage, leur permettrait au moins de situer le repaire du Cavalier Noir, et de mener pour la première fois une attaque de front. Ils étaient attendus, ils n’avaient pas l’avantage d’une attaque surprise, ni même du terrain, mais ils le savaient tous. Malgré les circonstances à première vue contre eux, ils étaient nombreux, courageux et volontaires, ils étaient portés par ce même désir de protéger les Terres d’Hyrule qui la prenait elle-même au cœur. Et elle priait les Déesses de les soutenir et de leur venir en aide.

Toutefois, même ces pensées n’arrivaient pas à la rassurer, et elle était incapable d’être certaine d’avoir pris la meilleure décision. En tant que souveraine elle n’avait néanmoins pas le droit de le montrer. Aussi prit-elle un moment pour se détendre avant de sortir de la pièce. Elle parcourut rapidement les quelques couloirs qui la séparaient d’une grande porte derrière laquelle elle savait qu’elle était déjà attendue. Derrière laquelle se trouvaient ces gens devant lesquels elle devrait porter un masque et cacher ses doutes et ses sentiments. Elle n’en avait pas envie. Elle n’avait cependant pas le choix, et c’était le seul combat qu’elle pouvait mener à son niveau. Après un dernier regard sur le dos de sa main, pour se donner du courage elle poussa la porte et pénétra dans la salle de réunion, apparemment dernière à arriver. Elle fit signe aux participants de rester assis avant d’aller rejoindre la chaise qui lui était réservée en bout de table. Autour de ladite table se trouvaient plusieurs personnalités importantes qui vivaient ou logeaient actuellement au château. Autant de stratèges, généraux et conseillers dont elle avait souhaité les conseils et qui avaient d’ailleurs l’habitude de participer aux réunions de façon régulière, que de nobles, assez importants pour imposer leur présence, qui avaient souhaité assister et participer à la réunion pour des raisons dont ils lui feraient sans doute part bien assez tôt, qu’elle le veuille ou non.

« Veuillez excuser mon retard. Je recevais justement les dernières nouvelles concernant l’avancée de nos troupes. Nous pouvons à présent commencer sans plus attendre. Messire Dir Elän, pouvez-nous nous énoncer les points à l’ordre du jour ? »

[ HRP : Ce RP n’est pas privé, mais merci de bien noter qu’il se déroule en parallèle à celui qui a lieu pour l’event dans le Désert Hanté. Veillez bien à ce que votre personnage ne se trouve pas à deux endroits simultanément. La prochaine réponse est toutefois réservée au Narrateur. ]


L'on dit souvent des Castels qu'ils ont des yeux et des oreilles dans chaque mur. De fait, comme bien d'autres choses que l'on peut dire, font presque parti du folklore. A l'instar de véritables légendes populaires. Toutefois, prétendre d'une forteresse qu'elle a des yeux et des oreilles serait, à mon humble avis, quelque peu éloigné de la vérité. Certes, yeux et oreilles sont bien présents, en nombre et en masse, mais cécité et surdité partielles semblent bien souvent frapper : ils ne voient et elles n'entendent que ce bon leurs semble.

Et comme toujours, rumeurs et racontars virevoltaient un peu partout dans la demeure royale, pour peu que la famille royale eût le dos tournée.
Faux aurait-il été que de prétendre ne trouver que des flagorneurs, que des beaux-parleurs, des obséquieux, des flatteurs ou des menteurs. Faux aurait il été que de prétendre ne trouver que des comploteurs, des ambitieux. Faux aurait-il été que de prétendre ne pas trouver de loyaux, de fidèles, et de grands.
Mais cela n'empêchait nullement les remarques de fuser, dans cette période de faiblesse que connaissait le Royaume, et plus encore ces moments de défaillance de la Princesse. Le masque était tombé une fois, et déjà quelques uns se jetaient dessus.
C'était là le quotidien de chaque dirigeant, et aucun ne pourrait prétendre détenir le pouvoir sans cette contrepartie. Car, c'est bien dans pareil univers que l'on croise les plus gros requins, et bien souvent l'on a pas le choix de se retrouver avec ce genre d'ambitieux comme menace plus ou moins dissimulée.

Derrière la lourde porte de bois massif que s'apprêtaient à pousser l'Élue de Nayru, détentrice de la Sagesse et auguste siège pour la couronne, restaient à moitié endormis quelques uns de ces carnivores.


« Messieurs, je vous saurais gré de bien vouloir faire silence. Cessez donc de jouer les gamins indisciplinés, elle ne saurait tarder, et si elle n'est point parmi nous à cette heure même, c'est très certainement car elle est occupée à quelque affaire urgente.
Monseigneur, je vous saurais gré de bien vouloir nous comprendre. Pourquoi nous faire patienter si longtemps, alors qu'il s'agit là de questions de la plus haute importance ? J'en suis persuadé, son époux le Prince Dun n'aurait toléré pareille inconvenance ! »

Le vieil homme-lige de la Princesse afficha clairement sa lassitude, soupirant, et laissant ses épaules s'affaisser l'espace de quelques secondes. Il attendait sa maîtresse, non loin du siège qu'elle allait être menée à occuper, face à toute l'assemblée de ces nobliaux pédants et hypocrites. Un combat qui la laisserait presque seule, contre le monde.
Tout vieux seigneur qu'il était, il portait encore l'épée au côté, quand bien même sa présence sur un champ de bataille fusse proscrite. En duel, s'il avait été doué d'une aisance digne de légendes, il ne valait plus rien, alors que la petite vermine rongeait déjà sa santé, et que ses os lui tiraient des grimaces de douleurs. Incapable de courir, tout juste capable de tirer l'épée pour la tenir droite. Un bien piètre soutien à la guerre, principale raison pour laquelle il était resté, à siéger au conseil, en ce sombre jour. Ah..! Loin, qu'ils étaient, les jours où avec le Roi, il partait pour quelques escapades !

Toutefois, bien peu, en dehors de quelques jeunes insolents et trop sur d'eux, osaient encore passer outre son autorité. De part sa seule réputation, il parvenait à aider la fille de feu son meilleur ami, comme si elle avait été la sienne.


« Seigneur Descharyen, je n'aimerais pas avoir à me répéter. Si son altesse fait attendre le conseil, c'est justifié, point à la ligne. Oseriez-vous lui demander des comptes à ce sujet là ? »

Le dit seigneur, fils de quelque grande maison baissa la tête, l'air un peu pataud de l'enfant qui se fait sermonner, tandis que Cerscastel posait la main sur le pommeau de sa lame, offerte – comme la chevalière – par le roi, bien des années de cela. Le silence retomba sur la salle, et il tacha de se détendre un peu. Crispé, il aurait bien du mal à remplir son office.

Enfin, les portes s'ouvrirent, immenses, sur une femme qui ressemblait presque, pendant un instant si court qu'il crût l'avoir rêvé, à une gamine apeurée, et en manque d'aide. Mais c'est en grande Dame, Suzeraine toute puissante et presque irréelle qu'elle franchit celles-ci, pour aller prendre place, là où elle le devait. Cerscastel resta silencieux, et impassible. Elle le connaissait depuis bien assez longtemps pour savoir avec qui il était. Il ferma les yeux, un court moment, alors que retentissait la voix de celle qu'il avait juré de servir et de protéger jusque dans la mort.



« Veuillez excuser mon retard. Je recevais justement les dernières nouvelles concernant l’avancée de nos troupes. Nous pouvons à présent commencer sans plus attendre. Messire Dir Elän, pouvez-nous nous énoncer les points à l’ordre du jour ? »


Dir Elän se leva de son siège, et passa la main sur sa nuque, quelque peu stressé. C'était un jeunot, peu habitué à ce genre de chose, mais son père, en charge de la lecture des ordres du conseil était parti à l'Ouest, vers le Désert, la guerre et sans nul doute la mort. L'héritage qu'il laissait à son aîné comportait donc aussi ses charges et fonctions, et bien qu'âgé de tout juste quinze ans, le garçon était entré au service de la famille royale avec l'enlèvement du Prince Dun, pour qui il nourrissait une forte admiration, à chaque fois que son père lui en avait parlé.

