« De fresques et d'orage »

RP libre ! Suite "immédiate" (temps de trajet à prendre en compte) du RP en cours à Cocorico, avec Sheik, Ruto et PdN.

début du printemps - Ce jour-là... (voir la timeline)

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Sous l'étoffe de cuir dormait le fer noir. La pluie frappait les carreaux avec une fureur d'Hiver qu'on lui connaissait rarement, à cette période de l'année. Elle s'écrasait contre la pierre, contre le bois, contre le fer, sans remords et sans tristesse. Martelait la chair des quelques idiots restés dehors. Ceux-là même qui, sur les faubourgs commerciaux de la Citadelle, se hâtaient de rassembler l'ensemble des babioles qu'ils n'avaient su vendre. Derrière le torrent que crachaient les cieux et derrière les nuages s'élevait une lune, d'un blanc d'argent. Un astre anonyme, masqué, tantôt déchiré par l'un de ces coups de tonnerre qui zébrait le ciel. Il poussa un profond soupir, s'approchant un peu plus de la porte. Ses doigts en caressaient presque les lourds battants. De l'intérieur s'élevait un long psaume, rythmé de temps à autre par le bourdon et le carillon. Le déluge, à l'inverse des cloches, ne tintait pas clair. La pluie masquait tout, voix ou visage ; joie ou peine. Elle était comme le garrot qui étouffait les sons et tuait la vie. Ses doigts quittèrent les ornements qui décoraient le noyer et partirent à la recherche d'un capuchon, à rabattre sur son crâne. Dans son dos, d'autres fuyaient également les larmes des Trois. Un enfant courrait et criait tant après le crachin qu'après son père et l'homme qui l'accompagnait depuis le levé du jour tentait de lui enfiler une bure. L'orage les avala bientôt et, comme le reste, ils devinrent inaudible. L'espace d'un instant, il lui avait semblé que la vie reprenait, avant que la tempête n'en arrache les pousses. Une fois de plus.

Le vent soufflait dans les arbres, brutal. Parfois, une brise venait chanter aux feuilles sa mélodie, parfois une bourrasque brisait quelques branches. Les quelques chênes, les peupliers et les hêtres qui entouraient la Cathédrale se pliaient en deux, fauchés par la rafale. Il releva les yeux vers la lune, qu'il n'apercevait déjà plus. D'épaisses nuées noires en barraient la lumière. Il réajusta le chaperon sur son visage, occultant plus encore la gueule-cassée qui lui servait de faciès. Ses doigts effleurèrent une dernière fois le vieux bois et l'alliage noirci par les âges, comme une dernière hésitation à pousser les portes d'un Temple qui semblait l'appeler à lui. Sa paume épousa l'une des gravures miniatures, voilée par le temps, avant de s'en séparer sans un bruit. L'eau inondait sa gueule plus qu'avant encore. Le carillon bourdonna, fort, mais pas assez pour percer le carcan qu'imposait la pluie. Il se retourna, contemplant les marches de pierre défoncées qui le mèneraient jusqu'aux bas-quartier de la Citadelle et ensuite, jusqu'aux fortifications de la Ville-Close. Il renifla, sans un mot, puis passa la main sous son nez. Le froid l'assaillait avec d'autant plus de force qu'il était trempé ; mordu par la care, qui ne parvenait pas à le convaincre. Ramenant tant bien que mal les pans du chaperon sur son corps meurtri, l'Hylien resta un instant à contempler la ville inondée, du haut de la petite colline que surplombait la maison des Déesse. Une nouvelle fois, le carillon sonna, avant d'être violemment foudroyé par le tonnerre. Lentement mais sûrement, non sans cesser de ramener systématiquement le tissu de bure vers son torse et sur ses épaules, il entama la descente. Les dalles de pierre luisaient, grisonnante, sous le talon de ses bottes de cuir bouilli.

