Visite nocturne à Cocorico

Songe Tristenuit


Inventaire

(vide)

Après que le jeune homme ait fait le deuil de son instrument et qu’ils se soient mis en route, ils virent assez rapidement défiler la journée en marchant tous les deux. Ils n’étaient pas très loin du Village Cocorico où elle avait décidé de l’emmener, mais ils étaient à pied, il était blessé et il ne devait pas faire de gestes trop brusques, en plus de quoi la matinée était déjà bien passée lorsqu’elle l’avait aperçu sur l’arbre. Voilà pourquoi le soleil commençait à disparaître et le ciel avait déjà pris une teinte rosée lorsqu’ils arrivèrent à destination.

On ne pouvait pas non plus dire que le voyage avait été ponctué de beaucoup de conversation. En fait, elle avait bien fait quelques monologues pour lui expliquer plusieurs fois quelle était leur destination, ce qu’elle comptait y faire et pour lui indiquer de beaux endroits près desquels ils passaient. C’était toutefois vain puisque, de toute évidence et même si elle ignorait d’où il venait, il semblait parler une autre langue qu’elle-même ne comprenait pas. Elle n’aurait d’ailleurs pas su dire pourquoi elle insistait à parler encore et encore, mais ça lui permettait de passer le temps, et elle trouvait ça plus naturel. Quant bien même elle ne comprenait pas non plus, elle aimait qu’il en fasse de même. Sa voix avait un timbre calme et apaisant. À vrai dire elle ne comprenait pas pourquoi il n’était pas fâché. Elle s’était attendue à recevoir une gerbe d’insultes dès qu’elle était descendue de l’arbre. Mais … Rien. Toutefois malgré la signification vague qu’avaient leur paroles l’un pour l’autre, il aurait été naïf de croire qu’ils étaient incapables de communiquer. À coup de mime et de gestuelle, elle pouvait finir par lui transmettre ce qu’elle voulait, du moins une bonne partie.

Lorsqu’ils arrivèrent au village, elle l’invita à la suivre jusqu’à une maison dont les fenêtres laissaient à présent filtrer de la lumière alors que celle du jour déclinait rapidement. Elle frappa à la porte et attendit un instant. Il semblait que le médecin avait terminé sa journée. Comme la plupart des marchands d’ailleurs, elle aurait sans doute plus de mal qu’elle n’avait prévu pour réparer les dégâts causés. Une bonne odeur, sans doute le repas en train de mijoter sur le feu, vint leur chatouiller les narines alors qu’un homme leur ouvrait la porte. Elle dut baisser la tête pour fixer ce dernier. Déjà d’un âge avancé, le médecin avait, semblait-il, mal au dos, et sa posture courbée n’améliorait rien à sa taille déjà petite au départ.

« Excusez-nous de vous déranger, ce jeune homme est blessé, et il faudrait le soigner… Ca ne prendra pas longtemps, mais je n’avais pas le matériel et … »

« J’soigne que les Hyliens, il en a pas l’air. Et puis c’est l’heure du repas. »

Elle resta bouche bée un instant, se demandant s’il lui faisait une blague. Mais elle comprit qu’il était sérieux. Il était normal qu’il ne soigne pas toutes les races existantes à Hyrule, et sans doute l’anatomie d’un Zora était-elle bien différente de celle d’un Goron, justifiant ainsi une spécialisation. Mais là… Ca revenait au même, quand bien même il venait d’on ne sait où !

« Je ne sais pas d’où il sort mais il n’a pas l’air bien différent d’un Hylien ! C’est bon, il n’a pas de nageoires, ni de carapace, ni de feuilles ! C’est votre métier ! »

Elle lança un regard en direction du blessé. Au moins, il ne pouvait pas se vexer puisqu’il ne comprenait pas ce qui se disait. Devinant que le médecin était surtout préoccupé par son ventre en l’instant, et non par le sort du jeune homme qui l’accompagnait, elle décida de changer ses arguments, l’éthique ne semblait pas son fort, elle ne pouvait guère l’en blâmer.

« C’est important qu’il soit soigné. J’ai de l’argent, j’ai largement de quoi payer. »

Elle n’aima guère le regard qu’il lui lança en l’instant, mais le fait était que savoir qu’elle était prête à y mettre le prix avait fonctionné. Il accepta finalement de les faire entrer. Elle aperçut sa femme installée aux fourneaux. Bien plus massive que lui, elle était occupée à préparer l’odorant repas qu’ils avaient senti en arrivant. Elle leur sourit d’un air accueillant et Sen rendit son sourire par politesse. Pendant que le docteur partait chercher le nécessaire, elle fit comprendre au blond qu’il pouvait s’asseoir sur un petit tabouret en attendant qu’on s’occupe de lui.