« Je... » Commença-t-il hésitant, évitant le regard de Zelda. « Je suis désolé pour ce qui arrive, Altesse. » Il regarda dès lors ses chausses (admirables, soit dit en passant ! Si certains semblaient crever la faim par dehors, d'autres pouvaient encore s'offrir le luxe de souliers plus chers qu'une armure !) et tourna la langue dans sa bouche. Il avait conscience qu'il allait vraisemblablement une femme qu'il ne connaissait pas, mais c'était-elle qui le lui demandait presque, cherchait-il à se dire, pour rassurer sa conscience. Et puis, était-elle vraiment humaine ? Aussi froide qu'elle pouvait paraître ?
Hélas, oui. Le masque était tombé.


« Aujourd'hui s'est réuni le conseil pour aborder le sujet des guerres et conflits qui ravagent le Royaume. Nous comprenons l'effort financier que vous pouvez demander, néanmoins, nombre d'entre nous ne veulent voir leurs hommes et leurs fils périr pour une bataille si lointaine que le Désert. Et par les temps qui courent, il nous est maintenant impossible de maintenir l'ordre sur nos terres, fautes d'hommes et de budget. »

A nouveau, ses yeux fuirent ceux pourtant si jolis de son Altesse, Zelda Hyrule.

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Zelda Nohansen Hyrule

Princesse de la Destinée. ∫ Édile de Nayru.

Inventaire

(vide)

La princesse resta impassible. Sans doute, si le sujet de la réunion l’avait surprise, aurait-elle réagit autrement, affichant clairement son étonnement ou le choc qui s’abattait sur ses épaules pourtant déjà chargées d’un lourd fardeau. Mais des années passées à la Cour lui avaient au moins appris à anticiper les mauvaises surprises. Elle s’était attendue à ces critiques dès l’instant où certains avaient fait parvenir leur souhait de participer à la réunion. Voire même dès qu’elle avait pris des décisions susceptibles de leur déplaire.

Il fallait avouer que les craintes énoncées n’étaient pas sans fondement. À vrai dire elle avait bien deviné que le Seigneur du Malin leur tendait un piège, mais rien ne lui permettait de s’assurer que le piège soit tendu à ceux qui rejoignaient le Désert comme elle l’avait présumé et non à ceux qui restaient en arrière. Elle n’avait cependant pas eu le choix, ou du moins un choix limité, soit elle prenait le parti d’envoyer des troupes en nombre suffisant (car jamais elle n’avait eu l’intention de les envoyer à une mort certaine) soit elle n’en envoyait aucune et n’avait plus qu’à attendre le prochain assaut de Ganondorf, qu’ils ne pourraient sans doute pas mieux repousser que les précédents.

« Bien… Je suppose que le sujet est effectivement nécessaire à aborder. »

Elle patienta quelques secondes pour être sûre d’avoir l’attention de tous et que personne ne comptait lui couper la parole. Bien, ils ne se priveraient sans doute pas par la suite, mais ils lui laissaient d’abord l’occasion de s’exprimer.

« J’admets que nous sommes effectivement plus vulnérables maintenant qu’une bonne partie de nos guerriers sont partis dans le Désert. Et il est aussi certain que les dernières attaques menées par Ganondorf n’ont eu que des effets néfastes sur notre économie, à un moment où nous avons tout spécialement besoin de moyens pour financer l’armée et les reconstructions. Mais c’est aussi pour ça que nous ne pouvons plus attendre sans réagir. La défense n’a pas porté ses fruits, il nous est impossible de surveiller l’ensemble du royaume ou prévoir les frappes de l’ennemi. Il nous faut donc passer à l’action, et c’était la seule occasion qui s’offrait à nous de trouver l’endroit où se cache le Seigneur du Malin. Tout ceux qui sont partis étaient volontaires, et avaient compris la nécessité de repousser la menace qui plane sur nos terres, je compte sur eux, je leur ai offert ma confiance et nous devrions tous en faire de même.
Néanmoins, il nous est possible d’améliorer la situation. J’ai envoyé des émissaires dans les royaumes voisins pour leur demander leur aide. J’ai aussi rassemblé ici-même des stratèges et commandants parmi les meilleurs du royaume qui sont restés ici afin d’organiser la défense malgré les effectifs réduits et en attendant d’obtenir une aide de l’extérieur. Il est cependant évident que chacun de nous devra être prêt à quelques sacrifices pour le bien de l’ensemble. »


Elle s’arrêta là, prête à entendre les réactions.


« Serions nous tombés aussi bas..? »

Le Noble laissa un petit sourire cynique étirer ses lèvres fines. Bien entendu, ce n'était qu'une attaque dissimulée, une pique qui sortirait un peu plus tard. Car s'ils en étaient là, à qui la faute, en somme ? Des années de mauvaise gestion du Royaume les avaient menés là ; et qui gérait le Royaume ? La famille Royale.
Et oui, la famille Royale. Sur eux que revenait la faute, sur eux qu'échouait toute responsabilité. Et lui, il s'en lavait les mains.

Sir Antiochus Descharyen, fils de feu Sir Delennor Descharyen, étaient de ceux qui n'avaient pas peur de provoquer. Bien qu'il éprouvât un mépris profond pour la Princesse, et tous ses courtisans, séjourner à la cour présentait pour lui un intérêt grandissant. Face à une monarchie faiblissante, s'imposer lui permettrait de gagner un peu plus de pouvoir. Prendre la couronne..? Non, loin de lui cette idée. Faiblissante, mais bien supérieur néanmoins. Et le triangle d'or sur le dos de la main de sa Reine lui offrait un prétendu soutien divin.
Plus encore, le peuple l'aimait. Et même avec toute la volonté du monde, il ne pourrait jamais lutter contre ça.

Grignoter dans l'assiette lui plaisait bien mieux. Ambitieux, certes, mais pas fou.

"Altesse, si je puis me permettre, j'ai une question à poser." Commença-t-il, se levant de son siège. En jeune et beau garçon qu'il était, il avait cette aisance à parler, cette gestuelle, et cette attitude de ceux à qui tout réussi toujours. « J'aimerais savoir, » continua-t-il, «comment nous avons pu nous en retrouver là. Loin de moi l'idée de vous blâmer, votre Seigneurie, mais peut être que quelques erreurs fondamentales... ? Ce ne serait pas la première fois... »

Il faisait bien entendu référence à l'erreur magistrale qu'avait commis feu le Roi, en acceptant Ganondorf comme vassal. Belle erreur que celle-là, bien que d'après lui, pas la première du règne du père de Zelda. Le Roi, comme la Princesse étaient trop coulant avec la population, d'après lui. Trop attachés à des valeurs morales et vertueuses qui affaiblissaient la couronne.

"Je suis d'accord avec vous, Majesté, il faut sortir la Nation de cette triste passe. Ceci dit, je crains que nous nous y prenions bien mal. A réclamer plus encore à vos vassaux, vous les forcer à réclamer aux leurs. L'inflation touche tout le monde, petites comme grandes gens, avec plus ou moins d'ampleur, et augmenter encore les taxes ne provoquerait rien de plus qu'une vague de contestations, qui dans le pire des cas mènerait à une révolte. Arracher des époux, des fils et des frères à leurs femmes ne nourrirait certainement pas vos intérêts, plus encore quand..."