"Allons, mon enfant ?!" Tonna une voix, âgée mais encore forte. Inconsciemment, naturellement même, l'Enfant-des-Bois se retourna. « Venez dont vous mettre à l'abris. La pluie et les remords n'amènent rien de bon. » Lâcha le sacerdoce, son sac de toile à la main. Le visage du prêtre dévoré par une épaisse barbe et marqué par les rides lui semblait familier, sans qu'il ne puisse pour autant mettre un nom dessus. « Entrez ! Suivez-moi. Les frères sont en train de communier, mais la Demeure Intemporelle est ouverte à tous. » Poursuivit-il, sortant de l'embrasure de la lourde porte et en déposant le sac de grain à l'attention de petits rongeurs et d'oiseaux qui parvenaient à faire le chemin jusqu'au Temple. « Allez ! Venez ! » Insista-t-il ensuite, accompagnant son propos d'un geste de la main, en réalisant que l'inconnu n'avait pas esquissé le moindre mouvement. Son dos courbé par la pluie et par le temps, il entreprit ensuite de se glisser à nouveau à l'intérieur. « Foutu temps, hein ? » Lâcha-t-il maladroitement, une fois à l'intérieur, à l'égard du jeune homme qui avait fini par le suivre. Le vieillard sentait son hésitation et tentait tant bien que mal de détendre l'atmosphère. « Pour sûr. » Souffla l'Hylien, davantage par politesse que pour répondre quoique ce soit. Ses yeux avaient d'ores et déjà quitté le prêtre, comme attirés par la nef et le reste de la chapelle. Il lui semblait que sa dernière visite au Temple du Temps remontait... à des années.

"Je sais que la Cathédrale fait un peu vide..." Tenta le vieil homme, retirant la bure qu'il avait enfilé par dessus sa robe d'office, déjà ruisselante. « Mais, je dois l'avouer, les offices et les visiteurs se font rares à cette heure de la nuit. Peut-être puis-je vous apporter quelque chose ? » Le regard de l'Hylien, perdu dans les vitraux ternis par la bruine, le brouillard et la nuit, revint sur l'ecclésiaste après une longue seconde d'inattention. « P... — Pardon ? » La surprise dut se lire sur son visage autant que dans sa voix, tirant un sourire bienveillant à l'homme de foi. « Commençons par un verre de vin chaud. Je reviens. »

Le Sans-Lignage hocha la tête, avant de laisser glisser le chaperon de son front, dévoilant une tignasse d'un blond cendré — assombrie par la crasse, la poussière et la boue qu'il avait rencontré sur la route. Réajustant machinalement son bonnet, Link ôta complètement le chaperon de bure, plus humide qu'une peau de Zora. Le son de la pluie continuait à masquer presque tous les autres, même à l'intérieur. Et s'il entendait bien les chants de quelques uns de frères, enfermés plus loin dans les profondeurs d'un Temple qu'il n'avait vu que très partiellement, la tempête persistait à vouloir les étouffer. Ses pas résonnèrent néanmoins dans l'arche, tandis qu'il se rapprochait doucement d'une des fresques de vitraux. La même que celle qui avait, à l'origine, su retenir son attention. Une jeune femme se penchait sur une silhouette qu'il ne pouvait distinguer, volontairement laissée hors-champ. De son visage infléchi, courbé, émanait une profonde tristesse et sur ses joues livides, la pluie semblait dessiner des pleurs bien réels que ses longs cheveux blonds ne pouvaient camoufler. La robe blanche qui l'enveloppait à la manière d'une toge, d'un châle mais aussi d'un linceul, se teintait progressivement d'un rouge de plus en plus sombre — presque bordeaux. Ses doigts se refermèrent un peu plus sur le tissu de bure du chaperon, qu'il tenait à bout de bras, légèrement sous sa hanche. Plus l'oeil descendait, suivant le regard de la demoiselle, plus le vitrail s'ombrait, tirant vers des couleurs tristes et noir. Comme si l'enfant s'agenouillait dans une mare de sang.


Flora Del Carmen


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La pluie se faisait neige quand elle tombait a proximité d'elle. La mage était entourée de flocons dansants, comme une figurine prisonnière de sa boule de cristal. A la seule différence c'est que le sujet de porcelaine, en général, en plus d'avoir des traits avenant, éclairait son visage d'un sourire charmant. Car nul sourire n'ornait le visage de Snow. L'expatriée marchait d'un pas vif, la bouche plissée sur une moue dégoûtée. Heureusement pour elle, que sous ses pas, l'eau se faisait glace, lui permettant ainsi de se protéger des immondices courant les rues.

Les passants l'évitaient, faisaient un détour en la croisant. Il se murmurait de drôles de choses sur cette inconnue a la peau froide. Superstitions que tout ça, bien sur.
Snow renifla de mépris et orienta ses pas vers le temple du Temps. Non pas qu'elle avait un besoin quelconque de se recueillir mais elle souhaitait faire un pied de nez a ce Temps que ces Hyliens adoraient tant. Lui montrer qu'il n'avait aucune prise sur elle. Blasphémer de sa simple présence dans un lieu de culte dont elle se moquait.

