Hyrule's Journey

Loin du Feu de Din

[Privé]

Swann

Inventaire

Avec vigueur, Swann frottait les linges trempés sur sa figure.

Presque plus que la liberté, la lionne avait attendu impatiemment sa première toilette depuis plus d'un mois. Un mois à pourrir en cellule ; se couvrir de crasse, s'imbiber des odeurs nauséabondes des geôles. Ces odeurs qui, encore, lui collaient à la peau de manière insupportable et qui n'avaient de cesse de remonter jusqu'à ses narines avec une insistance malsaine et dérangeante, comme du harcèlement. Si elle n'était pas tant dérangée par la puanteur en elle-même - après tout, rien ne l'empêchait de fréquenter des établissement mal tenus pour boire un verre -, elle était beaucoup moins tolérante lorsque celle-ci l'accompagnait en permanence. Et si seuls des parfums qu'elle n'avait pas sous la main auraient su la couvrir, la Dragmire souhaitait au moins l'atténuer autant qu'il eut été faisable ; aussi frotta-t-elle sans relâche, presque à s'en écharpée la peau malgré l'épaisse couche de graisse et de crasse qui la recouvrait. Le lin, bien que régulièrement mouillé dans la bassine d'eau mise à sa disposition, passa rapidement du blanc au gris, puis du gris au noir à mesure qu'il passait sur son cou ; ses épaules ; ses mains ; ses bras ; entre ses seins ; son ventre ; puis ses jambes. « Coucou toi », glissa-t-elle alors qu'elle redécouvrait son visage avec le miroir. « Je te préfère comme ça », lui répondit son reflet avec un grand sourire. Dans la foulée, d'un geste qui ne transpire pas le raffinement, l'assassin renifla son bras puis son aisselle avant de s'en écarter d'un air peu convaincue, en espérant trouver très rapidement un point d'eau une fois qu'elle aurait quitté la ville. Pour l'heure, il lui faudrait se contenter de ça ; vu l'état des linges, elle n'avait pas le choix.

La Lionne Noire s'installa finalement sur un premier tabouret et étira sa jambe de tout son long jusqu'à poser le talon sur un second ; avec beaucoup de mal. Si sa souplesse n'était plus à prouver, elle sentait néanmoins sa peau s'étirer, se déchirer en bas du dos, là où se trouvait la plaie la plus récente. Si celle-ci avait pris le temps de cicatriser en partie, elle n'en restait pas moins encore douloureuse et susceptible de s'ouvrir de nouveau si elle ne faisait pas attention. « Saleté », cracha-t-elle avec dédain alors que ses pensées se tournèrent furtivement vers le Héros du Temps. Elle se saisit finalement d'une lame courte et fine affublée d'un petit manche en bois ; délicatement, elle colla la lame contre sa cheville et entama une lente remontée de la même manière qu'elle fantasmait parfois l'égorgement de Link. Là encore, elle ne chercha pas à s'appliquer spécialement - elle se serait tournée vers un genre de cire pour réaliser un travail plus net, mais plus long - mais l'urgence de la situation lui imposait de tailler dans le vif tant elle se dégouttait elle-même. Certes, la Belle de Villarreal voulait parfois se donner l'impression que l’hygiène n'était pas une de ses priorités ; en dehors des combats et des surdoses d'adrénalines qu'ils lui provoquaient, il ne lui était rien de plus agréable qu'un bon bain chaud. Ainsi le rasoir poursuivit son œuvre lentement, une jambe après l'autre, jusqu'à même trancher grossièrement les horreurs qui pendaient sous ses aisselles. Une fois cela fait, la Dragmire s'autorisa un soupire de soulagement bienvenu. Et de conclure : « Ne te laisses plus jamais aller comme ça, ma grande. »

Swann s'arracha à son tabouret pour aller se saisir d'une chemise blanche, laissée préalablement sur une table par la jeune Tristenuit. Très heureuse de pouvoir se débarrasser enfin de la tunique de jute propre aux prisonniers, elle se dépêcha de passer les bras dans les manches puis de l'enfiler à la va-vite ; de même qu'avec le pantalon gris décoré de stries bleues. Elle prit un instant pour se contempler dans le miroir ; la chemise était un peu serrée à son goût - elle les aimait large et dans des teintes plus sombres - et le bas un peu long, puisque le tissu dépassait largement ses chevilles pour s'effondrer à même le plancher. La lionne eut une moue agacée, tout au plus, et remercia la bougie d'éclairer assez peu pour ne pas mettre en évidence d'autres défauts qu'elle devinait facilement. Pour les quelques retouches nécessaires, elle verrait plus tard. Elle se saisit des bottes de cuir qui sentaient encore le neuf ; probablement la seule paire de chaussures qu'eut un jour acheté la sorcière, Swann connaissant son plaisir à parader les pieds à l'air. Puis elle quitta la pièce.

Guidée par un agréable fumet qu'elle n'aurait su déterminé, la Dragmire gagna celle dans laquelle s'était établie la sorcière. Voyant qu'elle n'était pas aperçue, la jeune femme glissa sur le sol et s'approcha lentement de la même démarche féline qui l'avait toujours caractérisée. Arrivée à hauteur de Songe, la désormais traîtresse lui pinça le dos. « Bouh », dit-elle avec malice, un sourire fin peint sur son visage presque propre. « Merci pour les bottes », rajouta-t-elle. Si son humeur n'était pas des plus sympathiques quelques heures plus tôt, les quelques minutes prises pour se ressourcer avait transfiguré la fille de Ganondorf. Et quoi de plus motivant que de passer quelques heures avec sa dernière amie en ce bas-monde ! Elle avait encore jusqu'à l'aube pour profiter de ses quelques instants de pure liberté avant de se mettre en route pour le Désert, et d'accomplir sa délicate mission.

Les yeux vairons de l'hylienne passèrent au-dessus de l'épaule de la sorcière pour se poser finalement sur le chaudron, où bouillonnait une mixture des plus intrigantes. « C'est quoi encore, comme potion ? » Questionna-t-elle avec entrain, à la manière d'une fillette. Fatiguée - et rattrapée par son mal de dos - la Dragmire se laissa tomber sur la chaise la plus proche du feu de bois, celui-ci finissant de sécher sa peau encore humide. Sa main glissa plus bas pour déposer les bottes juste à côté. « Si elle a le pouvoir de guérir des blessures, je suis preneuse », reprit-elle dans un soupire, elle-même ne croyant pas à l'existence d'un tel breuvage. « Mais à tous les coups, il ne s'agit pas de ça, pas vrai ? Moi qui t'estimait pourtant, je suis plutôt déçue », rajouta-t-elle, taquine.