Le joli blond s'arrêta, jetant un regard circulaire sur la salle. Des murmures montaient de son auditoire, et la main de Cerscastel était montée jusqu'à la garde de sa lame. Ses yeux le fusillaient du regard, et si l'on eu donné à l'homme la possibilité de tuer d'un regard, alors, il serait déjà mort depuis longtemps.
Descharyen retint un petit sourire, qui voulait monter en puissance. Il lui fallait être grave en l'instant, malgré le ridicule que pouvait dégager ce vieillard débile, stupide et sénile. Lui, respect pour le chevalier doyen ? Aucun. Crainte ? Pas la moindre. Juste quelques conventions, dans sa réaction de tout à l'heure. Mieux valait lui laisser croire qu'il était vainqueur, pour mieux endormir sa vigilance plus que critiquable.


"Plus encore quand les bruits qui courent raconte que vous les envoyez tous à la mort pour votre intérêt personnel et non pour celui du Royaume. Ah..! L'amour, n'est-ce pas ?"

Il avait confiance qu'il venait de frapper fort. Peut être un peu trop. Mais que dire, si ce n'est que ces bruits n'étaient pas purs inventions de son esprit (peut être serait-il faux de dire qu'il n'avait pas participer à leur diffusion, mais qu'importe) ? Il était temps, semblait-il, de faire les comptes.

"Monseigneur Cerscastel, je vous prie de cesser de me regarder ainsi, ou de faire venir prendre mes mesures, je crains de ne mourir de peur !" Ironie, cynisme. Vengeance peut être un peu. Ce vieux chnoque avait cru qu'il se laisserait marcher sur les pieds ? Allons bon, un sourire pour accompagner sa pique agrémenterait tout ça d'un peu plus de piment.

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Zelda Nohansen Hyrule

Princesse de la Destinée. ∫ Édile de Nayru.

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(vide)

Il était heureux que la princesse dispose d’un tempérament calme, sans quoi elle aurait déjà bondit sur son siège. Elle se contenta cependant d’écouter avec distance, contenant de son mieux ses émotions à l’intérieur d’elle-même. Calme et patience. Elle ne savait que trop bien que l’empressement était la meilleure façon de se montrer vulnérable et de commettre des erreurs. Sans doute y perdait-elle en spontanéité, mais elle n’abandonnait pas l’honnêteté pour autant, et elle agirait toujours en son âme et conscience. Elle se tînt donc tranquille en attendant que Sir Descharyen en ait terminé avec ses accusations, car c’est bien de cela qu’il s’agissait, suivant de temps à autre son regard qui obliquait vers Cerscastel, inquiète de le savoir bouillonner de rage.

Lorsque le silence revint, après la dernière pique du Noble, elle lança un regard à son vieil ami pour l’inciter à ne pas perdre son sang froid. Elle tenait à répondre elle-même en espérant faire taire une bonne fois pour toutes les rumeurs. Elle aurait certes préféré être à des lieues de là, plutôt que d’avoir l’impression de se perdre en vaines discussions, mais certaines choses devaient être précisées.

« Sir Descharyen, je vous prierais de surveiller vos paroles, autant à mon égard qu’à celui de tout autre participant à cette réunion. »

Elle avait toutefois de quoi s’interroger elle-même. Quand bien même elle avait pour but de passer pour sûre d’elle et ne pas laisser entrevoir ses doutes, elle ne pouvait pas modifier sa nature, et elle ne pouvait s’empêcher d’elle-même remettre en question ses choix. Des erreurs ? Sans doute. Elle n’avait jamais eu la conscience totalement tranquille. N’aurait-elle pas pu réagir plus vite ? N’aurait-elle pas pu gérer mieux la situation ? Elle s’était bien malgré elle laissée surprendre et emporter par les événements. Elle n’avait pas eu le courage d’affronter directement la réalité. Elle était faillible, humaine. Et il n’y avait pas qu’elle, elle se demandait encore comment son mari avait pu être enlevé alors qu’il se trouvait à l’intérieur-même du château.

« Peut-être y a-t-il eu des erreurs. Personne ne pourrait prouver le contraire, pas plus que quiconque ne pourrait prouver que d’autres décisions nous auraient menés à une meilleure situation. Libre à vous de remuer le passé et d’essayer de trouver les causes de la situation, ce n’est pas mon but, du moins en l’instant. Il ne sera pas possible de modifier les événements, c’est au présent, et à notre futur que nous devons faire face à présent, et sans plus attendre. »

Elle ne savait pas elle-même ce qu’elle aurait pu réellement qualifier d’erreur, tout ce qu’elle savait c’est qu’elle ne disposait pas du temps pour épiloguer sur ses choix – encore moins ceux qui ne lui appartenaient pas – et qu’elle devait gérer les événements présents.

« Et pour ça l’aide et les efforts de tous seront nécessaires, oui. Mais je n’ai peut-être pas été très claire sur ce point. Je ne demande de chacun que ce qu’il a à fournir. Ou vos coffres sont vides – ce que je m’étonne d’apprendre – ou il n’y a aucun besoin d’augmenter les taxes sur des gens qui eux n’ont déjà que peu ou pas assez de ressources pour leur propre foyer. Je vous suis reconnaissante de le mentionner : ceux qui souffrent déjà de difficultés financières n’ont pas à payer plus, ce n’était pas ce que je demandais. Nous n’en sommes pas encore là. C’est dans la même optique que je me suis assurée que ceux qui participaient à la bataille dans le désert intégraient la troupe de leur plein gré, parce qu’ils avaient compris la nécessité de défendre leur pays et qu’ils étaient prêts à prendre les risques qui y sont inévitablement associés. »

Elle laissa planer un léger silence avant de reprendre la parole, elle avait bien remarqué que les regards s’étaient faits plus attentifs et que les oreilles grandes ouvertes à tout ce qui pourrait nourrir la curiosité de leurs propriétaires attendaient un détail qu’elle n’avait pas encore mentionnée.

« Et vous attendez de ma part une autre réponse, n’est-ce pas … ? Je vous aurais cru au dessus des rumeurs et bruits de couloirs, messire, vous me voyez déçue d’apprendre qu’il n’en est rien. Si c’est là ce que vous souhaitez, je le clame haut et fort devant toute cette assemblée : Ma décision n’était pas guidée par mes sentiments et mon intérêt personnel. J’ai pris la décision que j’ai estimée la meilleure pour la population, parce que c’était la seule qui nous offrait enfin une chance de riposter au lieu d’attendre la prochaine attaque du Seigneur du Malin. Que les Déesses m’en soient témoin, jamais je ne sacrifierais mon peuple à mes intérêts personnels. »

Et elle évita de laisser vagabonder ses pensées. Hors de question de se laisser aller à céder à ses émotions pendant cette réunion, elle aurait tout son temps seule plus tard, pour l’instant elle était souveraine, et elle ne gardait en tête que les données techniques qui lui étaient nécessaires pour mener ladite réunion.


Sa grosse bedaine ressemblait bien à celle de feu son oncle. Le vieux Prime était mort bien des années auparavant, assassiné par on ne sait qui. On l'avait retrouvé pendu à un crochet de boucher, sur la place de Cocorico, son domaine. On disait parfois qu'il avait été tué par un revenant de la branche principale des Prime, brûlée vive dans l'incendie de leur demeure. L'héritage ayant été le domaine lui même, et quelques deux-cent-cinquante milles rubis, les médisants avaient vite fait de porter les soupçons sur le cadet.

Nathaniel Prime avait été l'un des plus fervents défenseurs des intérêts du Royaume et de la famille Royale, malgré la pratique (interdite en son temps, et maintenant encore) de la Nécromancie. De tout temps, il avait défendu la couronne dusse-t-il finir lui même lésé. Ce n'avait pas été la même chose avec Varendal, qui remarquablement laxiste avait déserté le conseil aussi longuement qu'il avait pu, entrant dans une rupture profonde avec tout le reste de la lignée. Aucun de ses aïeuls n'avait jamais agi autrement que par respect, et loyauté envers la famille couronnée.
Toutefois, il n'avait pu siéger que quelques années, et cela devait déjà faire bien une dizaine d'années qu'il avait été assassiné. Malgré la barbarie extreme témoignée à l'égard du défunt, le dossier n'avait pu être traité : aucune trace, comme si c'était là l'oeuvre d'un autre mort.