« Laisse-le te soigner dès qu’il sera de retour, il va s’occuper de ta blessure mieux que je n’ai pu le faire. Montre voir … ? Ca a tenu le coup… Il va faire quelque chose de plus solide. Tu m’attends là après ? Je reviens dans pas longtemps. »

Elle avait pris l’habitude de ponctuer au maximum son discours de gestes pour se faire comprendre le mieux possible. Espérant qu’il l’attendrait bel et bien là, elle annonça au médecin qu’elle avait quelques petites affaires à régler mais qu’elle reviendrait bien vite pour régler la note et récupérer le jeune homme au passage. Ainsi que lui faire ses adieux, sans doute.

Lorsqu’elle referma la porte derrière elle, elle se demanda un instant pourquoi elle faisait tout ça. Certes, il aurait été cruel de le laisser seul, blessé et déboussolé en partant comme une voleuse après ce qu’elle lui avait fait. Mais là, les soins… Ils étaient suffisants. Elle avait perdu toute son après-midi de libre pour lui, et voilà qu’elle entamait sa soirée. Alors pourquoi ? Pour ses beaux yeux ? C’était vrai qu’ils étaient beaux… Mais sans doute était-ce plutôt son air triste et perdu qui l’avait décidée. Il avait réussi à lui faire regretter d’avoir réduit à néant ses maigres possessions. Elle avait beau être égoïste, elle n’y avait rien gagné, et lui non plus, ça n’était même pas si drôle qu’elle l’avait pensé. De plus, elle avait été habituée à des gens plus désagréables, et elle était surprise par son comportement si calme et cordial – du moins si elle ne comprenait pas les mots qu’il prononçait, le ton n’avait-il rien d’agressif – même après ce qu’elle lui avait infligé, bien qu’involontairement. Elle avait seulement ressenti une certaine distance qu’elle n’avait pas comprise, mais au fond il ne la connaissait pas, c’était normal qu’il ne lui fasse pas confiance. C’était peut-être juste parce qu’il débarquait à peine et qu’il n’était pas encore très assuré dans un lieu qu’il ne connaissait pas, qu’il était si aimable. Peut-être bien… Au fond il changerait comme les autres. Mais en attendant elle avait décidé de lui rendre ce qu’elle avait pris avant de le laisser continuer sa route et reprendre la sienne. Elle avait quelques personnes à visiter, et elle allait profiter de quelques services à réclamer pour obtenir ce qu’elle souhaitait malgré l’heure déjà tardive.


Lanre


Inventaire

(vide)

Il n'avait guère le choix que de la suivre, mais gardait en tête l'idée qui lui effleurait l'esprit depuis qu'elle avait relâché son étreinte sur lui, bien plus tôt dans la journée. Elle le guidait dans un univers dont il ignorait tout, à commencer par ce qu'était réellement les femmes et quelle était leur place. Si jamais l'une des femmes du Désert s'était approchée pour l'aider, dans la même situation, une de ses soeurs n'aurait pas hésité à lui faire payer le prix de l'acier, avant de le pendre lui. Alors que...

Alors qu'ici, les femmes semblent vivre en harmonie complète et totale avec les hommes au point que voir une femme aider un homme paraisse normal. Il avait déjà vu des femmes, à la peau aussi brune que la sienne, et aux cheveux aussi rouges que ceux de SafiHooru-Sitųčol ou ceux de Joleën-Yva. Il avait vu ces femmes boire, chanter et danser avec des hommes librement. Oh.. Bien sur, lui avait été trop inquiet pour participer à ce rassemblement, et si méfiant qu'il avait refusé de suivre la moindre femme qui s'était approché de lui. Le blondin s'était alors infiltré dans la grande demeure de pierre – assez semblable à Al Alforf, quoique bien plus sombre – et y avait subtilisé un Oud.

Oud aujourd'hui brisé et qu'il n'avait pas eu le loisir d'emporter. Avec une seule main – et pas la bonne, en plus – il n'aurait pu l'emmener sans demander de l'aide ce qu'il se refusait à faire tant par défiance, orgueil (et même méfiance ; cette dernière était réellement omniprésente dans sa vision des femmes — associée à une colère sourde, et une crainte presque infinie) que par gêne. Il n'allait pas lui demander de l'aider plus encore que ce qu'elle avait déjà fait.
Il avait donc du laisser l'ensemble bien anorexique de ses possessions, lequel se résumait aujourd'hui à sa propre vie. Sans doute bien dérisoire aux yeux de beaucoup, mais il ne s'estimait à vrai dire pas dans le besoin. Il avait l'estomac vide, certes, mais il était libre. Libre, vivant, et propriétaire de cette vie. C'était déjà bien plus que ce qu'il n'avait jamais espérer pouvoir rêver.