« D'ailleurs, il va vraiment falloir que tu arrêtes de me sauver ; les dettes s'accumulent, je pourrais finir par ne pas être capable de toutes les payer », déclara-t-elle, puis de reprendre aussitôt, « Surtout que mon espérance de vie diminue à vue d'œil... » Son regard noir alla se perdre dans les flammes du feu de cheminée ; exactement comme elle était en passe de se jeter dans la gueule du lion.


Songe Tristenuit

Inventaire

La sorcière avait le regard perdu dans la marmite bouillante, qu'elle touillait plus machinalement que méthodiquement. Elle était bien plus apaisée qu'elle ne l'avait été les jours précédents. Elle savait que leurs ennuis n'étaient pas totalement finis, mais le plus dur était fait. Maintenant qu'elle avait sorti son amie de prison, elle retournait dans sa tête toutes les précautions à prendre pour qu'elle n'y retourne pas de sitôt.

Il faudrait une cachette pendant un certain temps au moins. Certes, le désert pouvait en être une, et plutôt infranchissable sans une bataille conséquente. Néanmoins il fallait d'abord l'atteindre, et dans un tel état, avec la garde aux trousses... C'était trop dangereux.

Elle eut un petit sursaut lorsque la Dragmire lui pinça le dos, suivi d'un sourire instantané. Elle sentait son amie en meilleure forme, et de meilleure humeur. Même s'il faudrait plus de temps avant une guérison complète, c'était plus rassurant que l'état dans lequel elle l'avait trouvée. Une meilleure odeur aussi. Si la sorcière se formalisait assez peu des odeurs fortes, elle avait pu sentir l'enthousiasme de Swann à l'idée de prendre un bain.

"C'est de la soupe d'ortie, rien d'aussi miraculeux, mais ça rend des forces, et c'est presque prêt."

Laissant là sa grande cuillère elle abandonna le chaudron pour aller fouiller ses étagères, écartant sans ménagement et à grand bruit toute une série de bocaux étiquetés d'une écriture sans doute illisible pour tout autre qu'elle dans la région.

"En effet, une telle potion serait pratique, mais il va falloir se contenter de ça..."

Attrapant un petit pot, elle revint vers Swann sans prendre le temps de ranger ce qu'elle avait déplacé. Elle posa le récipient sur la table avant de l'ouvrir, dévoilant le baume qu'il contenait.

"Il accélère la cicatrisation, rien d'exceptionnel, mais parfois il vaut mieux laisser le temps au corps. Je n'ai pas les ingrédients pour faire mieux maintenant."

Elle mentait concernant les ingrédients. Mais elle connaissait assez son amie pour deviner une certaine impatience dans sa volonté de guérir, et elle craignait l'effet de potions trop puissantes. Ce genre d'effet spectaculaire avait un prix, et un corps trop fatigué pouvait très bien ne pas les supporter. Lui offrir cette possibilité maintenant, encore plus si elle faisait le choix d'en abuser, c'était de la folie. Dans quelques jours, ce serait moins risqué.

"Mais tu ne me dois rien tu sais..."

La jeune femme avait déjà apporté bien plus à Songe qu'elle ne le pensait. Passer du jour au lendemain d'un clan de sorcières nombreuses et soudées à la solitude absolue, même si elle s'était finalement découvert un certain goût pour l'indépendance, c'était difficile. Elle apportait beaucoup d'attachement à celle qui était devenue presque un pilier dans son petit monde. C'était une des principales raisons qui l'avaient poussée à s'établir là. Sans doute la seule personne à véritablement l'apprécier telle qu'elle était. Elle croisait bon nombre de gens depuis qu'elle avait ouvert sa boutique, mais c'était seulement des clients, et elle ne se séparait jamais de son masque d'aimable commerçante. L'inverse n'aurait pas été bon pour les affaires.
Elle se méprit toutefois sur les craintes de son amie.


"Et puis ne dis pas ça... Crois-moi, dans peu de temps ça ira mieux, et tu seras en pleine forme ! C'est fini maintenant..."

Un sourire bienveillant étirait les lèvres de la sorcière alors qu'elle tira une chaise pour s'asseoir à côté de la Dragmire, toute enjouée.

"Je suis certaine qu'ils ne t'en voudront pas si tu ne rentres pas tout de suite. Tu peux rester ici quelques jours, voire plus, j'ai une cave assez bien cachée, même si la garde passe, ils ne sauront pas que tu es là. Et bientôt ils te croiront déjà loin..."

Elle n'arriva pas à identifier l'émotion qui passa sur les traits de son amie, mais elle ne se démonta pas. Sans lui laisser le temps de répliquer, elle passa en revue toutes les protestations possibles pour y trouver réponse. Elle y avait bien réfléchi.

"Ce n'est pas très engageant c'est sûr, mais on peut l'aménager, chasser les araignées, et puis ça sera juste quand il y aura du monde !"

Elle se leva et saisit un balai, avant de changer d'avis et de filer jusqu'à une petite armoire scellée qu'elle désigna fièrement du doigt.

"Rien n'oblige à se terrer ainsi. Je peux même changer ton apparence, si tu veux. J'ai plein de flacons de sang de mauvais payeurs.. Des inconnus, mais peu importe tant que tu ne croises pas celui qui te prête son apparence !"

Laissant là sa réserve, elle revint s'asseoir près de la jeune femme. Ravie de ses arguments, elle saisit les mains de son amie pour plonger son regard dans le sien.

"Avec un autre visage, tu pourrais même tenir la boutique avec moi. Et puis, ils finiront par se lasser, ils ne vont pas pouvoir renforcer les contrôles éternellement !"


Swann

Inventaire

Alors qu'elle spéculait sur les pires sorts réservés aux traîtres, Swann fut doucement tirée de ses rêveries par le timbre de la voix de la sorcière. Elle accueillit la remarque sur la soupe contenue dans la marmite avec un discret sourire lorsque sa jeune amie s'en alla fouiner parmi quelques bocaux rangés sur une étagère. Intriguée, la Championne d'Aegis l'observa en silence jusqu'à ce qu'elle revienne avec un baume cicatrisant entre les mains, qu'elle déposa sur la table en disant qu'elle n'aurait probablement rien de mieux à lui proposer dans l'immédiat. Circonspecte, Swann ne se fendit d'aucune remarque, se contentant de garder ses réflexions pour elle. D'abord, il aurait été fort malvenu de sa part d'accuser sa sauveuse du soir de lui mentir après tout ce qu'elle faisait pour elle. Ensuite, et bien qu'elle soit parfaitement au courant des prouesses dont était capable sa jeune amie et qu'elle était fortement susceptible de savoir refermer sa plaie en un éclair, elle saurait se contenter de ce qu'elle lui donnait. Pour une fois, elle tâcherait de se montrer un peu plus patiente qu'à l’accoutumée.