Faëlin Aneleon Prime, cousin de Nathaniel avait alors pris sa suite, et avec ça la tête de Cocorico. Depuis il siégeait au conseil, et se tourner les pouces, mains appuyés sur son ventre proéminent, dormant à moitié. Qu'en avait-il à faire de toutes ces histoires là, tant qu'on lui portait son dû ? Pas grand chose à dire vrai.
Mais là, son dû était menacé. Il en avait plus que ras-le-cul qu'on lui prélève plus du peu d'or qu'il avait réussi à récupérer. Si l'ascenseur social avait marché pour lui, qui certains de finir moine originellement (et désormais Haut Seigneur) il n'en était pas de même pour l'ascenseur pécuniaire.


"Que nenni, altesse ! Mes caisses sont vides depuis que votre époux s'est décidé à ravager la tour ! Et il en va de même pour mes granges, depuis que je n'ai plus aucun bras pour moissonner et ramener le blé !"

Il en avait assez, aussi, de ce ton goguenard, et sans se lever, il se frotta le nez qu'il avait rougi par l'hydromel, avant de gueuler de sa voix typée. Seigneur de campagne il était né, seigneur de campagne il finirait.

"Hé là, m'ssire tu s'rais gentil d'pas faire l'faraud ! Arrêtes de débobiner tes vers et d'te prendre pour eul'seigneur, ça d'vient lassant."

Étrangement, il avait fait le silence dans la salle, allant même jusqu'à choquer l'aîné Descharyen. Il avait toujours manqué de manière, il est vrai, mais certains lui semblaient bien précieux, à tirer une tête de six pieds de long pour si peu. Enchaînant de suite, profitant du blanc qu'il avait provoqué :

"'Scusez, m'ssire. C'parti tout seul." Le regard d'Antiochus Descharyen lui pesait, et il cacha du mieux qu'il put frisson. Obèse, pas courageux pour un sou. « M'dame, sauf vot' respect, » commença-t-il à l'égard de la princesse, «z'avaient pas trop eul'choix, les hommes. Chez moi, si qui disaient non, ils savaient que ça pass'rait mal. C'pendant, sauf vot' respect, j'crois pas que ce soit la meilleure méthode, m'dame vot'Altesse. »

Rien qu'à voir la tronche que tiraient ces nobliaux le faisait rire. Certes, il était désormais le propriétaire de Cocorico, et il aurait sûrement du adapter son niveau de langue, à fortiori devant l'Élue de Nayru. Mais il était né, il avait vécu, et il mourrait en campagne Hyruliennes, certainement pas en ville. 32 années là bas ne s'oubliaient pas si vite. Quel mal puisse faire son accent ? S'il n'était pas écouté, tant pis ! Il pourrait de toute façon retourner chez lui bien tranquille, à attendre son hydromel, tandis que son pupille prendrait en charge tout l'administratif.

"J'ai tendance à penser, m'dame Zelda, qu'plutôt qu'se diviser comme qu'on l'fait, on d'vrait s'diviser autrement, pour ainsi dire. J'crois, que les Déesses m'pardonnent si j'me trompe, qu'y faudrait qu'on garde tous nos hommes. Qu'y défendent nos terres, comme qui dirait. 'Seraient plus motivés pour pas laisser crever eul'gosse y la mère, j'pense. L'territoire s'rait plus sur."

Il fit silence, alors que les sourires se peignaient sur tous les visages. Pourquoi n'aimait-il pas ce genre de réunions ? Parce qu'il ne pouvait dire ce qu'il pensait sans être tourné en ridicule. Agacé, il chassa une mouche imaginaire de devant lui, lâchant un de ses jurons typiques de par chez lui. Les Déesses lui pardonnent, il était fait pour boire et pour danser. Pas pour écouter des flagorneurs à longueur de journée.
Quel ne fut pas sa surprise quand une voix s'éleva pour défendre son opinion.


"J'aurais tendance à penser de la même façon, pour reprendre les propos du Seigneur Prime, pour ainsi dire." Le dit Seigneur Prime ne percevait pas toute la portée du message, et la moquerie lui restait secrète. « Laissez nous notre or et nos hommes, nous protégerons chacun nos terres. Le Royaume n'en sera que plus sécurisé, Altesse. »

De là où il était, Faëlin ne pouvait pas distinguer le sourire qui étirait les lèvres du noble, et les longs cheveux blonds qui couraient jusqu'aux reins de l'homme le laissait médusé. Il n'entendait plus rien, complètement absorbé par la contemplation de l'or presque liquide. Il le savait, l'hydromel était trop chargé, et la fatigue le gagnait. Mais pouvait-il vraiment inventer de l'or ?
Prime ne faisait aucun effort pour échapper à cet espèce de sortilège. Mais la voix fluette du jeunot à l'office, Dir quelque chose, le tira de ses rêveries.


"Et le Prince..? Nous ne pouvons pas abandonner sans l'avoir ramené !
Le prince..." Commença le blond, toujours ce même sourire du victorieux aux lèvres «Hyrule a un héros pour ça. Ou alors le Castel est un fieffé menteur ! » Cracha-t-il enfin, soufflant du même coup le vieil obèse.

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Zelda Nohansen Hyrule

Princesse de la Destinée. ∫ Édile de Nayru.

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(vide)

« Il suffit. »

La princesse n’avait certes pas crié mais elle avait élevé la voix, et son ton était ferme comme pour couper court à toute protestation. Elle était choquée par le manque de considération pour tout l’aspect humain de cette affaire. Son époux, retenu prisonnier et dont elle ne pouvait même pas connaître l’état, tous ces hommes déjà engagés dans le désert qui risquaient leur vie en l’instant et dont on osait remettre en question la justesse de l’action. Qui plus est, elle aurait eu beaucoup à dire concernant ce jeune homme qui avait si souvent risqué sa vie pour Hyrule, en bonne partie à cause d’elle, et qui pourtant avait répondu une fois de plus présent alors qu’elle-même avait été à deux doigts de s’effondrer. Que n’aurait-elle donné pour lui épargner ça ? Combien aurait-elle souhaité pouvoir lui intimer de prendre une retraite bien méritée au lieu de le voir à nouveau risquer sa vie ? Malheureusement les intérêts du royaume, qui devaient rester sa priorité, ne le lui permettaient pas.

Toutefois, ce n’était pas uniquement la raison pour laquelle elle s’était, si pas emportée, montrée plus ferme et autoritaire. Elle n’avait pas oublié que si dur que cela puisse être et si inhumaine que cela puisse la faire paraître ses sentiments ne devaient pas guider ses réactions. Elle savait qu’il n’y a pas de meilleure façon de perdre son pouvoir que de se laisser progressivement marcher sur les pieds, et même si elle n’avait jamais cherché ce pouvoir, eu égard pour tout ce qu’elle défendait et qui lui avait été transmis, elle se devait de le protéger. Elle n’avait pas le droit de laisser passer quelque insulte que ce soit envers la Famille Royale.

« Sir Descharyen, il me semblait vous avoir prévenu. Vous outrepassez les limites. Le Castel comme vous le dites ne tolérera plus aucune insulte de votre part, et vous ne serez plus admis aux réunions si vous ne pouvez tenir votre langue. »

Cependant, maintenant que le sujet était lancé, il attendait aussi une réponse, si déplacé qu’il soit. Avant qu’elle ne reprenne la parole, elle se rendit compte qu’inconsciemment sa main gauche s’était déplacée sur la droite pour recouvrir le symbole de la Triforce. Un détail, une coïncidence. Elle ne prit d’ailleurs pas la peine de la déplacer, quel mal à cela ?