Toutefois, il craignait à nouveau pour cette liberté chérie qu'il avait tant peiné à gagner. En un éclair lui revint le visage de la Sitųčol, et il manqua de défaillir à sa pensée. C'était si bref et si discret qu'elle ne remarqua rien, alors qu'elle l'emmenait jusqu'à un lieu qu'il n'aurait su définir, en lui tenant la main.
Il ouvrit grand les yeux, à mesure qu'ils pénétraient dans le village Cocorico tandis que les masures ne se teintaient d'une douce lueur orange et rouge. Umas s'en allait se coucher, et bientôt Falųme s'en irait prendre sa place. Le jeune garçon avait toujours préféré cette dernière. Elle était des deux soeurs la moins cruelle. La moins orgueilleuse aussi, mais pas la moins dangereuse pour autant. Il l'avait appris à ses dépends alors que l'on le punissait de sa première escapade. Toutefois, il avait aussi appris que là où la mer de sable prenait fin et où commençait cet océan vert-émeraude, les nuits étaient bien plus clémentes que par chez lui.

L'enfant du Désert restait ébahi devant cette construction pourtant aux yeux de tous si modeste. Mais il ne savait pas ce qu'était une maison, et tant de petites bâtisses de pierre le surprenait. Il avait l'habitude de Palais immenses, et de cages ridiculement minuscules et surpeuplé, mais jamais il n'aurait imaginé qu'il était possible d'habiter un endroit privé, là où lui même n'avait jamais été qu'une propriété privée dans un espace appartenant au Clan de Joleën-Yva, puis de la Sitųčol. A dire vrai, il ne l'imaginait toujours pas.

C'est pourquoi il se laissa guider sans mal jusqu'à l'une des baraques, où elle voulait l'emmener. Néanmoins, le garçon du Désert se braqua quand il lui fut donné de renifler l'odeur d'une nourriture qu'il ignorait — qui même si lui ouvrait sacrément l'appétit, indiquait sans conteste qu'il y avait de la vie par là.


"Nat.." Murmura-t-il d'une voix brisée par l'inquiétude et la peur. « Nat..! Nat ! » Reprit-il, plus fort, avec plus de fermeté dans la voix, en se débattant tant bien que mal. En aucun cas il n'entrerait dans ce qu'il avait compris être une habitation, en aucun cas. La dernière fois avait été claire : il avait du tuer pour en sortir, et quand bien même il ferait tout pour l'éviter il refusait de revivre la cavale qu'il avait eu, au loin, vers Va Garba.

D'un mouvement brusque résultant de l'inquiétude qui se lisant dans ses yeux, il tira son bras de la main de la jeune femme, prêt à partir dans le sens opposé comme une balle, avant que son poignet blessé ne percute (avant qu'elle ne puisse se retourner) la façade de briques rouges.
Si la porte ne s'était pas brusquement ouverte, il se serait plié en deux. Mais il parvint à se contenir, malgré les larmes de douleur, de peur et de tristesse qui perlaient au coin de ses yeux. Il ne voulait pas. Mais il ne devait en aucun cas se montrer faible devant ces dangers que formaient ses tortionnaires.

Tout recommençait : tout ce cycle infernal qu'il avait vécu pendant près de deux décennies redémarrait. Les « maîtres » qui parlaient cette langue étrangère entre eux sans qu'il ne puisse la comprendre, les souffrances, et tout le reste. Dans un geste désespéré, alors que la jeune femme était légèrement dans son dos, il rabattit sur son nez le chèche qu'il portait depuis sa fuite de l'ancienne demeure de la Sitųčol. Il ne tenait ni à ce que se voit cette marque qui trahissait tout ce qu'il était, ni à ce que ces gens puissent remarquer les larmes qui traçaient de nouveaux sillons sur ses joues.

Cheveux-de-Blé fut poussé à l'intérieur. Sa tenue ne laissait plus voir que ses yeux marrons teintés de reflets de sienne — des yeux d'esclave. Il n'avait pas été brutalisé physiquement, mais à la réalité, c'était tout comme. Le Peau-Brune entr'aperçu du coin de l'oeil cette grosse femme plantureuse qui préparait le repas pour ce petit homme qui les avait fait entrer. Qui était-il ? Il ne pouvait pas être un Sitųčol, ce rôle était exclusivement féminin, et le fait que cette femme soit occupée à la cuisine laissait planer le doute sur qui elle était. Puis, il se souvint. Il se souvint de cette autre femme derrière lui, et dès lors tout devint plus clair.

Elle l'avait volontairement fait tomber de l'arbre, pour l'emmener ici en trompant sa confiance. L'homme était un Kwotkaš, et la rousse était une soeur de moindre rang. Peut être une Sitųčol. Tout à fait logique qu'elle soit en cuisine : laisser cette tâche à un esclave pouvait s'avérer être mortel. A l'évidence, la blonde était la Latifa du Clan.
Il serra les dents, en proie à une rage à double tranchant, tant tournée contre lui même que contre cette fille qui l'avait piégé.

Il n'écoutait pas même ce qu'elle disait, quand elle le fit s'asseoir, s'obstinant simplement à donner l'image de ce que l'on voulait qu'il soit : docile, obéissant, inoffensif. Mais à la vérité, son regard s'était arrêté partout, sur chaque aspect, chaque aspérité, chaque objet compris dans cette demeure plus haute mais moins longue que les cages usuelles. Il n'y voyait pas la moindre chaîne, mais ne s'y fiait pas. Tout était si différent ici.

