To Lord and Land : Assaut sur le Vallon

Début de l'hiver - 1 an 3 mois avant (voir la timeline)

Llanistar van Rusadir


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Une lanière avait cédé sous son coup, et dés que le plastron se détacha un tant soit peu, Llanistar sentit que ce qu'il avait senti n'était pas une illusion. L'aura qui se trouvait auparavant écrasée jaillissait à présent de l'armure. Le nordique y sentit alors du désespoir et une profonde tristesse qui l'étreignirent profondément. A présent, son don trouvait une réponse, un lien avec l'être humain qui se trouvait dans cette armure de mort, et ce lien lui faisait partager les émotions qu'il ou elle éprouvait.
Mais soudain, il arrêta subitement de penser quand il vit le Hache Viande repartir à l'assaut. D'un bond à l'arrière, il esquiva le premier coup qui l'aurait sans doute tordu en deux mais, déstabilisé par son esquive, ne put empêcher son adversaire de venir saisir sa tête et de la plaquer contre le plastron branlant.
Ce qu'il entendit le frappa de stupeur. Du lien qu'il avait tissé avec la victime de l'armure lui provenaient des murmures tourmentés, comme par un cauchemar. Des murmures dont il reconnu la voix. Le souffle coupé court par le geste violent du Hache Viande, il s'exclama à voix haute,


"Tali ?!"

Le lien se resserra.
Et aussitôt la bête s'empara à nouveau de lui. Son souffle s'accéléra tandis qu'il s'abandonnait à sa colère. Ganondorf n'avait ainsi pas seulement tué ses hommes. Il torturait cette femme que Llanistar appréciait, qui avait sauvé le Héros du Temps... Une femme qui n'avait rien à faire en cage.

Lorsque le pommeau frappa au niveau de son foie, il encaissa avec un grognement de douleur mêlée de rage. Mais lorsque le poing d'acier approcha la seconde lame de la gorge du Rusadir, la bête qui le contrôlait réagit aussitôt. De qualité médiocre et déjà fragilisé par son choc avec l'armure, l'acier de la lame se brisa au dessus de la poignée lorsque le poing gris de Llanistar vint le percuter. Saisissant aussitôt son avantage, le nordique frappa à nouveau, mais au gantelet même, espérant l'éclater d'un coup assez puissant. Presque dans le même temps, il fit glisser sa lame au niveau où le bras de l'armure qui le tenait contre le plastron était raccroché à l'épaule et la glisser dans l'interstice, tranchant alors les liens qui maintenait les protections de ce bras. La prise du Hache Viande desserrée, il dégagea sa lame et agrippant le plastron de ses doigts de métal, força violemment sur le plastron pour l'arracher.

Afin d'éviter la contre attaque qui arriver, le général se déporta sur le côté gauche de son adversaire et fit un pas en arrière. Même animé par ses instincts, la fatigue l'étreignait et le coup porté à son foie lui infligeait une souffrance conséquente. Mais Llanistar était décidé à sauver celle que le Hache Viande enfermait, même au risque de sa vie. Une vie n'était valable que mise au service des autres, pensait il. Et même contre l'enfer que représentait ce Hache Viande, il respecterait cette règle.


"Tiens bon, Tali. Je ne t'abandonnerais pas."


Tali N. Thorlak


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    Un mot. Son adversaire prononça un mot que la bête ne comprit point. En fait, il fila comme le vent dans ses oreilles alors que les bruits des épées qui s'entrechoquaient reprenaient leur place dans le heaume du Hache-Viande.

    La lame qui se dirigeait droit vers la jugulaire du soldat se fracassa en milles morceaux. Probablement surprise, comme si la bête n'eut jamais pensé celà possible – après tout, sa hache et son armure ne pouvaient être cassées de cette manière – l'impulsion de sa main s'arrêta. Pendant ce court moment d'immobilité, son adversaire en profita pour frapper de sa main nue – mais relativement rigide, presque faite de métal elle aussi, au son produit – l'une des mains de la cuirasse maudite. Une lame guidée par le soldat se glissa à la naissance du bras, arrachant un cri à la bête de métal, alors que l'armure du bras se relâchait tranquillement.