« Le Héros dont vous parlez et à propos duquel la Famille Royale n’a jamais menti n’en reste pas moins un être humain. Il me parait normal qu’il ne puisse à lui seul pénétrer le repaire de Ganondorf, vaincre ce dernier ainsi que tous ses sbires et ramener le prince. Il a certes réalisé un exploit semblable en pénétrant dans le Château de ce dernier en des temps qui ne sont plus, mais j’ai l’intime conviction que s’il n’a jamais cherché à lui rendre la tâche facile et qu’il souhaitait l’affaiblir avant, le Seigneur du Malin voulait le voir arriver jusqu’à lui. Il espérait récupérer facilement le Fragment du Courage. Il a commis l’erreur de sous-estimer son porteur, et l’a affronté seul. Je gage qu’il ne commettra plus la même erreur, il n’attend sans doute pas seul notre armée. Et ce serait commettre nous-mêmes une erreur que de sous-estimer Ganondorf. »

Considérant que l’affaire était close pour toute personne disposant d’une once de bon sens, elle reporta son attention sur le Seigneur Prime. C’était lui après tout qui avait le premier fait cette proposition que l’autre noble c’était empressé de reprendre à son compte. Elle signifiait d’ailleurs ainsi qu’elle préférait discuter avec ceux qui feraient preuve de respect, car le langage dudit seigneur avait beau être moins noble que celui de Sir Descharyen, c’était pourtant bien lui qui avait jusqu’à présent manifesté dans ses paroles le plus de respect pour le château et la famille royale, malgré une opinion en désaccord avec la sienne. Contrairement à beaucoup de nobles dans l’assemblée, Zelda ne prêtait que peu d’importance à cet accent, et elle tolérait encore moins qu’il soit une source de moquerie, sans doute parce qu’elle aimait la proximité des « gens du peuple », leur franchise, et qu’elle n’aurait jamais prêté moins d’attention aux idées d’un simple paysan qu’à celles d’un seigneur. Seuls lui importaient la teneur des propos.

Un court instant, une tignasse rousse lui revint d’ailleurs à l’esprit. N’avait-elle pas à son service un Garde avec ce franc-parler ? Ils devaient sans doute être nombreux dans l’ensemble de la garde, mais bien moins à le conserver en gravissant les échelons et parmi ceux qui la côtoyait directement. Elle ne prit toutefois pas le temps de s’interroger sur le lieu où pouvait se trouver ce dernier, son attention très vite recentrée sur la réunion.

« Seigneur Prime, je pense au contraire qu’à nous diviser et à répartir ainsi nos forces nous n’aurions rien pu protéger de ce qui nous tient à coeur. C’est déjà la stratégie que nous adoptions avant d’envoyer nos guerriers dans le Désert. Tout le monde était au courant de la menace que représentait Ganondorf, et chacun sans doute prêt à défendre ses propres possessions. Ca n’a malheureusement pas été suffisant, puisque le Temple a été attaqué, suivi par le Ranch, et telle une provocation, l’enlèvement du Prince au sein même du Château qui aurait pourtant dû être le mieux gardé… Si nous n’avions profité de cette occasion en unissant nos forces pour passer à l’offensive, je crains que le même schéma ne se soit répété à l’infini. Ou plutôt jusqu’à ce que Ganondorf obtienne ce qu’il veut ou qu’il ne reste plus rien à saccager. »

Ceci étant, et malgré son opinion, elle n’aurait pas été fermée à l’idée d’écouter des propositions visant à améliorer la défense et obtenir peut-être de meilleurs résultats que jusque là, si c’était possible et si certains avaient des propositions à faire en ce sens. Mais il était un peu tard pour cela.

« Toutefois… Je crains que ce débat ne soit plus d’actualité. D’après les dernières informations reçues, notre armée s’est déjà engagée dans le Désert, et nous ne possédons plus vraiment de moyen de les contacter dans ces conditions. Il serait d’ailleurs risqué d’envoyer un groupe réduit à leur suite, et il est aussi tout à fait probable qu’ils soient arrivés à destination, et qu’ils aient déjà à mener des combats. Un repli dans ces conditions est impensable, et nous devrons donc attendre leur retour. »

Condamnés à attendre…

« Mais ce qui est en notre pouvoir, pour les soutenir et nous joindre à leurs efforts, c’est de nous organiser, et d’être prêts, lorsqu’ils reviendront, à faire face à ce qui nous attendra. Nous aurons à ce moment plus d’informations sur l’ennemi, dont nous devons nous passer pour l’instant, mais nous devons continuer d’assurer la protection de nos terres même avec des moyens réduits et organiser une éventuelle riposte. Si vous le souhaitez, vous êtes invité à vous joindre aux réunions plus techniques qui détermineront l’utilisation et le placement des troupes disponibles. Si je pense qu’il est mieux d’unir nos forces que d’agir séparément, il n’est pas exclus dans la mesure du possible que nous affections les guerriers au poste qui leur tiendra le plus à cœur. »


Un raclement sec, vif, et clairement menaçant. L'acier venait d'être tiré, alors qu'Espoir Cerscastel se saisissait du Fer Royal. Les doigts gantés de plaques, et l'armure revêtu, il avait, malgré son âge, une aura toute entière. Véritable légende Hylienne, il était de ceux qu'on était amené à craindre un jour où l'autre.

Son épée semblait drainer la lumière. Rares étaient ceux qui pouvaient se targuer d'avoir jamais vu si belle lame. Biggoron lui même serait rouge de honte, devant une telle qualité. Forgée sur commande d'un Roi des temps anciens, elle avait été propriété de la famille Royale des siècles durant, jusqu'à ce qu'elle lui soit offert par le père de sa Suzeraine.
Ses traits s'étaient durcis avec l'âge, et la longue barbe blanche qui rognait ses joues lui conférait un air plus sévère encore. Ses deux pupilles d'un bleu si pur que celui de la Princesse se posèrent lourdement sur les épaules du Seigneur Descharyen. Un regard pesant, sans appel. Menaçant, même.

L'arme se pointa droit sur le visage de l'éphèbe, et dans un cliquetis froid du au mailles et aux plaques, le silence sur toute la salle se fit. L'Homme-Lige s'avança jusqu'à ce que l'extension de son bras en vienne à frôler la pomme d'Adam de ce prétentieux qu'il ne supportait déjà plus.


"Je n'ai pas pour intention de prendre des pincettes, mon garçon. Cette femme que tu vois là est ta Reine. Ta Reine. Manques lui une fois de plus de respect, et je t'assure que jamais plus tu n'auras à douter de l'allonge de mon bras, ou du tranchant de ma lame. J'imagine que tu ne veux pas retrouver ta langue dans l'assiette de nos limiers. Est-ce clair, Monseigneur ?"

Tout vieux qu'il était, et tout chancelant qu'il aurait été dans un défi, il n'hésiterait pas un instant à protéger Zelda, sa vie, son honneur, ses intérêts, ou même son coeur. Et même si le sang-bleu en face de lui le savait âgé, il n'eut pas grand mal à discerner l'étincelle de peur qui brillait dans ses yeux. Quoi de plus normal, avec une lame appuyée sur la glotte ? L'espace d'un instant, le cours du temps semblait incroyablement ralenti : Cerscastel avait l'impression qu'un nuage de poussière prendrait cent années à s'échouer sur le sol marbré de la salle de réunion. Et ce silence... Un silence de mort. Mais après tout, n'était-ce pas de ça –ou presque– qu'il menaçait son cadet ?