Elle s'en alla, et l'homme s'approcha de lui, passant une paire d'yeux transparents bien étranges devant les siens. Dès qu'il fut à porté, le garçon lui envoya son pied dans le ventre avec toutes les forces dont il disposait encore. L'homme se plia en deux, peinant à respirer, cherchant l'air. Cheveux-de-Blé s'arracha du tabouret, passant derrière. Il savait que sans sa main droite il ne serait pas des plus efficaces. Déjà, la Sitųčol se précipitait vers le vieillard. Le remords pinça le coeur du blond, alors qu'en tête lui revenait l'image de Vieux-Père. Il n'envoya pas moins son pied dans le tabouret, lequel vint frapper une nouvelle fois l'ancien, à la tête cette fois-ci, qui s'effondra. D'une plaie (bénigne mais impressionnante) s'enfuyait dans un spectacle carmin son sang.

Il s'élança, grimpant d'un bond sur la table ronde et de bois. La plantureuse rousse était accroupie auprès du Kwotkaš, et il fonça vers la cuisine, avant qu'elle ne se relève, vociférant des sons qu'il ne comprenait pas. Sur son visage, la colère s'était apposée comme un masque qui effraya sensiblement l'enfant de l'Ouest. Il savait ce qu'il coûtait de provoquer les maîtres ; et il savait qu'il ne le revivrait pas. De la main gauche, il empoigna une imposante lame de fer blanc – un hachoir – et le pointa sur la pauvre femme désarmée.

Elle hurla.

Dans un fracas assourdissant, le verre se brisa, et il se défenestrait protégeant du mieux qu'il pouvait son poignet blessé, hachoir toujours en main, ignorant aussi les nombreuses plaies qu'infligeaient les éclats sur ses bras nus en dessous du coude. Il roula sur le sol, laissant derrière lui une mégère en rogne et un doyen inconscient. Sans plus attendre, de peur que la grosse ne le rejoigne, il se mit à courir dans la petite ruelle, cherchant la sortie de ce ghetto, inquiet pour sa vie autant que pour sa liberté.


Songe Tristenuit


Inventaire

(vide)

Un avantage de se faire apprécier, c’est que les gens vous aident bien plus vite. Finalement, elle n’avait pas mis longtemps à finir ses emplettes. Le marchand de fruits avait accepté de lui rouvrir rapidement son étalage, bien content de pouvoir écouler ses invendus à bon prix, et pour finir elle avait même trouvé quelqu’un qui pouvait lui revendre un oud. Il était sans doute bien différent de celui du jeune homme, mais qu’il soit en état de marche était l’essentiel, et il ne lui semblait pas abimé.

Elle hâta le pas lorsqu’il se mit à pleuvoir. Sans doute les pommes ne souffriraient-elles pas de la pluie, quant à l’oud elle n’en savait rien, mais pour sa part elle ne souhaitait pas finir trempée. Elle avait rapidement trouvé ce qu’elle cherchait, mais elle avait dû pour ça s’éloigner à bonne distance de la maison du médecin. Elle osait espérer que l’inconnu l’avait bien comprise et attendue sagement. Non seulement elle préférait vérifier que le médecin avait correctement fait son travail avant de le payer et de laisser repartir le jeune homme, mais en plus de ça, elle aurait été contrariée d’avoir fait ces achats pour rien.

Elle s’apprêterait à traverser une petite rue au pas de course quand elle s’arrêta complètement. Ses yeux ne la trompaient pas, c’était bien lui qui était assis, adossé contre un mur, trempé, et encore plus blessé que lorsqu’elle l’avait abandonné entre les mains de l’homme supposé soigner sa blessure. Il avait l’air complètement apeuré. Elle s’approcha doucement et voulu l’appeler pour lui signaler sa présence.

« Euh … Toi ? »

Elle se rendit compte qu’à vrai dire elle ne savait toujours pas comment il s’appelait, et qu’elle ne savait donc pas comment l’appeler. Surtout qu’il ne comprenait même pas ce qu’elle disait. Elle ne pouvait toutefois s’empêcher de continuer, comme depuis qu’elle l’avait rencontré, à lui parler à haute voix.

« C’est … Le médecin t’a fait quelque chose ? »

Elle était en colère ! Même si elle la contenait pour ne pas l’effrayer plus. Elle avait pourtant du mal à imaginer que le médecin, tout réticent qu’il ait été, ait pu lui faire tant de mal volontairement. Il pouvait toutefois avoir agi de mauvaise grâce, ou avoir eu des gestes un peu brusques… Avait-il pris peur ? Qu’avait-il bien pu se passer ? Ce n’était sans doute pas l’étranger qui lui en ferait le récit, du moins elle ne le comprendrait pas. Elle devrait attendre de rencontrer de nouveau le médecin pour cela. Et la perspective ne l’enchantait guère !