Ses pieds chaussés de bottes de fourrure foulèrent l'herbe du Temple, laissant dans son sillage un chemin de givre. Les enfants et les jeunes moines en apprentissage restaient bouche bée devant le phénomène levant un regard presque admiratif sur la forme sombre, qui disparaissait dans la pénombre de l'orage. Snow ne prêtait guère attention a eux. Pour elle il ne s'agissait que de morpions, ceux sur lesquels on marche sans s'en apercevoir.
Elle monta les marches du Temple, se glissa en son sein.
Diantre quelle obscurité! Secouant la neige de ses vêtements et de ses cheveux -restons discret, c'est pas le moment de brûler vive! Snow fronça les sourcils. Elle manqua de peu de bousculer deux hommes, alors qu'elle marchait, nez en l'air. Il faut dire que l'architecture Hylienne ça en jette. Faut au moins leur laisser ca. Même si ça vaut pas un palais de glaces.

La jeune femme reporta ses yeux sur le duo qu'elle avait faillit percuter. Un vieux et un jeune. Le jeune semblait rêveur et pas tout a fait a l'aise. Faut dire qu’harnaché comme il était, il détonnait un peu dans ce monde zen. Tellement zen que si elle avait la possibilité de bouillir d'impatience l'Hivernale se serait mise a fumer des oreilles. Le gosse regarda son aïeul comme un simplet. Rien que ça, ça donna a Snow l'envie de le prendre par le col et de le secouer, histoire de lui remettre les idées en place. Sauf que ca lui aurait gelé la peau. Et pas sure que sa fiancée soit contente de récupérer un glaçon.

"Tsss ca lui donnerais du travail dans la couche ce soir, et je suis sure qu'avec ce joli minois elle dirait pas non, la garce." Murmura la magicienne en suivant le regard du Héros. Elle haussa un sourcil. "T'es vraiment torturé mon gars. Tu sort de quel trou a rat?" ne put s’empêcher de s'exclamer la blonde, d'un ton surpris.

Raté pour la discrétion et le pied de nez aux divinités. D'autant plus qu'avec le grand volume vide, la voix de Snow résonnait encore et encore sur les murs et les vitraux.


Songe Tristenuit


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Lorsque vous avez participé à une attaque telle que celle qui a frappé une fois encore le Village Cocorico, vous avez tout intérêt à rester discret. Songe en avait bien conscience, et même si rien ne permettait de l'accuser, elle préférait devenir invisible quelques temps.
Son magasin fermé, elle passa en revue les refuges possibles. Le désert ? Elle craignait d'affronter ceux qu'elle avait délaissés, et de toute façon ce sable aride à perte de vue ne lui avait jamais plu. En plus, c'était trop loin pour les plans qu'elle échafaudait. Elle connaissait assez peu le reste du royaume, faute d'avoir suffisamment voyagé, et la perspective de tourner en rond plusieurs jours dans la plaine avant de trouver un lieu accueillant ne l'enchantait pas.
Il restait une solution : on lui avait parlé d'un endroit calme et ouvert à tous, à la fois proche et coupé de l'agitation de la place du marché, le Temple du Temps.


Sa relation vis-à-vis de la religion avait toujours été plutôt tendue. Comment croire à un créateur - ou une créatrice - avec toutes les horreurs qu'elle avait pu créer ou voir dans sa vie ? Si elle-même pouvait plier la nature à sa volonté, en quoi était-ce si exceptionnel ? Sans compter que les croyances voyaient souvent les gens comme elle d'un mauvais oeil, et elle avait donc tout naturellement appris à éviter les lieux de culte.

Elle choisit pourtant de mettre de côté ses réticences, il lui suffirait de se tenir tranquille pour ne pas avoir de problèmes. L'endroit était une aubaine, il aurait été bête de la laisser passer pour des questions de philosophie ou de choix de vie. En plus, ce bâtiment impressionnant visible depuis les ruelles du bourg éveillait sa curiosité depuis quelques temps déjà.
Elle s'y rendit donc et fut accueillie par un prêtre souriant. Voilà qui confirmait ce qu'elle avait entendu dire. Pourtant quand l'homme l'invita à rester aussi longtemps qu'elle le voudrait et en aurait besoin, elle franchit le seuil et fut saisie d'une irrépressible envie de lui tourner le dos et de s'enfuir en courant. Elle jeta un regard soupçonneux au religieux, certaine qu'il lui lançait un sort, mais il la regardait toujours de cet air purement bienveillant. Elle mit donc l'épisode sur le coup de la nervosité et rentra après l'avoir très rapidement remercié, mettant de côté ses émotions. Qu'il n'esquisse aucun geste pour la repousser fini de la convaincre de son innocence.