    Le Hache-Viande regarda un instant, encore sous le « choc » de la précédente attaque, de ses deux mètres trente, le petit homme qui s'était accroché à son plastron, tentant aussi bien que mal de le lui retirer. L'équipement resta bien en place, les deux lanières résistant aux chocs et aux tiraillades. Mais n'eut-elle le temps de réagir qu'il se dégageait de son champ d'action. Cependant, le Hache-Viande ne resta pas plus longtemps au même endroit et s'élança vers le guerrier.

    L'Armure du Malin empoigna les mains du combattant –  après tout, il avait réussi à briser une lame avec, elles devaient donc être neutralisées –  broyant ses mains par la même occasion. L'Acier sombre ramena le soldat vers lui, le secouant comme une marionnette, de façon à ce que son corps se fracasse contre son plastron à plusieurs reprises, avant de lui asséner  à nouveau, un, puis deux coups de genou, sans relâcher sa prise sur les mains de sa victime. Ses gantelets comprimaient les poignets du soudard avec la force qu'il fallait pour réduire en miette les os d'un bœuf. La bête de fer noir porta un troisième coup de genou en pleine cuirasse du freluquet qu'elle affrontait. Sans chercher a atteindre la cage thoracique, elle amorça une poussée de la jambe et accompagna le mouvement des bras. Dès que le nordique fut rendu suffisamment loin, elle le jeta avec violence au sol, en espérant qu'il chuterait douloureusement dans le sable.

    L'Armure se retourna, agrippant sa hache qu'elle avait coincée tout à l'heure dans un rocher. Après avoir tiré un grand coup, l'arme se dégagea et retrouva les mains gantées de la bête de fonte.



Llanistar van Rusadir


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Rien ne semblait pouvoir l'ébranler. La bête de métal avait bien laissé échapper un cri de douleur de son épaisse carapace lorsque la lame du Rusadir avait pénétré entre ses plaques d'acier maudit, mais rien de plus. Le plastron, lui, n'avait pas bougé et Llanistar se sentait perdre du terrain au fur et à mesure que le combat avançait. Son adversaire démoniaque l'avait trop souvent atteint, et trop violemment. A cela s'ajoutait la fatigue due à son précédent duel et à celle, plus globale, de la bataille rangée. Le général ressentait une profonde douleur à chaque inspiration et son armure se faisait plus lourde.
Même la bête qui s'était emparé auparavant de lui commençait à faiblir, devant la résistance implacable, inébranlable même, du Hache Viande. Et Tali ne semblait pas à même de s'éveiller, de reprendre le contrôle. Le nordique ignorait d'ailleurs si c'était son esprit possédé qu'il affrontait ou bien un démon inconnu. Il ressentait seulement entre eux, malgré leur lien, une puissante barrière qu'il ne pouvait espérer briser. La magie n'était pas son affaire et son don lui paraissait dérisoire contre un ennemi que seule la mort semblait guider.

Tandis que Llanistar essayait de prévoir un plan pour désosser un peu plus cette carcasse métallique, celle ci fonça sur lui. Réagissant aussitôt, il improvisa une garde et prépara même un coup en direction de la jointure entre le heaume et le torse. Mais tandis que la lame percutait l'armure, la force du coup fut anéantie car le Hache viande venait de saisir les mains du général, qu'il pressa dans les siennes. Saisit par une douleur aussi intense qu'inattendue, le nordique fut même incapable de crier. Réduit à l'impuissance, il encaissa comme un pantin la pluie de coups que fit pleuvoir sur lui son ennemi.
Les ténèbres l'envahirent. Au bord du précipice, il tentait de garder sa conscience éveillée, malgré les appels de son coeur à se laisser tomber dans le sommeil. Chaque nouveau coup était un éclair de souffrance, une nouvel vague dans un maelstrom de tourments. Et lui ne pouvait rien y faire. Lui qui n'était rien de plus qu'un guerrier, il se trouvait désarmé par une montagne de force et de violence. L'espace d'un instant, il n'y eut plus de général. Llanistar était redevenu l'enfant qui subissait avec désespoir la colère de son père. L'enfant qui n'avait pas les armes pour se défendre.
Soudain, l'océan infernal s'apaisa et il sentit le vent sur sa peau. L'enfant flottait, comme lorsqu'il allait laver ses plaies dans une rivière des bois non loin du château. Son armure ne lui pesait plus, la douleur s'était envolée... C'était bon.