Ses yeux cessèrent de chercher ceux du blond, et il rabattit son épée le long de sa cuisse, avant de faire demi-tour. L'assistance parût enfin reprendre son souffle, mais lui avait perdu le sien. Non pas parce qu'il fatiguait, pas déjà, mais parce qu'il savait très bien que jamais sa souveraine n'accepterait ce qu'il venait de faire. Il avait désobéi à un ordre implicite, accord tacite. Il avait failli à sa parole, une seconde fois, comme il avait failli la première fois, s'étant rendu responsable (au moins à ses yeux) du décès du Roi. Ses yeux s'embuèrent, mais il n'en fit rien. Personne ne devait savoir.

Antiochus Descharyen attendit bien une bonne dizaine de secondes, avant de reprendre son souffle. Il n'avait pas mouillé ses frusques, pas jusque là, mais il avait vraiment eu peur. Pour la première fois depuis qu'il avait connu l'homme, il réalisait qu'il n'avait pas affaire à un plaisantin.
Et, lui même n'avait plus aucune envie de rire. Il reprenait peu à peu de l'assurance, tout en foudroyant d'un regard lourd de haine le vieillard. Ah ! Qu'il pouvait être majestueux drapé de sa cape carmin ? Par les Déesses, le blond se jura qu'il ne subirait jamais pareil affront, de la part de personne.

"Seigneur Cerscastel..." Commença-t-il, sur un ton où ne perçait plus rien qu'une froideur et une colère trop peu refoulée. « Je tiens à dire qu'en plus d'être humilié et vexé, je suis profondément déçu de pareille bassesse de votre part. Vous n'êtes qu'une épée, et la menace seule appuie votre verbe, et cela est bien triste, de la part d'un homme supposé aussi influent que vous. Est-ce vraiment là l'autorité d'Hyrule ? Et vous, mes amis, comment pouvez vous juger Ganondorf, si vous ne régnez que par la violence, et la terreur ? »

Il parcourra du regard l'assemblée, brièvement, s'arrêtant sur l'homme d'épée, puis sur sa suzeraine. L'avait-on pris pour un idiot, à lui dire qui elle était ? Bien sur qu'il le savait ! Ceci dit, il commençait à sévèrement douter de sa capacité à gérer les événements. Pourquoi ne faisait-elle rien ? Fallait-il vraiment qu'elle soit personnellement touchée, comme dans le cas de l'enlèvement du Prince, pour qu'elle réagisse ? Par les Déesses ! L'envie lui prit de cracher. Mais il se contenta de ramasser sa propre cape, et de l'épingler sur sa veste.
Encore maintenant, la salle était sous silence, et tout laissait à croire que la parole ne reviendrait pas de sitôt. Ah, la belle erreur.


"Je sais, Altesse," Reprit-il, regardant sa broche, « Je suis supposé sortir. Mais, en toute franchise, ce n'est par pas soumission que je le fais. C'est par désillusion. Jamais, je n'eu cru ce gouvernement si proche de ce qu'il prétend combattre. Mes respects, Princesse. Et tous mes voeux de réussite. »

Sa cape raccrochée, il jeta un dernier regard, bref, cherchant les yeux de la souveraine. Dans ses pupilles brillaient quelques émotions contradictoire, et difficilement identifiable. Et quand il se fut, le silence ne retomba pas. Pas tout de suite.

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Zelda Nohansen Hyrule

Princesse de la Destinée. ∫ Édile de Nayru.

Inventaire

(vide)

La Princesse connaissait Cerscastel depuis des années. Peut-être à titre personnel l’avait-elle même considéré comme un père depuis que le sien l’avait quittée. Si loin qu’elle se souvienne, il avait toujours été présent aux côtés de son père. Il avait toujours ardemment défendu la famille royale. Mais c’était un guerrier, il l’avait défendue par son épée – non par une quelconque inaction diplomatique –, et même si son âge lui interdisait à présent un voyage éprouvant comme celui vers le désert, et qu’il avait continué à servir la famille royale en prenant part à la vie politique du château, les habitudes se perdent difficilement.

Elle n’avait toutefois pas vu venir le geste de son fidèle servant, et elle fut tout aussi figée que le reste de l’assemblée. Elle ne prononça pas un mot, pas même lorsque Descharyen prit la parole, ni même lorsqu’il s’adressa à elle avant de quitter la salle. Le silence dura d’ailleurs encore après son départ, elle était assez sonnée et surprise que pour ne pas savoir immédiatement comment réagir. C’était précisément la situation qu’elle eut préféré éviter, elle n’avait jamais pensé que la violence soit la meilleure méthode pour résoudre les problèmes. Qui plus est elle se sentait blessée et touchée par les paroles. Si le noble avait croisé son regard en sortant, sans doute n’y avait-il lu que désarroi et détresse qu’elle n’avait pu cacher, pour peu qu’il ait réussi à le déchiffrer.

Politiquement, il s’agissait d’un affront, d’une offense grave. De plus contrairement à ce qu’il avait supposé, elle n’avait jamais escompté faire sortir le noble pour ses dernières paroles, cette fois il n’avait pas provoqué verbalement pour quelque autre raison qu’une défense justifiée. Elle avait même rarement senti autant d’honnêteté dans ses propos. Toutefois le mal était fait, et elle se chargerait de rattraper l’affaire ensuite. Si Sir Descharyen était resté au château elle aurait une discussion privée avec lui, et dans le cas contraire elle enverrait à ce dernier une lettre d’excuses. Une tâche de plus à ajouter sur la liste de celles de sa journée loin d’être terminée. Elle se décida à reprendre la parole pour relancer la réunion. Elle cacha les doutes qui l’assaillaient de son mieux pour qu’ils ne percent pas dans sa voix. Elle avait attendu d’avoir repris contenance pour parler, elle s’étendrait plus tard et en privé sur ses doutes.

« Je me chargerai d’aller trouver Sir Descharyen en privé pour régler ce différend. J’aimerais que nous laissions cet incident de côté pour continuer la réunion. Seigneur Cerscastel, j… »

Mais alors qu’elle s’apprêtait à annoncer à l’homme qu’elle souhaiter lui parler à lui aussi en privé après la réunion, elle se coupa dans sa phrase et eut un sursaut comme si elle venait de recevoir un coup. Tout spectateur extérieur aurait pu penser qu’elle venait « simplement » d’avoir un malaise. Elle porta inconsciemment sa main droite à son cœur, la gauche la suivant pour recouvrir le symbole qui brûlait le dos de sa main. Si elle avait reçu une douleur un peu brutale, c’était déjà fini, mais elle avait été remplacée par un autre phénomène, sa main continuait de la brûler légèrement de façon constante.

« Ca va … »

Non ça n’allait pas. Elle avait prononcé ces mots pour rassurer son entourage plus que par réelle conviction. Même elle qui était magicienne ne savait pas exactement comment contrôler la Triforce, encore moins comment exploiter tout son potentiel. Ce qu’elle savait, c’est que ce symbole la reliait aux deux autres porteurs, et qu’elle avait essayé de s’ouvrir au maximum à Link sans s’exposer à Ganondorf. Elle ne savait guère si la seconde partie était une réussite, mais elle avait bien la certitude que les signaux qu’elle recevait provenaient de l’état du Héros du Temps, et ce n’était pas pour la rassurer. Elle avait en réalité espéré ne pas sentir la moindre réaction, et ne comprenait pas ce que signifiait cette brûlure constante. Sa vie était-elle en danger… ? Link…

« Je… La fatigue sans doute. Je vous serais donc reconnaissante de vous en tenir à l’essentiel. Seigneur Cerscastel, je disais donc que je vous verrai en privé après la réunion. Quelqu’un a-t-il d’ailleurs encore quelque chose à ajouter avant que cette dernière ne se termine ? »

Elle avait peur que les larmes lui viennent aux yeux, et se retint difficilement de porter sa main à son front pour essayer de les cacher. Sa main la brûlait toujours et son cœur battait à cent à l’heure. Elle se sentait accablée, totalement impuissante. Elle espérait que la réunion se termine vite, même s’il était bien loin le moment où elle pourrait se réfugier seule dans sa chambre, et son entrevue en privé avec Cerscastel ne lui permettrait finalement pas uniquement de parler de l’incident survenu plus tôt. La seule chose qui lui permettait encore de tenir sans fondre en larmes devant l’assemblée, c’était qu’au final, c’était tout ce qui était en son pouvoir actuellement, c’était son combat à elle.