Afin de s'occuper l'esprit, elle s'était mise à faire le tour des lieux. Le temple était immense, et son architecture assez travaillée pour qu'elle trouve régulièrement de nouveaux détails en s'arrêtant devant les vitraux et les décorations qui ornaient les murs. Vint toutefois un moment où il lui sembla avoir fait le tour des sujets d'émerveillement qui parsemaient l'endroit. Le sentiment refit alors surface : elle avait l'impression d'étouffer, que tout ici était hostile pour elle. Elle se força pourtant à rester et à aller s'asseoir dans un coin. Le séjour s'annonçait peu plaisant. Elle avait déjà entendu des histoires de ce genre, et elle était persuadée que cet endroit ne voulait pas d'elle. Même si elle ne croyait absolument pas à ces billevesées concernant trois Déesses qui auraient jadis créé la Terre d'Hyrule, elle était persuadée de l'existence de la magie sous diverses formes. Ainsi, elle estimait que des prêtres gorgés de foi et convaincus du pouvoir de leurs Déesses et de leurs lieux Saints pouvaient tout à fait avoir tout autant d'influence qu'un puissant sortilège pour repousser le Mal. Le Mal, c'était donc ce qu'elle était devenue ? Songe se demanda un instant si elle serait un jour incapable de franchir le seuil de ce temple. Pour l'instant, le malaise créé était désagréable mais gérable.

Elle fut tirée de son inquiétude par une femme qui élevait la voix. Dans le silence religieux qui imprégnait le Sanctuaire, c'était vite remarquable. Ce n'était clairement pas ses oignons, mais tout l'intérêt de se trouver là serait gâché si quelqu'un venait provoquer les prêtres et les pousser à appeler la garde. Elle alla donc voir ce qui se passait, pour découvrir une femme en train d'apostropher un jeune homme qui semblait avoir été guidé là par un prêtre. Le jeune homme lui était inconnu de vue, en revanche, lorsqu'elle huma l'air, il lui parut plus familier. Elle se souvint alors de la venue inopinée de Swann chez elle un soir, pour lui demander un enchantement avec le sang du Héros. Il avait la même odeur. Elle ignorait ce qu'il était advenu du miroir et ce qui avait pu être tenté, mais de toute évidence la cible se portait bien et se trouvait face à elle. Et si aucune magie n’émanait de lui, elle débordait de la femme qui s'adressait à lui. Une magie élémentaire, puissante mais indisciplinée, sans mérite à ses yeux, qu'elle n'avait jamais beaucoup apprécié.

"Du calme, n'allez pas vous faire mettre dehors par un temps pareil."

Songe avait parlé d'une voix posée et mesurée pour donner l'exemple, un petit sourire affiché sur les lèvres. Au delà de sa volonté de tenir les ennuis à distance, elle accueillait volontiers un peu de compagnie. Elle avait un peu évité les prêtres depuis son arrivée, pourtant s'occuper l'esprit n'était pas de refus.
Elle n'attendit pas que le jeune homme réponde pour ajouter un commentaire.


"Ça se voit bien qu'il débarque de nulle part et sans le sou en plus. J'aurais pourtant cru le pouvoir en place plus reconnaissant et généreux."

Elle n'en dit pas plus. Elle ne répondait pas à la question à sa place, mais elle ne cachait pas non plus savoir qui il était. En outre, sa remarque n'en était pas moins sincère. Elle s'était imaginée le héros tant évoqué un peu plus... Resplendissant ? Nanti ? Sans doute un peu des deux...