Et tout aussi subitement, Llanistar retomba lourdement sur le sol, dos contre terre. Le souffle coupé. Le général était revenu, ramené par le choc. Sa main droite se serra sur la poignée de son épée mais il sentit que c'en était fini. Il n'aurait pas la force de continuer. Il ne parviendrait peut être pas à se relever. Un son violent derrière lui indique au nordique que le Hache Viande avait retrouvé son arme.
Ainsi, il avait échoué. Pour la première fois de sa vie, l'héritier d'Ardavin, le Fléau de Markand avait perdu son combat et allait retrouver ses ancêtres. Un sourire attristé lui vint. Il repensa à Saad, à Valen, à Orpheos, à Zelda, à Link et enfin... A Tali. Tout bien considéré, se dit il, une mort de sa main était préférable à bien d'autres. La peur du dernier instant au ventre, il ferma les yeux et attendit que le destin ne lui accorde son dernier coup.

Mais la hache ne vint point. A sa place, Llanistar entendit le sifflement de plusieurs flèches tout prés de lui. Intrigué et le coeur soulevé d'un nouveau souffle, il ouvrit les yeux pour voir un groupe entier de ses soldats viser le Hache Viande et le harceler de leurs projectiles. Ca n'était pas des archers mais des arbalétriers. Et tout chevalier savait que même une excellente armure ne résistait pas face à la puissance d'un carreau de ces armes redoutables... Le Hache Viande ne ferait pas exception.
Se redressant difficilement, déchiré par ses blessures, le général parvint à refaire face à son ennemi. Sachant que reprendre le combat serait signer son arrêt de mort à coup sur, il glissa sa main vers sa botte droite et en sortit une arme dont il ne s'était jamais servie en Hyrule. La dague de son grand père semblait faite pour lui mais son artisan, le vieux Najid, lui avait fait promettre de toujours en user pour la plus noble des causes : Défendre et servir.

Llanistar se figea. Il saisit la lame de la dague et, visant une des lanières qui tenaient encore l'armure entière, la lança avec toute la rage dont il était encore capable. L'arme vint se planter dans sa cible, tranchant presque sur le coup le lien. Le nordique ne put retenir un sourire. C'était sans doute son dernier mouvement dans ce duel, mais c'était un embryon de victoire qu'il venait d'arracher. Sans réparations, le Hache Viande ne tiendrait pas longtemps en un seul morceau.
Récupérant prestement son épée, le général la brandit vers son ennemi et déclara, d'une voix éreintée mais où brûlait une haine intacte,


"Tu as gagné cette bataille, mais pas la guerre. Toi et ton maître ne vaincront pas aussi aisément. Passe lui donc le message : Hyrule est prêt à la guerre. Et garde donc cette dague pour moi. Je reviendrais la chercher, comme je reviendrais te sauver... Tali."

Couvert par la pluie de carreaux de ses hommes, Llanistar, la mort dans l'âme à l'idée de devoir abandonner son amie, recula sur la pente puis fit volte face et sonna deux coups dans son cor. La retraite était ordonnée. Devant la résistance des revenants de Ganondorf et son propre échec, le général se refusait à prendre plus de risques. Car si il brûlait de sauver Tali, il ne pouvait sacrifier ses hommes à ce but. Stratégiquement, vingt soldats valaient plus qu'un âme sauve. Le pas lourd et boiteux, il rejoignit les rangs de ses hommes, se réfugiant derrière ce rempart de bravoure. Il ne constata qu'à ce moment là que sa main d'acier avait perdu deux doigts, lorsque le monstre l'avait broyé. Dire qu'il s'en était tiré en vie ! Cependant les prières attendraient. Plus que le soulagement, la colère l'habitait. La même colère qu'il avait tiré de la violence de son père. Un père qu'il avait tué.


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