Remarquant le hachoir dans ses mains, elle resta tout de même à bonne distance. Elle ne savait pas ce qu’on lui avait fait qui ait pu le mettre dans cet état, mais nul besoin de risquer de provoquer un animal blessé et apeuré. Or c’était ce à quoi il ressemblait le plus en l’instant. Pour la même raison, elle estima qu’il valait mieux tenter de le rassurer avec délicatesse.

« … Tiens, j’ai quelques petites choses pour toi. »

Elle posa à terre, face à lui, le sachet rempli de pommes, ainsi que l’oud qu’elle avait pu trouver, attendant de voir sa réaction avant de s’approcher plus. Elle aurait voulu jeter un coup d’œil à ses blessures. Finalement elle aurait aussi dû chercher du matériel de soin, il fallait vraiment tout faire par soi-même.


Lanre


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(vide)

Il avait couru aussi longtemps qu'il lui était possible de le faire, l'estomac vide depuis la veille, vers mi journée, avec un poignet brisé (il n'était suffisamment stupide pour ne pas l'avoir compris et savait que ce serait vraisemblablement le détail qui le tuerait), et l'autre griffé d'une sacré plaie, à l'évidence due au verres. A vue de nez... Environ trois pouce de long pour presque un de profondeur, et sans doute deux de large.

Il serra les dents, continuant sur quelques mètres, alors que l'eau tombait du ciel. Dans un contexte plus... Normal, (normal, sans doute, pour l'extrême majorité des Hyliens, ce contexte de fuite dans lequel il se trouvait était vraisemblablement quelque voyage extraordinaire. Pour lui aussi, sans doute, où la normalité s'était élevée au rang de l'obéissance, cette fuite perdait de son côté extraordinaire dans la mesure où c'était la troisième, mais sortait du cadre de la normalité.) il se serait arrêté pour contempler ce cadeau du ciel qu'il voyait pour la première fois. Mais il ne s'arrêta pas.

Il s'effondra.
Son faciès cogna lourdement contre les pavés trempés, tandis que son hachoir lui filait des mains. Dans un gémissement de douleur, il ferma les yeux. Une nouvelle fois son poignet le lançait alors que n'y fusait quelque souffrance impie qui lui arrachât d'autres râles sourd et pourtant presque silencieux. Dieu, qu'il avait mal..! Son genoux était aussi nouvelle cause de peine. Il avait trébuché contre un pavé sorti de son lit habituel et son genoux avait subitement fait connaissance avec la pierre du village de Cocorico.

Il se sentait gourd, il avait faim. Les larmes des cieux traversaient ses vêtements et le frigorifiait sur place. La fatigue et le désespoir le prenaient et il ne trouvait même plus la force de se relever. Tâchant de tenir son poignet fracturé (il sentait l'os presser contre sa peau, ses tissus et luttait pour ne pas hurler. La crainte le gagnait que son os ne le perce et sorte.) dirigé vers le ciel, il entreprit de ramper jusqu'au mur qui n'était plus qu'à quelques mètres.

Tant bien que mal, il parvint à progresser. Cinq mètres. Son bras gauche saignait abondamment, mais il attrapa et se cramponna à un pavé pour se tirer de près d'un mètre. Quatre mètres. Il souffla, épuisé, prêt à tout laisser tomber. Le froid léchait l'ensemble de son corps, alors que ses vêtements absorbaient l'eau qui enduisait ce sol froid. Un éclair zébra le ciel, il tressauta, craintif. Qu'était-ce donc que cela..? Falųme vengeait, à l'évidence, la Sitųčol. Il tremblait de peur, et peina à trouver point d'accroche, dans sa précipitation. Ses doigts griffèrent la pierre sans réussir à s'agripper. Trois mètres, et le froid semblait vouloir le clouer sur place. Craignant que la foudre ne tombe à nouveau, il tâcha de continuer plus vite, mais ne parvint qu'à se cogner le genoux.


"Dah.. Elkhala..!" Le juron était parti tout seul et il réalisa qu'il avait encore suffisamment d'énergie pour se plaindre. Son bras droit était inutilisable, le gauche laissait une traînée carmin sur déjà deux à trois mètres derrière lui, non content de teinter l'ensemble de ses vêtements. Deux mètres, nouveau râle. Il n'en pouvait plus, et ne comprenait pas pourquoi il n'avait pas été rattrapé, déjà.

Il parvint enfin à toucher le mur de sa main valide. Le ciel crachait sa haine à son égard, le poussant à se sentir si petit. Qu'avait-il fait, sinon vouloir vivre libre ? Il avait tué. Le visage de la Sitųčol lui revint une fois de plus en mémoire, alors qu'il sentait le goût de la bile se mélanger à celui du fer dans sa bouche. Puisant dans ses dernières forces, il se retourna, pour s'adosser contre la façade du bâtiment. Le sang lui emplissait la bouche. En chutant, il s'était sûrement ouvert la langue.
Il abaissa son chèche, et inclina sa tête sur le côté, pour cracher ce relent qui pourrissait derrière ses lèvres. L'envie le prit de vomir à nouveau, comme sur le lit de sa maîtresse, si cela l'aidait à expier ses crimes. Ses..? Son.