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Sa main gauche rejoint la droite, non pas pour prier. Le vieux cuir bouilli, qui sous l'étoffe de bure  habillait ses poignets, grinça doucement tandis que l'Hylien faisait craquer quelques uns de ses doigts, sans quitter le vitrail des yeux. Un étrange sentiment  – de ceux qu'il n'aurait su décrire – l'envahissait, à mesure qu'il ne contemplait l'icône. Cette femme blonde, aux pleurs de sang, lui évoquait trop pour qu'il se contente de s'éloigner et de quitter les lieux comme si de rien n'était. D'elle, il ignorait tout — jusqu'à son nom, ou la couleur de ses iris masqués par deux suaires de chair. Pourtant, et sans qu'il ne l'explique, il se sentait plus proche d'elle que de bien des âmes. « Suspends les épées et suspends les flèches, Permets qu'ils connaissent un jour meilleur — », murmura-t-il si bas que lui même peinait à s'entendre. La pluie qui battait aussi bien les carreaux de verre que la pierre eu tôt fait d'avaler les quelques mots – tirés d'une bien vieille chanson, dont il ne parvenait pas à se souvenir – qui lui étaient venus, naturellement. En son for intérieur, il savait qu'ils avaient à voir avec la tristesse de la jeune femme, dépeinte sur la verrière et qui faisait tout l'objet de l'oeuvre. Mais cela ; même cela, demeurait bien trop flou et bien trop fermé à son coeur pour qu'il ne puisse le comprendre. Fermant les yeux, sans vraiment savoir ce qu'il attendait, ni à quelles questions il souhaitait des réponses, l'Enfant-des-Bois cessa finalement de craquer convulsivement chacune de ses articulations. Son regard se porta, plus tard, sur le mur qui se dressait derrière le Maître-Autel de la Nef. Rien ne laissait deviner la porte qu'il cachait et s'il ne portait pas dans le dos l’Épée de Légende, lui même aurait pu douter de ce qu'il avait vu, jadis. De ce qui avait été. De ce qu'il avait accompli. S'il restait difficile de ne pas voir ce qu'il lui fallait encore faire, à lui comme aux autres, les traces du passé dans lequel il s'était battu ; dans lequel la vie avait manqué de le quitter si souvent, où la faim, la fatigue, le froid et l'angoisse lui rongeait les sangs au quotidien... Tout cela semblait si dispersé aujourd'hui. Si rare. Et il lui devenait difficile de savoir à qui se fier.

Non pas qu'il ne souffrait plus du givre, du sommeil, de la disette. Son dernier véritable repas remontait déjà à plus de deux jours et demi. Ces éléments-là demeureraient ceux de sa vie tout aussi longtemps qu'il vivrait, apparemment. Non, le problème – et toutes les interrogations qui en découlaient – venait d'ailleurs. Un ailleurs qu'il ne savait isoler et qui semblait le traîner jusque dans un Haut-Lieu qu'il évitait pourtant consciencieusement depuis plus de deux ans désormais. Il connaissait le Temple du Temps. D'une certaine façon, mieux que personne. Ses murs de grès, ses rosaces et ses murmures ne lui avaient pas toujours paru si froid. Ses grands piliers et les imposantes statues qu'ils accueillaient ne lui semblaient, jadis, pas si inquisiteurs. Les regards des petits démons, chassés par d'anciennes et illustres guerrières, n'avaient pas toujours été moqueurs. Fronçant les sourcils et reportant le regard sur le chemin qu'avait emprunté le Clerc, comme tenté de le suivre, le blond passa la main sous son nez en reniflant.

Une voix s'éleva, à la fois forte et cassée. Elle avait un air cassant similaire à la glace, lorsqu'on la ponce contre la roche. D'instinct, la main du Faux-Kokiri glissa jusqu'à la petite gaine de cuir qui maintenait sa lame de chasse à sa hanche. Sans doute la bure, qu'il avait encore sur les bras, masquait-elle son geste. D'un regard, il détailla l'inconnue, avant que ses doigts ne quittent son arme. Il était quelques lieux où il préférait ne pas tirer l'acier, sauf à y être forcé et la Cathédrale en avait toujours fait partie. Pestant intérieurement contre cet excès de prudence – et d'agressivité –, il tâcha de se détendre, mais ne pipa mot. Dardant la jeune femme d'un regard austère, il prit le parti de ne pas répondre à ses interrogations. D'une part parce qu'elle ne lui inspirait pas confiance ; du haut des vingt-cinq ans qu'il lui donnait volontiers, tout en sentant que quelque chose chez elle n'avait rien de naturel. De nouvelles questions, sans réponses... Et d'autre part parce que, depuis son plus jeune âge, l'anonymat lui était toujours allé comme un gant. Devant rien ni personne n'estimait-il devoir se présenter ou faire état de ses intentions. Somme toute, c'était là une faveur qu'il accordait quand bon lui semblait, pas un privilège que d'aucun pouvait mander à volonté. Une nouvelle voix vint répondre à la première, plus légère et presque narquoise. Sans discerner les lèvres de la jeune femme, le Héros déchu pouvait pourtant imaginer le petit sourire qui les brisait sans mal. Elle avait le cheveux d'un blanc qui ressemblait tantôt à la neige, tantôt au marbre moucheté. Drapée dans une tenue qui n'était pas sans rappeler celle du Cygne Noir, avec tout juste plus de couleurs pour demeurer un tant soit peu plus lumineuse (dans des teintes beige et bleu foncé), elle ne lui inspirait guère plus confiance que la première des deux femmes... En vérité, rien n'avait su lui inspirer confiance dans les dernières heures.