Elle n'eut toutefois pas le temps de la remercier gentiment que la sorcière enchaîna. L'ambre et le gris se posèrent délicatement sur son interlocutrice jusqu'à ce que son regard félin ne se fixe et épie ses moindres faits et gestes. Elle remarqua très vite que quelque chose clochait ; elle semblait préoccupée par quelques choses, quelques pensées néfastes. Respectueusement, la Lionne la laissa s'exprimer sans l'interrompre. Loquace, la jeune femme aux yeux verts lui dévoila ses craintes et les plans qu'elle avait imaginés pour permettre à la désormais ex-dragmire de se faire oublier pendant un temps.
« Songe », souffla Swann dans un murmure alors que son amie reprenait de plus belle ses explications. A aucun moment cependant, elle ne se permit de la couper dans son élan, la laissant se déplacer ci et là pour lui montrer qu'elle avait déjà envisagé beaucoup de scénarios différents. La voir aussi inquiète quant à son sort lui fit un bien fou autant que cela lui fendit le cœur car elle ne pouvait décemment pas rester ici. Ne serait-ce que pour la promesse qu'elle avait faite à la Princesse d'Hyrule.

Songe revint s’asseoir à ses côtés et lui saisit les mains avant de planter ses iris dans ceux de l'assassin. Elle écouta ses dernières paroles avec un sourire timide dessiné sur les lèvres ; elle n'avait certainement pas envie de la blesser mais elle ne pouvait néanmoins pas rester à ses côtés. Lorsque la lune s'effacerait et que les premiers rayons du soleil se montreraient, elle devrait avoir quitter la ville en compagnie du Ceald. « Un autre visage ? Le mien ne te plait pas ? » questionna-t-elle avec une certaine malice.

En réalité, ce que proposait la sorcière était tout à fait réaliste et certainement bien plus sûr que l'idée de parcourir les landes et les plaines avec les chevaux de la garde d'Hyrule lancée à ses trousses. Bien entendu, l'épéiste ne pouvait pas se le permettre compte tenu de ses engagements mais aussi des responsabilités qui reposaient sur ses épaules. En aucune façon, elle ne tolérerait que Songe ne soit davantage mêlée à toutes ces histoires. Certes, elle était solide et brave, mais les risques qu'encouraient la dernière des Netil étaient trop dangereux. « Je... Je ne vais pas pouvoir rester » glissa-t-elle, amère, une pointe de tristesse dans la voix. Il lui fallut un certain temps pour se reprendre. Evidemment, elle n'allait pas en rester là ; Songe méritait bien quelques explications supplémentaires. Il eut été impoli d'en rester à ces quelques mots.

« J'ai... conclu une sorte de marché, commença-t-elle, l'air hagard . Je dois me rendre à la Citadelle pour y chercher quelque chose, puis le remettre à la Princesse. »

Était-ce la meilleure des idées qu'elle n'ait jamais eu ? Certainement pas. Cette offre faite à Zelda était née de sa lassitude et d'une colère grandissante à l'égard du Trône des Dragmires, mais surtout de la guerre et du sang qui coulait à flot depuis des mois. Aussi, si elle ne cherchait pas forcément y mettre un terme, elle voulait s'en éloigner le plus possible. Encore une fois, elle était peut-être déjà bien trop impliquée dans toute cette histoire pour pouvoir en sortir comme si de rien n'était et elle le savait très bien. Ce qu'elle ignorait, en revanche, c'était la portée que pourrait avoir le simple fait de donner les informations recueillies par le Traître-Prince à l’Élue de Nayru.

« Tu dois me prendre pour une folle, pas vrai ? Reprit-elle d'un rire jaune, elle-même assez peu convaincue et en proie à de nombreux doutes. Je pense aussi ne pas avoir été des plus malignes. Mais je n'aurais pas pu vivre un jour de plus dans cet enfer... Il fallait que je sorte, coûte que coûte. Et quand je nous ai vu dans notre état, mon compagnon de cellule et moi-même, j'ai su qu'il n'y avait que de cette façon que je pouvais nous en sortir sans parier outre mesure sur nos vies à tous. »

Le souvenir était encore très vif ; la garde du Castel, alertée, qui remuait ciel et terre pour retrouver la trace des prisonniers. L'urgence de la situation et l'état de santé des deux finalistes du tournoi clandestin avaient été les principaux facteurs qui avaient amenés à cette prise de décision, et Swann ne regrettait pas de l'avoir prise. Déjà qu'Aedelrik et - surtout - Songe s'étaient mis en danger pour les sauver, il aurait été impardonnables qu'ils fussent les proies de la Faucheuse en tentant de faire passer les murailles à leurs compagnons diminués. Swann espérait simplement que sa jeune amie puisse comprendre les tenants et les aboutissants qui l'avaient conduite à prendre une telle décision.

Cependant, l'idée n'était pas de se morfondre mais bien de profiter de sa liberté retrouvée ; d'un bond, elle se leva - non sans que son dos ne l'assaille de douleur à cause de sa blessure. Conservant l'une des mains de la sorcière dans la sienne, elle l'invita à se lever à son tour alors qu'un délicieux sourire lui barrait le visage. « Ceci étant, il n'en reste pas moins un certain détail qui m'agace », commença-t-elle alors qu'elle amenait la jeune femme vers elle. Son regard joueur sonda les iris de son amie. « Qui crois-tu être, Songe, pour tenter de mettre une lionne en cage ? » Questionna-t-elle d'un ton faussement solennel, alors qu'elle faisait tourner sur elle-même la jeune femme dans un pas de danse tout à fait classique. « Il faudrait m'ensorceler pour se permettre ne serait-ce qu'espérer me faire rester sagement en un lieu plus d'un jour et d'une nuit », glissa-t-elle d'une voix suave. Après quoi elle se fendit d'un rire amusé avant de lâcher délicatement les mains de son amie pour ne pas l’embarrasser davantage. Bien qu'en vérité, le simple fait d'avoir exécuté trois pas de danse avait suffi à réveiller trop vivement la douleur qui lui assaillait le dos. Son regard fut attiré l'espace de quelques secondes par la soupe qui bouillonnait dans la marmite ; il ne manquait rien avant qu'elle ne brûle et ne devienne immangeable, mais cela, seul la sorcière pouvait le savoir. Swann n'était pas très bonne cuisinière.

« Lorsque j'en aurais terminé, je reviendrais, reprit-elle avec un peu plus de sérieux, le regard toujours absorbé. Je serais un peu plus libre de mes choix et... j'imagine que nous pourrons passer davantage de temps toutes les deux, conclut-elle dans un sourire bienveillant. »

En vérité, il demeurait toujours chez elle des objectifs bien précis à accomplir. Si son gout pour le sang et la guerre s'était estompé - s'il fut un jour seulement présent chez elle -, celui pour les combats contre de redoutables adversaires s'était converti en une véritable passion. Et notamment envers le Héros du Temps, qu'elle avait fort hâte de recroiser pour l'affronter de nouveau. Rien que cette simple pensée lui tira une frayeur frissonnante qui lui parcourut l'échine.