La pluie vint tacher sa gueule désormais nue, alors qu'une boue noirâtre maculait les pointes de ses cheveux, lui conférant un air misérable. Assoiffé, il se mit en quête d'eau de pluie à boire, releva la tête, et ouvrit grand la bouche, dans l'idée de se désaltérer, mais aussi de s'affranchir de ce goût atroce que celui de la mort.
Il cracha à nouveau, pour se purifier la bouche, avant de récupérer sa seule défense, désormais ébréchée, qui était par chance arrivée jusque là. Ses doigts se fermèrent aussi sévèrement qu'il était possible sur ce manche de bois trempé devenu glissant.

L'esclave sombra dans un sommeil sans rêve d'à peine quelques instants. Ce genre de nuits qu'il avait appris à maîtriser durant sa grande cavale : quelques minutes de repos, voir quelques secondes, pour pouvoir conserver la bonne direction. Il ne le savait pas, mais les marins en solitaires disposaient du même genre de techniques pour garder le cap ; un contrôle total sur son propre sommeil.
Ce n'est néanmoins pas parce qu'il l'avait décidé qu'il se réveilla. On le tira de ce lit improvisé et inondé. Quand bien même cela était doux, la paranoïa qui le frappait et il ne pouvait pas y voir autre chose qu'une agression.

C'était à croire qu'il n'aurait fait que reculer de toute la journée, mais à peine essaya-t-il à nouveau qu'il comprit que c'était vain : il manqua de se coltiner les pavés en guise d'oreiller une nouvelle fois.


".. Ho.. Horiza..!" gémit-il, de sa voix brisée, serrant plus fort encore le manche de bois, comme pour se rassurer. Peut être ferait-il peur à Va Latifa, mais il refusait de tuer à nouveau. Si vie devait se perdre, il périrait en homme libre.
Elle restait à distance raisonnable, mais sans avoir l'air réellement effrayée. Il ne savait pas si elle changeait de peau comme l'on disait que Joleën-Yva le faisait. Que ce sourire chaleureux qu'elle avait toujours était en fait un masque qui cachait un visage borgne à peau écailleuse, dont langues et cheveux étaient de minuscules petits serpents. Il avait appris à n'accorder aucun crédit aux expressions faciales.

Ses yeux bruns-rouge ne quittèrent pas le moindre instant, la moindre minuscule petite seconde cette jeune femme qui l'apaisait encore quelques heures auparavant. Que tout cela lui semblait loin, maintenant qu'il luttait pour sa vie ! Elle se baissa et posa à ses pieds un Oud, ainsi qu'un sac remplit de ce fruit qu'il avait découvert dans la matinée, et qu'il n'avait pas pu manger.
Son estomac se battait en duel avec sa méfiance, mais les pommes eurent raison de sa volonté. Posant lentement le hachoir sur sa gauche (la peste que ce poignet qu'il ne pouvait plus utiliser et qui l'obligeait à se défaire de son seul moyen de pression..!), il jeta son bras bien plus vite sur une pomme, tandis qu'en son sein grondait la famine d'avoir raté ses deux repas sur les deux derniers jours.

Il croqua dedans, affamé, et s'acharna sur la chair du fruit, tant pour ne pas rester longtemps en position de faiblesse (désarmé) que parce qu'il ne pouvait se retenir face à pareil présent. Il ne comprenait pas pourquoi elle faisait tout ça pour lui, alors qu'il venait de saigner son Clan.


"Haš ?" Fit-il entre deux bouchées, plus ferme qu'à l'accoutumé, quand bien même elle ne comprendrait pas. Sans qu'il en saisisse l'ampleur, un dialogue s'installait. « Haš das čol žų ra ? »


Songe Tristenuit


Inventaire

(vide)

Sen resta un instant immobile à attendre de voir la réaction du jeune homme. Il semblait en proie à un conflit intérieur, mais choisit finalement les pommes. Bon choix, puisqu’elle n’avait de toute façon pas l’intention de lui faire le moindre mal. Ce qu’elle aurait déjà largement eu l’occasion de faire. Elle regarda un instant le hachoir à terre, une bien belle arme, dangereuse en prime, mais jugea préférable de ne pas le ramasser. Quand bien même son intention était juste de l’éloigner de lui, son geste aurait pu être mal interprété.

Mais que craignait-il d’ailleurs ? Il lui avait jeté un regard si effrayé… Tous ceux qui la connaissait auraient pu l’attester, elle n’avait en rien l’air agressive. Du moins ceux qui auraient pu prétendre le contraire avaient toutes les raisons de se taire ou n’étaient plus en état de raconter grand-chose. Elle était une femme aussi, et, bien que moins vulnérable qu’elle n’en avait l’air, ce qu’il ne pouvait pas savoir, il gagnerait sans doute un duel de force brute. Elle ne se souvenait pas non plus avoir fait de geste brusque envers lui. Bon, bien sûr c’était sa faute s’il avait été blessé, mais elle ne risquait pas de recommencer, et n’aurait pu le prendre par surprise dès lors qu’il s’y attendait. Mais alors quoi ?