Détournant le regard, comme pour mieux les ignorer, Link passa sur sa joue son poing fermé. Son index vint essuyer les quelques gouttes de pluies qui couraient encore le long des cinq cicatrices qu'il avait conservé de son dernier affrontement contre le lieutenant de Ganondorf. Secouant ensuite sa main, il observa le reflet du vitrail briller l'espace d'une seconde sur les perles d'eau. « Qui je suis, d'où je viens et où je vais ne regardent que moi. » Siffla-t-il ensuite, sans doute plus sèchement que les jeunes femmes n'avaient du s'y attendre. Le givre remonta à la rencontre des yeux verts de celle qu'il ignorait être une sorcière. Plus qu'austère, son regard se faisait maintenant sévère, presque menaçant. Qui qu'elle fut et quoiqu'elle lui veuille, il n'appréciait que peu les critiques à l'encontre de la Princesse. Pas plus qu'il n'aimait cette impression qu'elle lui laissait — le sentiment qu'elle en savait plus à son égard qu'il n'en savait au sien. Ça n'était pas si rare et c'était loin d'être quelque chose qu'il pouvait éviter. Devenir sentiment  – même contre son gré – le héros du peuple impliquait avoir plus de visibilité qu'une bonne partie du reste des mortels. C'était l'un des fardeaux dont il peinait toujours à s’accommoder.

Le Bourdon carillonna brusquement, secouant les vitraux et ébranlant les murs. Un peu de poussière semblait se soulever du sol, tandis que de la voûte – qui, çà et là, portait encore les marques de brûlures liées aux combats qui s'y étaient déroulés – chutait doucement de petits nuages scintillant à la lueur des chandelles et des mosaïques de verre. Les murmures se firent plus fort et la cloche recommença, frappant deux autres coups ; à intervalle régulier. Peu à peu, une procession de clercs, tous emmitouflés dans d'imposantes bures noire, capuchon pointu et rabattu sur le crâne, envahi la Nef, quittant le Sanctuaire. Chacun des frères pris le temps d'éteindre l'un des cierges qui brûlaient en l'honneur d'il ne savait trop quoi, avant de rejoindre la file, guidée par un prêtre qui jouait de l'encens et psalmodiait dans la langue de l'ancien Hyrule. Le Fils-de-Personne sentit les cheveux sur sa nuque se dresser, comme électrisés, tandis qu'inconsciemment, son poing se fermait jusqu'à faire chanter le cuir ; grincer ses jointures et pâlir ses doigts. Son regard retourna brièvement à la femme-dans-le-verre, mais sans lumière elle semblait avoir disparu. Doucement mais sûrement, la procession s'éloigna, gagnant l'opposé du Temple, passant entre la Porte du Temps et le Maître-Autel. « Enfants, » siffla le sacerdoce qui l'avait déjà accueilli auparavant, s'approchant d'eux. Dans ses mains, quatre coupes de vin chaud. « L'abbatiale est ouverte jusqu'à l'aube. Si vous peinez à voyager jusqu'au bout de la nuit, soyez les bienvenus. Nous accueillons tous les exilés et tous les reclus. » Termina-t-il, avant d'offrir à chacun l'une des coupes qu'il transportait.