Songe Tristenuit

Inventaire

La remarque de la jeune femme prit la sorcière au dépourvu et Songe sentit ses joues rosir en pesant les sous-entendus qui pouvaient s'y cacher. Elle se détendit en comprenant que la guerrière jouait avec elle. Pourtant elle parcourut très sérieusement du regard les traits de son amie. Voulait-elle qu'ils changent ? Pas vraiment, elle souhaitait juste éviter que cette évasion ne lui cause à nouveau des problèmes.

Une part de la sorcière sentait bien qu'elle ne pourrait pas se contenter de dissimuler à jamais son amie aux yeux des gardes. En revanche elle ne s'était pas attendue à la révélation que lui fit cette dernière. Elle peinait d'ailleurs à en comprendre toutes les implications. Elle avait beau prendre part à cette guerre, elle ne l'avait fait que pour trouver une nouveau clan, par habitude. Et si elle continuait à présent qu'elle avait pris ses aises avec la solitude et la liberté c'était seulement pour son amie qu'elle suivait sans poser trop de questions.

Elle comprenait toutefois une chose, en dehors des obligations que la jeune femme avait à remplir : si leurs alliés actuels apprenaient l'existence de cet accord, ils risquaient de devenir aussi des ennemis. Alors, même sa magie ne suffirait pas à cacher son amie si elle restait là. Elle ne s'était pas étendue sur son utilisation de sa part du butin et l'acquisition qu'elle avait faite de cette vieille boutique mais elle n'avait pas non plus cherché à effacer ses traces. Tout comme elle n'avait pas dissimulé son affection toute particulière pour Swann.

Elle ne jugeait pas la décision qu'avait prise son amie parce qu'elle n'avait de toute façon jamais eu l'impression d'avoir toutes les cartes en main et jusqu'ici elle avait plutôt fait confiance à ses avis. Dès l'instant où leurs liens s'étaient resserrés, elle l'avait suivie non pas parce qu'elle était convaincue par son projet, mais simplement parce qu'elle le lui demandait. À présent qu'elle y réfléchissait, peut-être n'était-ce pas la meilleure façon de veiller sur elle et de la conseiller.

Lorsque son amie se leva, elle suivit des yeux son mouvement en se rendant compte que, toute plongée dans ses pensées qu'elle était, elle n'avait pas encore dit un mot pour commenter ses révélations. Elle se laissa entraîner puis guider par la Dragmire et son ton joueur arracha un sourire au visage inquiet de la sorcière. Songe laissa même échapper un petit rire avant de répondre spontanément.

"Tu sais que les ensorcellements c'est plutôt ma spécialité ?"

Elle ne put s'empêcher de rougir aussitôt en se rendant compte de sa témérité. Elle plaisantait évidemment, et c'était le ton espiègle de son amie qui l'avait poussée à surenchérir, mais elle se demanda un instant si elle en serait capable. Et si c'était vraiment une bonne chose. Elle se surprenait parfois à se faire peur elle-même en se demandant où elle situait vraiment les limites de ce qui était acceptable ou non avec sa magie.

Son amie mit toutefois un terme à leur danse improvisée. Malgré tout, elle semblait travaillée par son départ et tout ce qu'elle allait avoir à régler. Et son corps aurait eu besoin de repos, pas d'un voyage dès le lendemain, Songe pouvait le sentir. Le futur lui semblait beaucoup plus flou que ce que lui annonçait la jeune femme, mais une part d'elle avait envie de s'y raccrocher.

"Je ne suis pas sûre de bien mesurer la portée de ton choix, tu sais... Mais si le Trône venait à l'apprendre, tu ne serais plus en sécurité ici, ni nulle part. Souhaitons qu'ils ne s'en rendent pas compte..."

Son regard suivit celui de Swann vers la marmite et elle constata que leur repas était prêt. Elle se chargea d'éloigner le chaudron du feu puis entreprit de leur remplir deux bols en bois. Elle fit un peu de place sur une table couverte de fioles pour leur permettre de s'asseoir et manger convenablement.

"Ça me chagrine de dire ça, mais je crois qu'il vaut mieux que tu ne me donnes pas plus d'informations sur ce que tu vas faire exactement. Je ne sais pas s'ils prendraient la peine de venir jusqu'ici, mais je m'en voudrais tellement s'ils me forçaient à parler."

Elle se savait farouchement attachée à son amie mais elle n'avait jamais été très courageuse. Elle aurait eu trop peur de lâcher involontairement des informations. Dans le doute, elle ne voulait pas prendre de risque.

"Je t'attendrai, et si tu as besoin de quoique ce soit ma porte te sera toujours ouverte..."

Ayant fini de remplir les bols elle s'assit en invitant son amie à faire de même. Mais elle resta un instant pensive en agitant sa cuillère au dessus de la soupe, l'air soucieuse.

"Et... tu pars toute seule ? Ou le grand rouquin t'accompagne ? Il est fiable au moins ?"

Elle ignorait ce qui s'était passé exactement après leur séparation et à quel point l'ex-compagnon de cellule de Swann avait été impliqué ou non dans la promesse qu'elle avait faite. Elle n'aurait pas non plus aimé qu'il cafte s'il en avait été témoin.


Swann

Inventaire

Si la désormais ex-dragmire eut pensé un temps qu'elle avait réussi à se débarrasser des inquiétudes de sa jeune amie sorcière, elle déchanta pourtant bien vite. Après lui avoir arraché un maigre sourire accompagné d'une boutade, son visage ne tarda pas à trahir de nouveau ses nombreux doutes quant au futur et les projets de Swann. Une chose était néanmoins plus que certaine : si le marché qu'elle avait passé avec Zelda était découvert par Ganondorf et le Trône, elle en subirait les terribles conséquences. Et pourtant, malgré cela, Swann allait tenter de traverser la Mer de Sable coûte que coûte. Elle n'avait jamais été du genre très prévoyante et se satisfaisait bien souvent de la surprise provoquée par son audace et son impertinence. L'Étranger n'avait pas eu tout à fait tort, finalement, lorsqu'il s'était agacé du comportement désinvolte de l'assassin ; la vie était probablement un jeu, à ses yeux. Et elle n'avait toujours pas perdue la partie.