Elle s’agenouilla face à lui pour le regarder de plus près, ce qui lui permettrait aussi de jauger son état. Il semblait en tout cas bien affamé, occupé à dévorer ces pommes. Au moins le cadeau lui plaisait, elle ne les avait donc pas achetées pour rien. En l’observant elle remarqua alors un autre détail qui lui avait échappé jusque là, caché par le chèche du jeune homme. Une cicatrice peu discrète ornait sa joue, mais pas une cicatrice comme aurait pu en produire une lame, non. On aurait dit ces marques réalisées au fer et utilisées par les fermiers pour marquer leur bétail. Alors elle comprit. Elle n’avait pas une très grande connaissance du désert, et s’y était rarement aventurée. Elle n’avait que de vagues échos, mais elle avait entendu parler de l’esclavage à l’Ouest, et des traitements inhumains qui s’y pratiquaient dans certaines tribus. Bien sûr, les faits étaient éloignés, et elle n’avait pas vérifié sur place, elle avait pu entendre des récits quelques peu exagérés, mais maintenant qu’elle voyait ce jeune homme… Il fallait qu’il ait eu une dure vie pour être si vite poussé dans ses retranchements. Une vie qu’elle n’aurait sans doute jamais supportée, si attachée qu’elle était à sa liberté.

Maintenant qu’elle y pensait … Les tribus de l’Ouest en question étaient principalement composées de femmes, et c’était bien le symbole arboré par les Gerudos qui décorait sa joue. C’était donc principalement des femmes qui avaient été à l’origine de son calvaire. Elle ignorait ce qui l’avait terrifié chez le médecin – peut-être sa femme – mais elle comprit qu’il était peut-être méfiant tout particulièrement à son égard. Sans doute n’avait-il pas tort, elle n’aurait pas pu prétendre être digne d’une quelconque confiance, mais pour une fois qu’elle n’avait pas eu la moindre mauvaise intention en tête elle se sentit déçue.

Elle ne pouvait toutefois pas l’abandonner ainsi avec ses blessures, du moins souhaitait-elle finir ce qu’elle avait commencé. Elle allait encore tenter une approche, cependant si elle échouait une nouvelle fois, elle finirait par se rendre à l’évidence et essaierait de trouver un homme pour le prendre en charge, tout en mentionnant cette fois quelques détails importants pour éviter tout… malentendu avec l’étranger.

Alors qu’elle se demandait comment tenter de l’aborder, il lui posa une question entre deux bouchées. Comme d’habitude elle ne comprit pas ce qu’il disait. Elle pouvait seulement saisir au ton qu’il employait qu’il s’agissait d’une question. Elle leva les mains en signe d’impuissance.

« Je ne sais pas… Je ne comprends pas ce que tu me demandes… Tout comme tu ne comprends pas ce que je réponds en fait… »

Comment lui faire comprendre qu’elle ne lui voulait aucun mal ? Qu’elle ne souhaitait pas lui faire subir ce qu’il avait subit par le passé, et qu’il n’avait rien à craindre d’elle ? Elle écarta une fois de plus les bras. Que lui fallait-il de plus pour voir qu’elle était désarmée ? Certes pas tout à fait désarmée, mais il n’en savait rien et c’était le message qui comptait. Elle pointa un doigt vers elle.

« Je m’appelle Sen. Sen. »

Elle avait insisté sur le doigt pointé vers elle en répétant son nom. Elle le pointa ensuite vers lui, sans geste brusque, avec un regard interrogatif. Elle ne souhaitait pas poser de question, elle avait peur qu’il prenne le mot « Toi ? » comme un nom qu’elle lui attribuait. Même si elle ignorait les détails, elle se doutait que les esclavagistes devaient se soucier peu de connaître son propre nom, aussi souhait-elle qu’il comprenne qu’elle voulait le sien, non lui en imposer un, et que les présentations lui prouvent au moins en partie sa bonne volonté à son égard.


Lanre


Inventaire

(vide)

Il avait froid. Vraiment froid. Et si ses dents arrachaient sans discontinu la chair du fruit c'est parce qu'il crevait aussi de faim. La pomme lui apportait une force bien peu suffisante pour lui permettre de tenir beaucoup plus longtemps, dans ce froid là. Il lui semblait que les larmes des cieux en venaient à le glacer jusqu'au os. Sans qu'il ne le réalise lui même, sa respiration se fit plus bruyante, et surtout moins efficace. Il peinait sans le remarquer. Trop de choses à penser, tandis que le froid, la faim et la fatigue compressaient insidieusement sa cage thoracique. Oh.. Il le remarquerait. Mais trop tard, vraisemblablement.