La corruption rampait en politique plus surement que la vipère dans les forêts des pays du sud. Si il était un milieu dans lequel le mal était visible et toléré, c'était bien celui là. Des intérêts personnels, égoïstes qui prenaient toujours le pas sur ceux de la majorité, voilà l'objet de préoccupation de tous ces chiens de "nobles". Comment pouvaient ils bien se dire nobles sans rien posséder de noblesse ?! La Gloire dont ils se vantaient n'était pas la leur mais celle de leurs ancêtres. Eux se contentaient d'être les piètres enfants de prestigieuses lignées. Du plus profond de mon coeur je les méprisais.

Néanmoins ils pouvaient parfois être utiles. Car quelle arme pouvait frapper le plus fort sur la couronne d'Hyrule ? Ses principaux soutiens. Si la noblesse hylienne se laissait corrompre, l’échiquier changeait en ma faveur. Or que faisaient ses imbéciles ? Ils se battaient, se menaçaient même. J'avais pu assister à ce conseil par les yeux d'un de mes corbeaux et son contenu était riche de possibilités. Il allait falloir m'intéresser au plus prés à ce "Sir Descharyen". Sans doute ses bras n'étaient ils bons à rien mais sa langue était agile et son influence pourrait s'avérer utile...

Jamais je n'aurais imaginé que la situation ait pu être si désespérée pour cette petite cachottière de Zelda. Si Link mourrait dans ma citadelle, Hyrule aurait perdu. Alors même que j'étais à ses portes, prés à incendier le pays entier, les élites de ce royaume se déchiraient encore pour des détails...De l'argent. Mais qu'était l'argent par rapport au pouvoir, à la gloire ? Rien de plus qu'une illusion donnée aux insectes qu'ils pouvaient égaler les grands. Comme si leur âme allait grandir avec leur fortune ! Ridicule. Et d'ailleurs la princesse semblait en accord avec moi sur cette question. Qu'elle paraissait épuisée, cette brave petite ! Il fallait vraiment que je sois cruel pour la laisser sans nouvelle de son amour...Je me devais de remédier à cela, me disais je en riant.

C'est à cet instant que la main de la 7ème sage s'illumina furtivement et que cette dernière sembla prise d'un soudain vertige. Contrairement à Link, elle pouvait se servir de la Triforce comme un lien entre eux. Ses talents dans les arcanes se révélaient à chaque fois plus impressionnants... Si seulement je pouvais récupérer son fragment, je décuplerais les possibilités de ma propre sorcellerie. Mais rien nous concernant n'était simple et après plusieurs échecs, j'étais décidé à ne plus agir qu'avec certitude de vaincre, une bonne fois pour toute. Et l'idée qui venait d'apparaître dans mon esprit me paraissait être excellente et sans risque.

Le corbeau s'envola de la poutre où il était posé et vint se poser devant Zelda. Si cette dernière me fermait son esprit à travers la Triforce, elle ne pourrait pas arrêter cet assaut là ! J'envoyais toute ma force mentale à travers le regard de mon serviteur afin d'entrer en contact avec elle. Lorsque je fus à peu prés sur qu'elle était en contact avec moi, je pris la voix la plus douce possible, tourment supplémentaire de ce que j'allais déjà lui infliger.


"Tu me parais bien seul, petite fille. Tous ces rats et ces porcs autour de ta table...N'es-ce pas déprimant de savoir qu'ils possèdent l'autorité à Hyrule ? Si ils étaient tous aussi habiles avec une lame que ce vieillard, tu aurais une chance... Mais pas maintenant. Tu as senti le trouble dans le lien entre les porteurs de la Triforce ? Je l'ai senti aussi. Il semblerait que le gamin soit en mauvaise posture. Quand à ton prince...Il n'est plus en état de protéger quoi que ca soit."

Afin d'appuyer mon propos, je lui envoyais une image de Dun Loireag Hyrule tel qu'il était sous mes yeux. Enchaîné, torturé, couvert de sang et sa tête abattue tournée vers le sol en signe d'abandon. Il était difficile de le reconnaître mais elle y parviendrait surement...

"Bon courage, petite fille. Tu en auras besoin à présent."

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Le fer semblait ne pouvoir rester en place, au cours de cette réunion. Le froid gagnait la pièce aussi bien que s'il eu neigé dedans. L'Hiver était des plus agressif, et le vieillard doutait qu'il fusse tout à fait naturel.
Descharyen quitta les lieux, suivi d'un regard des plus appuyés. Il ne mettrait pas sa menace à exécution, simplement pour ne pas enfoncer plus encore sa protégée dans les ennuis qu'elle ne l'était déjà.

Un simple regard à sa suzeraine, et il comprit. Il réalisait maintenant seulement qu'il était un poids plus qu'un véritable allié. Ses vieux os lui faisaient trop mal, et peinaient à le porter. Il lui fallait de l'aide pour se tenir debout plus d'une heure. Qui pouvait-il prétendre supporter ? La vérole attaquait son coeur, et chaque jour lui arrachait un peu plus de vie, dans les cris d'une toux douloureuse et sanglante. Chaque nuit s'octroyait le droit de lui voler le peu de sommeil auquel il pouvait prétendre, pour ne laisser à la place que des sueurs froides, et des rêves d'un amour perdu.
Ses yeux, autrefois si vifs, semblaient ne plus voir qu'au ralenti et à moitié. Il se savait de plus en plus proche de la cécité, sans pour autant l'accepter. Ses réflexes jadis si prestes ne le couvraient désormais plus que d'une honte sans nom, et la cape que l'on lui demandait de porter constituait un ennemi mortel chaque fois qu'il rencontrait un escalier. Lui, capable de venir en aide de qui que ce soit ?

Il n'était plus bon à rien, et force était de le reconnaître. Son coeur déjà miné par un mal inconnu lui semblait serré, comme si une main fermait sa poigne dessus, et venait l'empêcher de palpiter. Sans véritable raison de vivre, il se sentait déjà mort. N'était-il pas temps de s'en aller après tout ? Il se doutait bien qu'il serait dur à sa suzeraine de lui dire adieu, ne serait-ce que pour ne pas le blesser. Mais avait-il réellement droit à s'accrocher ainsi, alors qu'il en devenait un poids pour les autres ?

De Cerscastel naissait un dégoût profond pour cet Espoir Cerscastel prétendument protecteur de feu le Roi et sa descendance. Il renifla profondément, prêt à cracher. Ce fut simplement la pensée du travail en plus que cela représenterait pour la Princesse qui retint sa langue.
Ses doigts se serrèrent plus encore sur la fusée d'or de son épée, et alors que les lourds battants de bois se refermaient, le chevalier usé par le temps se dit clairement qu'il était temps d'en finir. Ne plus imposer une autorité caduc depuis trop longtemps, à qui que ce soit.

Les mailles cliquetèrent à nouveaux alors que ses pas le dirigeaient vers la porte. Jusqu'à ce que retentisse son nom et son titre.

"Je ne veux pas de ce Seigneur que je ne mérite pas le moins du monde." Pensa-t-il, se retournant. Et tout se passa vite. Si vite.