Lorsque Songe commença à s'occuper de mettre la table pour leur permettre de manger, Swann se contenta de l'observer en silence, tout en écoutant ce qu'elle avait à répondre à toute cette histoire. C'était assez amusant de constater comme la sorcière pouvait se montrer impitoyable avec ses ennemis et pourtant presque trop clémente à l'égard de son amie hylienne. Elle avait beau l'avoir embarquée dans un conflit qui ne la concernait en rien et l'avoir entraînée dans ses aventures les plus farfelues, elle ne semblait pas lui en tenir rigueur, comme si cela ne comptait pas à ses yeux. Pourtant, Swann savait que cela lui coûtait parfois ; comme lorsqu'elle lui avait demandée de procéder à un rituel d'invocation dans le cratère même du Mont du Péril. Son regard perdu dans le vide, elle se surprit à ressentir comme un léger pincement au cœur lorsque la sorcière l'invita à passer à table avec le sourire. Sans piper mot, elle la rejoignit.

Après avoir passée un mois à se satisfaire de quelques bouts de pain rassis et d'un peu d'eau, la Championne d'Aegis avait enfin le droit à un repas digne de ce nom. Certes, il s'agissait que d'une simple soupe mais à ses yeux il s'agissait surtout des premières gorgées pleine de saveurs et de goût depuis une éternité. Elle porta très vite le bol à ses lèvres et avala la mixture, pourtant encore brûlante, avant de constater que son amie ne s'était toujours pas défaite de son air soucieux. « Lanre ? » Présuma-t-elle alors qu'elle s'essuyait le contours des lèvres avec la manche de sa chemise. « Je n'irais pas jusqu'à présumer de ça... mais il me semble honnête et il doit quitter la ville aussi tant que l'agitation règne », répondit-elle calmement tout en reposant le bol de soupe, à moitié vide, sur la table. Elle sonda pendant quelques secondes le regard que lui renvoyait la sorcière avant de pousser un long soupire presque de dépit. « Tu doutes de moi, c'est ça ? » Questionna-t-elle ensuite sérieusement tout en s'arrachant à ses yeux. De fait, c'était bien la première fois qu'elle ressentait un début de désaccord de la part de la jeune Tristenuit et elle ne pouvait pas s'empêcher d'en être désolée. Certainement trop habituée à ce que ses idées et ses choix ne soient jamais remis en cause, elle finit par se dire que c'était normal, après tout. Sur ses lèvres, lentement, se dessina un sourire.

« Je crois que tu n'aurais pas pu tomber sur pire personne que moi lorsque nous nous sommes trouvées dans ce désert, soupira-t-elle, presque nostalgique. Une assassin qui échoue à tuer la reine puis qui rejoint l'armée du Seigneur du Malin, pour finir par devenir l'une des personnes les plus recherchées et haïes dans le royaume... On peut dire que tu n'as pas eu l'œil très avisé. »

Swann avait beau se moquer gentiment, elle se demandait pourtant réellement si elle méritait le dévouement de Songe à son égard. En y réfléchissant, elle avait davantage le sentiment d'avoir profité de sa crédulité et de sa mauvaise connaissance du royaume et des enjeux qui s'y jouaient pour en faire un atout dans son jeu. Pourtant, elle n'avait jamais caché son affection à son égard et c'était toujours un réel plaisir de pouvoir partager quelques moments avec elle, lorsqu'il n'était pas question de guerre, de trahison et de meurtre. « Vous, les sorcières... Je n'arrive décidément pas à vous endormir avec mes belles paroles et mes jolis yeux », dit-elle nonchalamment tout en haussant légèrement les épaules. L'ambre et le gris, tout d'un coup beaucoup plus joueurs, se posèrent sur la jeune femme à la crinière cendrée. Le Cygne Noir ne s'était toujours pas défait de ce fin sourire espiègle qui lui éclairait le visage. « Alors, dis moi : quel prix aurais-je donc à payer pour ne plus voir ma belle amie se morfondre le jour de ma libération ? » Demanda-t-elle sur un ton beaucoup trop langoureux pour qu'il paraisse trop anodin. Doucement, sa main arrangea une mèche de la chevelure de la sorcière, celle-ci lui barrant le visage. Tout en regagnant un poil de sérieux, la Traître-Lionne se redressa sur son siège et envisagea de finir sa soupe.

« Tu m'as dis que tu connaissais quelques sortilèges », reprit-elle tout en faisant écho à ses propos tenus un peu plus tôt. L'assassin avait assez vu de magie pour savoir que tout ou presque était réalisable, pour peu que l'on y associait les bonnes ressources à de grandes connaissances en la matière. Les sorciers et les magiciens étaient nombreux autours d'elle et elle avait toujours été intrigué par l'étendue de ce qu'ils étaient capable de réaliser. « S'il existe quelque envoûtement ou magie qui puisse te rassurer, je t'écoutes » Précisa-t-elle ensuite sa pensée. Quelque soit le mauvais sort qu'elle pourrait lui jeter, l'hylienne était beaucoup trop confiante envers elle pour songer à en avoir peur. Peut-être était-ce encore faire preuve d'inconscience mais s'il fallait en passer par-là pour satisfaire au mieux la sorcière, elle s'y plierait. De toute évidence, elle avait elle aussi à cœur de payer sa propre dette et de prouver à celle qu'elle considérait comme une sœur toute sa loyauté.


Songe Tristenuit

Inventaire

"Ne dis pas des choses comme ça !"

Le visage de la sorcière s'assombrit, comme piquée au vif, lorsque la jeune femme lui parla de leur rencontre au désert. Elle écouta toutefois la suite du discours de son amie avant de détailler sa pensée. Un air renfrogné se peignait sur ses lèvres si bien qu'elle ne réagit pas immédiatement à la proposition de sortilège lancée par la jeune femme.

"Est-ce que c'est vraiment l'idée que tu te fais de notre rencontre ? Tu penses que je me suis contentée de toi par défaut ?"

Songe baissa les yeux sur son bol de soupe dont le contenu n'avait toujours pas été entamé. Était-elle vexée parce que son attachement était remis en cause ou parce qu'elle aurait pu y sentir une pointe de vérité ?

"C'est vrai, ça peut y ressembler de l'extérieur... Quand je t'ai rencontrée, je cherchais quelqu'un, une famille, un clan... Je voulais remplacer celles que j'avais condamnées..."

Elle ne s'attarda pas sur les détails. Le souvenir de ce qui s'était passé cette nuit-là était désagréable et elle ne tenait pas vraiment à s'appesantir dessus. À bien y réfléchir elle ne pensait pas être tellement plus fréquentable que l'assassin.

Ses yeux se relevèrent enfin pour chercher le regard de Swann.

"Mais je ne suis pas restée auprès de toi juste parce que tu es la première dont je me suis rapprochée. Et je me fiche de ces histoires de guerre, en tout cas quand elles ne te mettent pas en danger..."

Pourquoi alors ? Pourquoi la jeune femme était-elle devenue une des raisons qui la poussaient à rester dans ce royaume ? Quand elle l'avait rencontrée elle ne vivait plus que par automatisme. À présent, elle se sentait plus sereine, elle se projetait dans l'avenir. Elle tourna le regard, un peu gênée alors qu'elle entremêlait une mèche de ses cheveux entre ses doigts.