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Peu à peu, les hommes de foi s'éloignèrent. La procession regagnait les étages supérieurs – à moins qu'il ne s'agisse des étages inférieurs – de la Cathédrale. Soudainement, alors que les moines traversaient la nef comme autant de saumons qui remontent l'un des affluents de la rivière Zora, il fut pris par cette même curiosité qu'il avait éprouvé à bien des reprises. Celle-là même qui l'avait poussé à déterrer de vieilles légendes, des mythes oubliés ; mais aussi à gagner des jardins royaux alors qu'il savait tout juste parler l'Hylien. Quand le Kokiri persistait à lui venir plus naturellement. L'Enfant-des-Bois porta son regard sur les derniers prêtres, dont l'un – celui qui fermait la marche – balançait encore un calice d'encens en psalmodiant des mots, masqués par le battement de la pluie sur la pierre et sur les vitraux.  « Merci... — », souffla-t-il simplement au sacerdoce qui lui offrait un peu de vin chaud. Il ne lui accorda pas le moindre regard, néanmoins, encore absorbé par le cortège qui disparaissait peu à peu dans l'ombre. « Ces gens-là ne sont pas bavards. Ce sont les rares survivants du Dernier Assaut. »  Siffla le Père, captant le regard de l'Hylien et jetant lui même un œil vers les prêtres. « Chaque fois que la lune est pleine, ils pleurent les morts que le Seigneur du Malin nous a imposé. Que son Altesse n'a pas su protéger. » Le vieil homme haussa les épaules, poussant un profond soupir avant d'avaler une longue gorgée d'alcool. « Puisses les Dieux veiller leurs âmes. », reprit-il, non sans lorgner le vin qu'il avait offert aux demoiselles. « Puissent-ils, également, nous garder à l'avenir. Des dangers, quels qu'ils soient. » Le va-nu-pied arqua un sourcil, après avoir serré le poing. Son regard de givre perçait les yeux bruns du grand-père, sans malice mais sans complaisance. « De quoi parles-tu ? » S'enquit-il posément, laissant nonchalamment le petit godet de terre cuite sur l'un des bancs de prières installés face au Maître-Autel et la Porte du Temps.

Dans les yeux du vieil homme passa une lueur espiègle, de celle qu'on attendait davantage chez les jeunes enfants que chez leurs aïeuls. « Rien de très important. » Souligna-t-il, son regard revenant au Vitrail que l'Hylien observait plus tôt. « Elle est belle, n'est-ce pas ? » Du menton, le Père désigna la femme qui apparaissait sur l'ouvrage. Lorsque le Sans-Lignage laissa le regard du prêtre désigner le sien, il lui sembla voir – l'espace d'un court instant – une espèce de reflet étrange, silhouette noircie aux contours flous. « On l'appelle la Femme-aux-pleurs. Selon les rumeurs, l'artisan aurait réalisé un portrait imagé d'une grande reine de jadis... dont le nom m'échappe dans l'immédiat. » Le blond reporta son regard sur le vieillard, sa curiosité éveillée. Les questions lui brûlaient les lèvres, sans qu'il ne sache quoi dire précisément. Tant d'interrogations se bousculaient, derrière ses mâchoires scellées, toutes si différentes... il ne savait par où commencer, ni par où finir. « C'est un véritable chef-d'oeuvre en cela qu'elle change complètement d'humeur selon les saisons. » La pluie froide continuait à battre les carreaux avec une violence redoublée ; tant et si bien que le vagabond se forçait à tendre l'oreille pour saisir tout ce que pouvait dire son interlocuteur. « L'hiver venu, quand le ciel est gris et quand les nuages crachent leur mépris des petites-gens ; elle pleure tout son saoul. C'est le cas aujourd'hui. » Le sacerdoce repris une longue gorgée de vin chaud avant de soupirer, rêveur. « Grands-dieux, que l'été me manque ! Quand le soleil illumine son visage, on dirait qu'elle veille un amant endormi. Ce jeu de lumière qu'a su réaliser cet homme... C'est sans nul doute l'un des vitraux les plus impressionnants de toute la Cathédrale. » Non sans un petit sourire, il envoya une légère tape à l'ancien Champion-de-Farore, cherchant nonchalamment son épaule, comme le font d'anciens amis après une plaisanterie des plus amusantes.