Il lui fallait reprendre contenance, et tout de suite. Sa Princesse était défaillante, et bien qu'elle démentisse la chose Cerscastel ne la connaissait que trop bien pour savoir que rien n'allait plus.
Le souffle du vieillard se fit court, et son palpitant démarra au quart de tour. Il sentait venir le danger comme un souffle froid lui hérissant les poils de la nuque.
Un simple instant, et une bête noire comme l'ébène se jetait sur Zelda. Si l'acier devait chanter, il chanta une deuxième fois. Les mètres qu'il avait à parcourir lui semblaient être de véritables longueurs, qui à chaque pas s'agrandissaient. Tant et si bien que quand il eut rejoint sa Reine, elle était déjà tétanisée, comme hypnotisée par l'oiseau de malheur. Un coup d'épée vint raccourcir l'animal d'une tête. Dans une giclée de sang chaud, la transmission qu'il avait inconsciemment perçu pris fin, et il se retrouva avec l'Élue de Nayru dans les bras, tandis que d'un signe de tête il ordonnait à tous de sortir.

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Zelda Nohansen Hyrule

Princesse de la Destinée. ∫ Édile de Nayru.

Inventaire

(vide)

Elle reprenait doucement contenance. Pas complètement, sa main n’avait toujours pas cessé de la brûler, et ce qui la rendait plus anxieuse encore était que si la légère brûle s’arrêtait elle saurait encore moins comment l’interpréter. Elle réussissait toutefois à contenir ses larmes et se sentait rassurée de savoir qu’elle n’allait pas craquer devant l’assemblée, même si elle n’avait qu’une attente : la fin de la réunion et lâcher ce masque qu’elle sentait bien commencer à se fissurer.

Ne voyant aucun des participants réagir, elle se leva en s’apprêtant à annoncer la fin de la réunion, quand un corbeau se posa juste devant elle sur la table. Interloquée, elle n’eut pas d’autre réflexe que celui de plonger son regard dans celui du corbeau. Grave erreur, mais elle s’en rendit compte trop tard. Elle voulut étendre son bras pour chasser l’oiseau, mais ce dernier refusa de lui obéir et resta posé contre la table sur laquelle elle avait pris appui en se levant. Piégée, elle était incapable de détourner le regard, elle sentit sa main la brûler doublement, tout aussi incapable de la déplacer.

Elle commença à paniquer, elle n’avait pas encore compris exactement ce qui se passait, mais elle pouvait reconnaître entre milles cette odeur de corruption et d’ambition. Si le lien avec Link lorsqu’elle arrivait à le capter était doux et lui réchauffait le cœur quand elle n’avait pas à s’inquiéter pour lui, celui-ci lui tombait sur les épaules et l’accablait. Son ventre se souleva bien péniblement, une fois, deux fois. Incapable de respirer calmement elle se sentait étouffer, aussi effrayée qu’une petite souris prise au piège. Alors que ce qu’elle craignait arriva, et que le Seigneur du Malin pénétrait dans son esprit pour lui parler, sans doute ne devait-elle plus ressembler qu’à un vulgaire pantin stoppé en pleine action, immobile, les yeux écarquillés et plongés dans ceux du corbeau.

L’instant parut sans doute court pour les spectateurs, quoi que le comportement de la princesse face au corbeau puisse sembler étrange et son manque de réaction bien trop long. Pour Zelda par contre, il sembla durer une éternité. Tout autour d’elle avait disparu alors qu’elle se trouvait seule, apeurée, face à la voix qui résonna dans sa tête. Elle n’était plus qu’un ensemble d’émotions incapables de s’exprimer…

"... Tous ces rats et ces porcs autour de ta table ..."

Colère. Qu’elle ait ou non de la sympathie pour chacun des individus présents à cette table et qu’elle approuve ou non leurs attitudes, ils faisaient tous partie de son peuple, ils faisaient tous partie de ceux qu’elle souhaitait protéger de son mieux, qu’ils le comprennent ou non. Jamais il ne lui serait venu à l’idée d’exclure le moindre d’entre eux, quels que soient leurs opinions, qu’ils se rattachent ou non à son avis et qu’ils obéissent de bon gré ou non à ses ordres, peu importe leur caractère, elle ne supportait pas de les entendre se faire insulter de la sorte.

"... Tu as senti le trouble dans le lien entre les porteurs de la Triforce ? ..."

Retombée la colère, bienvenue inquiétude. Impuissante pour faire quoi que ce soit d’où elle était. Si seulement Link n’avait pas été si fermé à la magie, peut-être aurait-elle pu essayer de l’aider par ce lien qu’ils partageaient, mais elle pouvait tout au plus percevoir ce qu’il laissait inconsciemment filtrer. S’il mourrait… S’il mourrait là, elle ne pourrait rien faire, absolument rien, elle le saurait sans doute et pourtant elle ne pourrait pas intervenir…

"... Quand à ton prince ..."

Si son corps avait pu réagir, un frisson l’aurait parcourue. Elle voulait savoir. Mais elle ne voulait pas savoir. Elle n’était pas sûre de vouloir… Mais elle n’eut pas le temps de se décider ni le choix de faire face ou non à la réalité, l’image lui fut imposée sans qu’elle ne put rien y faire. Tout aussi impuissante, elle resta choquée devant l’image qu’elle ne pouvait écarter et qui risquait de la hanter longtemps. Et l’horreur la parcourut, et la culpabilité, et la tristesse, et …

"Bon courage, petite fille. Tu en auras besoin à présent."

Et le lien fut tranché. Violemment. Si sa bouche lui avait obéit dans l’immédiat elle aurait hurlé, mais alors qu’elle se trouvait encore incapable de produire le moindre son et qu’elle sentit à peine les gouttes d’un liquide chaud atterrir sur son visage, le son mourut dans sa gorge. Elle se contenta de s’écrouler.

Peu à peu, elle sentit revenir la maîtrise de ses mouvements, son corps recommençait à lui obéir. Elle eut à peine le temps de remarquer qu’elle était tombée dans les bras de Cerscastel, et là elle craqua. Elle n’eut pas le temps de se préoccuper de ce qui se passait tout autour, elle s’en remettait entièrement à lui, et elle éclata en sanglots. Elle avait atteint ses limites. Et avec ses pleurs toute la honte, toute son impuissance… Tout ce dont elle était incapable, tous ses échecs, tout lui revint directement en pleine face.

Qui essayait-elle de tromper ? Qu’est-ce qui lui donnait le droit de penser qu’elle arriverait à sauver le royaume ? Tous ces gens devaient être en train de mourir pour ses erreurs à l’heure qu’il était. Son peuple, ses rares amis, même son mari. Avait-elle été maudite par les Déesses pour que son entourage soit voué à vivre les pires atrocités ? C’était sa faute s’ils étaient là, son mari n’aurait jamais eu à vivre ça s’il ne l’avait pas épousée, et elle y avait envoyé tous les autres. Toutes ses belles pensées ne servaient à rien si elle n’était pas capable de les mettre en pratique. Vouloir protéger un royaume c’était bien inutile si ce dernier tombait tout de même et si elle envoyait à la mort ceux qu’elle avait juré de protéger.

Elle se serra plus fort contre Cerscastel, sans cesser de pleurer. Elle le connaissait assez pour savoir que s’il en avait encore eu la santé nécessaire il aurait préféré se trouver au Désert. Bien égoïstement elle était soulagée qu’il soit resté à ses côtés. Celui qui était pour elle comme un second père devait être la dernière personne restée au château devant qui elle ne craignait pas de dévoiler ses véritables sentiments. Elle aurait voulu partager avec lui ce qu’elle venait de vivre, lui exprimer ses craintes et ses doutes, ce qui l’avait horrifiée… Mais elle ne savait pas par quoi commencer. Quand elle n’eut plus de larmes pour pleurer et qu’elle sentit qu’elle pouvait parler distinctement malgré une boule toujours présente dans sa gorge, elle n’arriva qu’à formuler une unique phrase.

« Et si j’avais eu tort … ? »

Et si elle n’était pas à la hauteur ? Tous ces gens en danger par sa faute. Et elle tout ce qu’elle avait à faire, c’était de tenir bon, et de les soutenir d’où elle était. Même cela, elle n’en était pas capable sans s’effondrer ?


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