"C'est pas vraiment évident à expliquer... Je pense que tu m'as aidée à comprendre que je pouvais m'épanouir seule ? Et puis... J'aime bien quand tu es là..."

Elle préféra toutefois arrêter là sur ce sujet, peu habituée à s'épancher. La jeune femme avait annoncé accepter d'être la cible d'un sortilège, et elle avait bien quelque chose en tête en vérité. Elle ne savait pas si c'était "bien" ou si ça lui plairait, mais elle y voyait un moyen de protéger l'impulsive qu'était son amie d'elle-même. L'essentiel était de bien doser ses conditions pour que sa magie ne se produise pas l'effet inverse de celui escompté.

Mais avant ça une autre des paroles de la jeune femme avait retenu son attention. Un détail essentiel pour ce qu'elle s'apprêtait à faire. Vous. Pourquoi avait-elle évoqué plusieurs sorcières ? Songe était bien placée, d'autant plus avec le recul qu'elle avait pris, pour savoir combien la compagnie de ses semblables était peu recommandable. Prise d'un affreux pressentiment elle se leva soudainement sans se préoccuper du crissement produit par sa chaise. S'avançant près de Swann elle souleva sans une explication quelques mèches de ses cheveux pour glisser le nez dans son cou et inspirer longuement.

Lorsqu'elle s'éloigna son visage était à nouveau chargé d'inquiétude. Sans doute avait-elle été trop égoïste pour y prêter suffisamment d'attention plus tôt, mais elle ne pouvait l'ignorer à présent.

"Quelles sorcières t'ont touchée... ? Qu'est-ce que tu as fait... ?"

Son regard se perdit dans les beaux yeux vairons de l'assassin. Quand elle y prêtait attention, elle sentait en eux une magie encore plus malsaine que la sienne. Était-ce en rapport avec ce changement de couleur ? Pourquoi ne s'en était-elle pas préoccupé plus tôt ? Avait-elle été trop aveuglement confiante ou juste trop distraite ?

Elle regrettait à présent de ne pas avoir été plus présente aux côtés de son amie ces derniers temps, et elle osait espérer qu'il ne soit pas trop tard. D'autant qu'elle ne sentait pas une mais plusieurs magies mêlées. Pourtant de toutes c'était celle qu'elle pensait liée à ses yeux qui l'effrayait le plus. Elle se rendit compte que son ton avait peut-être été brusque et lorsqu'elle reprit ce fût sur un ton plus doux.

"Je ne peux rien faire avant de savoir, ce serait dangereux... Je t'en prie, raconte-moi..."


Swann

Inventaire

« Excuse-moi, Songe, je ne voulais pas te blesser », déclara la Belle de Villarreal, désolée que sa jeune amie ait vu dans ses propos de la moquerie là où elle n'avait chercher qu'à se montrer légèrement taquine dans l'espoir de dissiper sensiblement les doutes qui semblaient l'éprendre. Au contraire, à aucun moment elle n'aurait osé remettre en cause l'amitié et la dévotion de son amie à son égard ; preuve en était encore cette nuit même où elle n'avait pas hésité une seule seconde à se jeter dans le repaire des loups de la Couronne pour la délivrer de ses chaînes. Compte tenu de l'ensemble de l'aide apportée par Songe dans chacun de ses projets les plus récents, Swann ne pouvait décemment pas lui reprocher quoique ce soit. Aussi se retrouvait-elle quelque peu gênée d'avoir fait preuve de maladresse en cet instant ; visiblement, la sorcière était trop préoccupée — et à raison — pour ne pas aborder la discussion sous un angle plus sérieux. Le Cygne Noir, que l'on connaissait d'un naturel très démonstratif, se mua dans un silence durant quelques instants, peu fier, et profita de ce temps pour finir son repas.

Pour le rompre, ce fut la sorcière à la crinière de cendre qui s'en chargea, lorsqu'elle se leva subitement de sa chaise avant de plonger sa tête dans le cou d'une Swann autant troublée que décontenancée. Du plus loin qu'elle se souvienne, Songe n'avait jamais eu de réaction aussi étrange à son égard ; bien qu'elle lui reconnaissait quelques drôles d'habitudes, comme le fait de ne pas porter de chaussures la plupart du temps, qui faisaient autant témoins des différences culturelles avec ce royaume qu'elles éveillaient chez la Traître-Lionne une curiosité certaine et qu'elle n'avait jamais cherché à cacher. Aussi n'émit-elle aucune protestation quant à ce geste surprenant, moins encore encore quand la respiration de son amie lui tira un léger frissonnements. Après quoi elle finit par s'écarter avant de planter ses émeraudes dans l'ambre et le gris, puis de lui poser clairement ses interrogations. Finalement, après des mois à éviter que le sujet ne soit sérieusement abordé, il venait à sortir sur le tapis ; cela devait finir par arriver un jour ou l'autre.

Swann baissa aussitôt les yeux, comme une enfant qui se ferait gronder par sa mère. L'assassin, loin de ressentir en elle une énorme honte, n'éprouvait pas pour autant une quelconque fierté à ce qu'elle avait fait subir à son corps en quelques mois. Si elle ne pouvait pas grand-chose quant aux magies de Kelya Netil et de l'Ordre des Quinze, elle avait cependant sa part de responsabilité dans les deux autres ; que ce soit à cause de son inconscience ou par son manque d'expérience en la matière, elle avait accepté plus gros que ce qu'elle avait imaginé à l'époque. « C'est compliqué », admit-elle à demi-mot, cherchant la meilleure façon d'aborder le sujet sans passer pour une imbécile aux yeux de la sorcière. « Il y a beaucoup de choses qui se sont passées », sourit-elle nonchalamment alors que ses yeux s'élevait de nouveau pour se plonger dans ceux de Songe. Comme habituellement, la Belle de Villarreal était plus à même d'en rire plutôt que d'en pleurer.

« Il y a d'abord la magie de Ganondorf, probablement l'une des plus éprouvante pour le corps et pour l'esprit... mais tu l'as déjà vu à l'œuvre. Et elle ne se manifeste que lorsque je suis proche de lui et dans des conditions très particulière », commença-t-elle. La Flamme de Din, la bénédiction du Patriarche, était certainement la magie la plus puissante qui s'écoulait dans ses veines puisqu'elle était directement liée aux deux fragments divins que portaient le Seigneur du Malin. Swann approcha sa main au-dessus de la flamme d'une bougie, laissant celle-ci lui lécher sa chair goulûment sous le regard de la sorcière. « Elle a aussi transformé mon corps sur certains aspects. Mon rapport au feu et à l'ombre n'est plus tout à fait le même depuis », soupira-t-elle, presque de regret, lorsqu'elle repensait à ces jours où elle ne se sentait pas si éloignée des autres hyliens. Pour autant, ces changements constituaient essentiellement des avantages ; aussi n'avait-elle pas vraiment de raison de s'en plaindre. Elle ramena enfin sa main et ouvrit sa paume devant elle. Ensuite de quoi elle souffla doucement dessus pour laisser une poussière grisâtre se disperser dans l'air, dévoilant sa peau qui n'avait pas subi la moindre brûlure.