Sans rendre son sourire à l'homme-de-foi, le Faux-Kokiri joua doucement avec chacun de ses doigts. Le vieil homme avait piqué sa curiosité à vif, sans qu'il ne sache réellement pourquoi. Bien sûr ; il avait toujours aimé déterrer de vieilles légendes et raviver les flammes éteintes de mythes anciens, mais le prêtre avait été clair : il s'agissait du portrait d'une parente de Belle – ce qui justifiait la ressemblance qui l'avait frappé un peu plus tôt – morte suffisamment longtemps auparavant pour que même les garants de l'Histoire eussent oublié son prénom. « Quel âge a ce vitrail ? » Se résolut-il finalement à demander, ramenant son regard sur l'oeuvre d'art, dont l'ombre semblait avoir disparu. Sans vraiment y prêter la moindre attention, le Garçon-sans-Fée réajusta la cape qu'il portait sur le bras, la balançant sur son épaule. « Je ne saurais le dire. Son auteur était contemporain de la Reine qu'il y a représenté, puisque c'est à cette époque que les Nohansen Hyrule ont commandé l'ouvrage. » Le bretteur renifla, passant son bras sous son nez comme par réflexe. Sans un mot de plus, songeur, il s'approcha du mur, dans lequel était encastrée la Femme-au-pleurs, dont il savait qu'il avait vu et vécu tant. Si l'Eglise et les Trois le révulsaient – pour tout un ensemble de raisons qu'il estimait plus que valables et qui ne manquaient pas de lui revenir, sitôt qu'il y repensait –, le Temple du Temps avait toujours exercé sur lui une fascination toute spécifique. Il aurait aimé avoir ses yeux, sa mémoire. A plus d'une reprise, il avait rêvé des lieux — de ce qu'ils avaient été. Il avait vu ici, un vallon, les ruines d'un Temple, un... « Vous partez ? » S'enquit le vieil homme, l'air passablement inquiet ; comme s'il n'aimait pas l'idée de rester seul avec les deux femmes. « Non. » Le rassura-t-il du tac au tac, peut-être un peu abruptement. « Tant mieux..., persifla le prêtre, il me reste encore de nombreux galettes de miel et de viande séchée... — » L'Hylien le coupa, plus soudainement encore. Bien que la faim le tenaillait effectivement, sa soif de savoir était plus forte. « Quel était le nom de l'auteur ? Que sait-on de lui ? »

Le silence, bien que court, fut dur à accepter. Le Fils-de-Personne mourrait d'envie d'en apprendre plus, comme attiré par une force dont il ignorait tout. La même qui l'avait poussé, finalement, à accepter l'invitation du vieil homme et à rejoindre le Temple. « Le nom de l'artisan, si je ne me trompe pas, ressemblait à Herald. J'ignore qui il fut où s'il mena d'autres travaux similaires, puisque le Cloître n'en a pas commandé à ma connaissance. » Commença le Père. Fronçant les sourcils, comme pour mieux réfléchir et perdre son air bon-enfant, il finit par reprendre. « J'ai du mal à me souvenir, le ventre vide. Venez donc avec moi, et ramenons ces quelques galettes... Elles sont exquises ! » Link soupira avant d’acquiescer. A l'évidence, le gros moine ne parlait qu'une fois ivre, ou le ventre plein. « L'une d'entre vous d'eux en veux ? » La langue déliée par l'alcool, il sembla à l'Hylien que le prêtre abordait les deux demoiselles d'un ton tantôt plus mielleux, tantôt plus grivois. Mettant cela sur le compte de la fatigue et de son imagination – la sexualité des prêtres ne l'intriguant que bien peu –, il entreprit de suivre le prêtre jusqu'à la petite pièce, dénuée de la moindre fenêtre ou de la moindre glace, dans laquelle demeuraient entreposées les réserves de nourriture du Temple. Acceptant celle que lui proposa le vieil homme, il ne put s'empêcher de la trouver à la fois trop sucrée et trop salée ; presque trop raffinée de par ses mélanges. Mais par politesse, il s'efforça à terminer le plat. « Je crois savoir, croassa-t-il entre deux bouchées aussi impressionnantes que celle d'un homme qu'on aurait restreint des semaines durant, qu'il venait de la Province du Pont-de-Pierre. Il parlait notre langue et devisait avec les mêmes monnaies qu'ici. Cela ne doit donc pas être très loin, bien que j'ignore où cela puisse être plus précisément. » Les lèvres du vieil homme brillaient d'un miel gluant, quand il ne lui coulait pas sur le menton. « Grand-dieux que tout cela est bon ! » L'Hylien soupira, avant de refermer la cape qu'il avait précédemment réajusté. Ramenant la capuche sur son visage, s'apprêtant à sortir, il lança un dernier regard au vieillard gourmand, dont il savait qu'il ne tirerait plus rien. « Déjà ? Vous partez ? Savez-vous que l'abbatiale ne ferme pas de la nuit ? » Son débit de parole s'était fait plus rapide. Et s'il ignorait fondamentalement ce qui l'inquiétait à la simple idée qu'il s'éloigne, l'Hylien décida de ne pas poursuivre. « Cette fois, oui. » Grommela-t-il, glissant une épingle en guise de fermoir. « Merci de votre hospitalité... mon père. » Son propre respect des règles spirituelles l'étonnait et il en conclut qu'il avait d'ores et déjà passé trop de temps en ces lieux. L'esprit encore pleins de questions, il quitta les lieux à la hâte.