Un nouvel éclair tonna, déchirant les cieux déjà noirs, et il fut pris de frissons, tant de peur (cela l'effrayait réellement), que de froid. Sa respiration se fit halètement et sifflement. Les tremblements devinrent plus insistant, tandis que sa vue se brouillait légèrement.

Il s'évertua à rester éveiller. La traînée vermeille qu'il avait laissé sur les cinq derniers mètres laissaient comprendre sans peine la raison de cet affaiblissement. Il était fragilisé tant par ce poignet brisé que par cette lourde entaille qui barrait son bras valide, et avait laissé fuir son sang en quantité suffisante pour qu'il ne parviennent qu'à lutter pour ne pas sombrer dans les affres d'un sommeil brumeux.

Son front lui faisait mal, il avait l'impression que le carcan faisait son grand retours, mais qu'au lieu d'y avoir emprisonner sa gorge, les cercles de fers s'étaient administré son crâne comme domicile.
Elle écarta les mains, et reprit la parole sans qu'il ne comprenne le moindre traître mot, et pourtant, il tacha de s'agripper à cette voix pour rester conscient, fut-elle dangereuse. Il devait rester éveiller pour pouvoir courir. Courir le réchaufferait en plus. Sa main libre se posa sur la façade de grès, et trempée de sang comme elle était, il s'effondra quand il tacha de se relever. La douleur fut violente, sa tête, son genoux et ses deux bras le lançaient injustement.


"Ohan..." Cracha-t-il avec un glaire aussi carmin que le reste. En chutant, il s'était profondément mordu la langue. « E'ohan.. » murmura-t-il à nouveau. Il avait cru comprendre que la jeune femme s'appelait Sen, mais il n'en était pas sûr. Dieux, qu'il avait froid..


Songe Tristenuit


Inventaire

(vide)

Le jeune homme semblait l’avoir écoutée attentivement tout du long, quand bien même il ne la comprenait pas. Et elle pensa un instant qu’il allait répondre à son invitation à faire les présentations. Mais lorsqu’il ouvrit la bouche, ce fut pour prononcer un mot avant de s’effondrer.

« Ohan .. ? C’est ton nom … ? »

Elle avait comme un doute à ce sujet. Sans doute du fait qu’il venait de cracher du sang et de s’écrouler. Il n’avait pas non plus pris la peine, comme elle, de se désigner en prononçant le mot. Il fallait avouer qu’il avait déjà assez de mal à se tenir droit pour ne pas en plus accompagner de gestes ses paroles. Il finit par s’évanouir face à elle. C’était compréhensible en un sens, il avait beau avoir pu se nourrir, il devait toujours être épuisé, et il était assez gravement blessé. Ça n’était pas un mal non plus. En fait, à présent elle allait pouvoir s’occuper de lui tranquillement. Elle ne savait toujours pas s’il aurait daigné lui faire confiance sans ça, et ainsi au moins il se tiendrait calme et ne se méprendrait pas sur ses intentions qui pour une fois étaient louables.

Elle n’eut pas grand mal en réalité à soulever le jeune homme, et éprouva de la peine pour lui. Il avait dû être sous-alimenté depuis si longtemps qu’il était facile à transporter. C’était toutefois raté si elle comptait sur la discrétion. Elle était soulagée que peu de gens traînent dehors à cette heure, mais il en serait tout autre à l’auberge où elle comptait louer une chambre, puisqu’il était trop tard pour rentrer chez elle à la place du marché. La difficulté fut de le prendre assez délicatement pour ne pas aggraver ses blessures. Une fois une position correcte trouvée, elle alla jusqu’à l’auberge avec le jeune homme dans les bras. Ignorant les regards posés sur elle, elle réserva une chambre, non sans demander qu’on lui apporte aussi tout ce qu’il était possible en matière de soin, ainsi qu’une carafe d’eau.

Une fois arrivée dans la chambre, elle l’étendit sur le lit et attendit qu’on apporte ce qu’elle avait demandé. Une fois en possession du nécessaire, elle s’occupa des soins du mieux qu’elle put. Lorsqu’elle estima ne pouvoir en faire plus, elle décida qu’elle avait bien mérité un petit somme elle aussi. Elle ferma la porte, mais laissa la clef bien en vue sur la table, juste à côté de la carafe d’eau et des pommes restantes qu’elle avait aussi emportées. Le hachoir par contre était resté dans la ruelle, elle préférait qu’il ne dorme pas avec ça à côté d’elle. Cela fait, les offrandes et la clef bien en vues, elle s’allongea à côté de lui pour s’endormir. Soit elle avait dormi d’un sommeil de plomb après les émotions de la journée – ce qui était plus inquiétant – soit il s’était montré assez discret, mais lorsqu’elle se réveilla le matin il était parti, tout comme les provisions. Elle se demanda un instant comment il allait se débrouiller, mais elle se reprit, dorénavant ce n’était plus son problème, il était temps qu’elle passe à autre chose.


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