Swann déboutonna ensuite quelques boutons de sa chemise ; juste de quoi lui laisser suffisamment de jeu pour dévoiler la marque qu'elle portait sur l’omoplate droit. Un nombre, le sien, lorsqu'elle faisait encore parti de l'Ordre : XII. Elle se tourna de façon à ce que Songe puisse l'observer. « Ça, je le porte depuis l'enfance. Je ne sais pas qui me l'a posé », avoua-t-elle, ne sachant pas vraiment si cela pouvait avoir un quelconque intérêt vis-à-vis des projets de la sorcière. « Elle servait à mes... "employeurs", disons-le ainsi, si je tentais de les fuir. Grâce à ceci, ils pouvaient me retrouver n'importe où, peu importante les distances parcourues et le temps qui avait passé », commenta-t-elle. Elle aurait pu s’épancher davantage sur le sujet mais cela lui semblait hors de propos ; autant la marque était-elle resté, autant il n'y avait plus vraiment personne de vivant capable de s'en servir. Et quand bien même quelqu'un pouvait la retrouver avec ça, Swann était beaucoup plus à-même de se défendre dorénavant.

En dévoilant cette marque, Swann avait aussi inévitablement montré à Songe un petit bout du grand tatouage en forme de rosier qui ne lui lui prenait, fut un temps, que le bas de son dos, pour finalement en ce jour déborder jusque sur ses épaules. Puisse-t-il seulement un jour cesser de pousser ; voir faner, dépérir et disparaître, qui sait ? C'était en tout cas ce qu'espérait l'épéiste au plus profond d'elle-même. « Le tatouage c'est... un cadeau d'adieu de ma chère mère », ironisa l'ancienne dragmire avec beaucoup d'amertume. « Lorsque j'étais encore une enfant, elle a scindé une partie de son esprit et l'a implanté en moi, dans le but qu'il me protège à tout jamais, même lorsqu'elle ne serait plus de ce monde. L'intention était louable... », avoua-t-elle tout de même. Elle s'adossa contre le dossier de sa chaise, le temps d'une petite pause. Le souvenir était encore douloureux, et honteux. « Je ne connais pas l'étendue de ses connaissances en matière de magie, mais au lieu de créer un esprit protecteur, elle a créé un esprit vengeur. Et celui-ci a essayé de prendre possession de mon corps, il y a quelques mois... j'ai dû le détruire. J'ignore ce qu'il en reste, dorénavant, mais il ne s'est plus jamais manifesté », déclara-t-elle pour conclure sur ce sujet.

Ceci étant, il lui restait un dernier point à aborder. Et il s'agissait certainement de ce dont la descendante des Netils était le moins fier ; il remontait à une époque ou son insouciance et son impertinence étaient encore extrême et où elle avait probablement commis la grande majorité de ses erreurs quant à ses choix. Et si elle n'en avait pas encore payé les conséquences, elle n'oubliait pas en permanence l'épée de Damoclès qui planait au-dessus d'elle et de tous ceux qu'elle côtoyait depuis ce jour-ci. « Mais ce que tu as senti... ce qui sent le plus fort, chez moi, ce doit être ça », dit-elle en pointant son œil gauche, dont la pupille était étrangement grisâtre là où le second resplendissait d'une lueur ambrée inégalable. « C'est le prix que j'ai dû payer lorsque j'ai fait appel aux services de la Pernicieuse... celle de Cocorico », glissa-t-elle en serrant les dents. « Cette... chose, ni humaine ni rien du tout d'ailleurs, m'a volé mon œil pour le remplacer par le sien. Et depuis, je porte son regard loin de chez elle, par delà les landes et les montagnes », annonça-t-elle, soucieuse et particulièrement mal à l'aise devant l'évocation de ce qu'elle aurait préféré oublier à tout jamais. Elle ignorait comment Songe prendrait la nouvelle, ni comment elle la jugerait en apprenant toute cette histoire ; ceci étant, Swann espérait que ça ne change pas le regard qu'elle lui porte.

« Tu sais tout », soupira le Cygne Noir, dont la main droite vint masquer une partie de son visage. De honte, mais aussi de soulagement après avoir enfin pu parler de tout ceci à quelqu'un.


Songe Tristenuit

Inventaire

De toute évidence sa question avait mis l'assassin mal à l'aise. Pourtant, passé la surprise de ce qu'elle avait découvert, il n'y avait pas de jugement dans sa démarche. Elle aurait été bien culottée de juger les choix de la jeune femme alors que les conséquences de ses propres erreurs avaient touché bien plus de monde qu'elle-même.

Attentive, elle évita d'interrompre Swann pendant qu'elle lui présentait un à un les sortilèges qui l'avaient touchée. À mesure que le voile se levait sur les différents envoûtements à l'oeuvre, leurs subtils parfums devenaient plus distincts à son nez de sorcière et elle avait l'impression de démêler les fils invisibles d'une pelote de laine.

La magie du patriarche ne l'étonna pas. C'était effectivement la partie la plus émergée de l'iceberg qu'elle avait pu voir. Si elle n'avait pas été suffisamment proche du Clan des Dragmire pour en faire l'expérience elle-même, elle avait été témoin de ses effets et il n'y avait pas besoin d'être une mage expérimentée pour en saisir la puissance. Elle partageait l'impression de Swann que ce pouvoir lui était principalement bénéfique malgré ses quelques effets secondaires. Toutefois, elle ne put s'empêcher de se demander un instant ce qu'il adviendrait de ce "cadeau" à présent et se prit à espérer qu'il n'ait pas de revers dans le cas où le Trône se retournerait contre l'assassin.

Les révélations sur l'enfance de la jeune femme furent plus surprenantes. Elles n'avaient jamais tellement parlé de leurs passés respectifs. La macrale laissa cependant mourir sur ses lèvres les nombreuses questions suscitées par ces révélations. Elle espérait bien avoir le loisir de les poser plus tard et elle ne souhaitait pas interrompre la jeune femme dans ses explications. Elle-même gravait dans sa mémoire la moindre information.

Le maléfice de la Pernicieuse était le plus imprévisible et celui qui l'inquiétait le plus. En arrivant à Hyrule elle avait instinctivement cherché la compagnie de ses pairs. Ce qui, au delà de n'avoir sûrement pas été son plus intelligent réflexe, l'avait menée au Village Cocorico et elle n'était pas mécontente d'avoir fait demi-tour. Même sans avoir été jusqu'à rencontrer cette créature elle-même, les rumeurs entendues et la seule odeur de sa magie malsaine suffisaient à hérisser ses poils. Savoir que l'attention de la sorcière aurait pu être portée sur elles en cet instant précis était d'ailleurs aussi malaisant que préoccupant et elle aurait été bien incapable de prédire les desseins de ce qu'était devenue cette femme. Pourtant elle n'avait pas l'intention d'abandonner son amie pour autant et il faudrait bien qu'elle compose avec.

Petit à petit son air s'était fait plus soucieux. En proie à un dilemme intérieur Songe craignait que son sortilège ne fasse plus de dégâts qu'autre chose. Elle savait que les meilleures intentions pouvaient finir en catastrophes. Et pourtant, l'idée de protéger son amie contre sa propre impulsivité n'était que plus renforcée par certains de ses aveux.

"Je n'aime pas trop ça... Mais je ne suis pas en mesure d'y faire grand chose..." Elle secoua la tête, préoccupée. "Tu sais, je ne te juge pas... Je ne prétends pas avoir fait mieux..."

Était-ce une façon de se dédouaner pour ce qu'elle songeait à présent à faire ? Après tout, elle n'était pas certaine que ce soit une meilleure idée que tout ce que venait de lui décrire l'assassin. Peut-être s'apprêtait-elle seulement à ajouter une couche de sorcellerie déraisonnable à un tableau déjà bien trop chargé.

"Je ne suis pas née avec ces affreux cheveux blancs. C'est l'oeuvre d'un esprit que j'avais moi-même appelé." Cet épisode avait beau avoir été la plus utile des leçons, ç'avait aussi été la plus douloureuse. "Quelle sottise... Tout ça pour un homme qui n'en valait pas la peine..."

Mais elle avait compris que son pouvoir avait des limites. Tordre la réalité avait un prix et des conséquences, et elle ne pouvait pas tout prévoir ou maîtriser. Elle repensa aux paroles qu'avaient prononcées Swann à propos de sa mère. Elle aussi n'était apparemment pétrie que de bonnes intentions mais ça ne l'avait pas empêché de causer plus de tort que de bien à sa fille au travers de son dernier présent.

"Et ces cheveux ne sont qu'une moquerie. Pour me rappeler que tout mon Clan a péri par ma faute." Pensive, sa main avait glissé machinalement dans ses cheveux dont elle venait de saisir rageusement une mèche, comme pour faire une démonstration. "Tu ne devrais peut-être pas me faire autant confiance..."

Et pourtant, si un sortilège pouvait la rassurer... Les cheveux immaculés de la jeune femme retombèrent doucement alors qu'elle desserrait sa prise.
La proposition n'était pas tombée dans l'oreille d'une sourde. Elle ne supportait pas de se sentir impuissante face aux événements. Elle avait besoin de contrôle. Le simple fait d'apposer sa marque sur son amie, si chère à ses yeux, avait quelque chose d'apaisant. Négligeait-elle les risques ? Se croyait-elle encore une fois plus maline qu'elle ne l'était ? Ou l'idée de la perdre et de ne plus la revoir était-elle trop douloureuse à envisager pour qu'elle s'en remette au simple hasard ? Doucement, l'idée faisait son chemin.

En relevant les yeux vers l'assassin elle se rendit compte qu'inconsciemment elle s'était mise à fuir son regard depuis qu'elle avait appris qui pouvait se cacher derrière. Elle prit une grande inspiration avant de planter ses yeux dans ceux de Swann.

Elle eut toutefois un blanc avant de reprendre la parole. La jeune femme qui lui faisait face était incontestablement douée, indépendante, habile. Elle ne doutait pas de ses compétences. Son problème en revanche était le même que Songe, elle ne connaissait pas ses limites. La Chouette aurait pu simplement se comporter comme une bonne amie. Elle lui aurait souhaité bonne chance pour son entreprise, lui aurait fait promettre de faire attention à elle. Sans doute l'assassin aurait-elle accepté cet engagement pour la rassurer. Elle aurait même peut-être été sincère. Mais au fond, elle aurait su toutes les deux que ces bonnes intentions seraient balayées face au premier danger. À Cocorico, ne s'était-elle pas attaquée à un homme qui était censé compter parmi les meilleurs épéistes du royaume ?

Les gens, même les mieux intentionnés, étaient faillibles. Pourtant, il existait des serments qu'on ne peut briser. Des ordres magiques si fortement imprimés qu'ils pouvaient causer une indicible souffrance à ceux qui essayaient de les contourner. Bien sûr, elle ne souhaitait pas que son sortilège tue la jeune femme. C'eût été contre-productif. Mais une douleur qui l'empêchait de commettre des actes inconsidérés et lui sauvait la vie... N'était-ce pas un mal pour un bien ? Elle pouvait atténuer le sort, tout en conservant son essence. Elle pouvait même envisager un garde-fou. Si tout ça dérapait, elle comptait bien remuer ciel et terre pour retrouver son amie.

"Je pourrais malgré tout... Je pourrais réaliser un envoûtement qui me permettrait de veiller sur toi."

Menteuse. Sous ces paroles candides elle omettait sciemment les plus importants détails. Elle n'avait pas les ingrédients ni le temps pour préparer un véritable sort de protection comme on aurait pu se le figurer. Et elle avait beaucoup trop peur d'opérer un charme qui aurait permis à qui que ce soit de passer par elle pour retrouver la jeune femme en fuite. Mais si elle lui en parlait, si elle lui disait exactement quelles chaînes elle pensait poser sur elle... Elle dira non, tu le sais.

"Un peu improvisé certes... Avec les moyens du bord..." Pendant qu'elle parlait nerveusement, la jeune femme avait tiré de sa ceinture un petit poignard qu'elle tournait à présent entre ses mains. "Tu sais que c'est avec la magie du sang que je suis la plus douée pour ça..." Sa voix s'était faite doucereuse.

Songe n'eut qu'un léger frisson lorsque l'athamé ouvrit la chair de la paume de sa main. Elle y était si habituée qu'une large cicatrice côtoyait déjà la rivière rouge qui s'y traça. Elle aimait la sensation de pouvoir que ce sacrifice faisait affluer en elle. Une légère lueur brillait dans ses yeux émeraudes, peut-être accentuée par la pénombre de la pièce, lorsque de sa main intacte elle tendit à Swann le petit poignard rituel. Elle l'invitait à l'imiter. Sa paume tâchée de carmin prête à se mêler à la sienne pour sceller leur pacte.

"Je suis prête, mais le choix te revient..."

Elle était peut-être incapable de lui offrir la vérité, mais c'était bien parce que c'était son amie, si précieuse pour elle, qu'elle lui offrait la possibilité de reculer. Ou bien n'était-ce qu'une façon égoïste de fuir ses responsabilités pour ce qui pourrait suivre ?


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