Un dîner aux chandelles

[Privé ; Negai & Laurent]

début du printemps - Ce jour-là... (voir la timeline)

Laurent


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Brrr... Voilà que des frissons parcouraient toute sa colonne, finissant dans le bas de son dos dans un sentiment de froid puis de chaud intense. C'était que c'était terriblement tentant, tout ça... Mais il fallait se contenir ! Savoir-vivre. Cela passait, aussi, par la retenue de soi dans des situations pareilles.

"- Alors... Allons-y, dans ce cas."

Il lui passa devant, légèrement gêné. Ca, c'était clairement une façon de faire passer une tentative de le reluquer pour de la galanterie complètement désintéressée. Il avait beau être naïf, parfois, et surtout sur ce sujet, mais là, c'était juste voyant. Alors, le rouquin tenta de ne pas trop bouger, surtout une partie basse de son anatomie... Il voulait bien être conciliant, mais pas autant.

"- J'espère que vous aimez ce que vous voyez." lança-t-il une fois en dehors de l'auberge.

Cette sorte de pique lui avait échappé.


Negaï


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"J'espère que vous aimez ce que vous voyez."

A peine la porte s'était-elle refermée derrière eux que la remarque avait fusé, sèche comme un vieux parchemin qu'on aurait peur de manipuler sous peine de le déchirer.
*Mmmh touché !* pensa-t-il, un sourire fair-play plus que gêné aux lèvres. Il décida néanmoins de prendre la chose avec humour.

"La vue est plutôt agréable, merci de vous en inquiéter. Même si je suis habituée à des paysages plus vallonnés."

Venait-il indirectement de le traiter de planche à pain ? Oui, certainement ! Mais ça n'était qu'une parade. Il appréciait ce qu'il avait pris le temps de détailler. Seulement ces choses-là se disaient encore moins dans le contexte qui avait été instauré entre eux. Il s'inclina cependant devant-lui.

"Je suis impardonnable. Me laisserez-vous une chance de me rattraper ?"

Il se releva et, joignant le geste à la parole, lui tendit sa main gauche. Une invitation à la saisir. Ses longs doigts portaient de discrètes marques autour des ongles, symbole d'une constante angoisse issue d'une autre vie. Sa vilaine cicatrice au poignet, souvenir de la dernière fois qu'il avait senti son cœur battre, ressortait étrangement sous la pâle lueur de la lune. Ses yeux paraissaient presque transparents sous ce contraste un peu mystique.

Il n'avait pas tout à fait le physique du gars qu'on voulait suivre sans faire d'histoire. Pas rassurant, et certainement pas pour rien. Même son sourire aimable ne trompait personne.


Laurent


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Non mais, est-ce qu'il venait discrètement de le traiter de planche à pain, là ?! Incroyable ! Bon, il voulait bien croire qu'il n'était pas doté de formes généreuses comme certains et certaines pouvaient l'être, mais enfin, c'était très vexant !

"- Je suis impardonnable. Me laisserez-vous une chance de me rattraper ?"

La main gauche tendue du jeune homme lui sembla louche sous la lueur lunaire. Et son air tout aimable encore plus. Est-ce qu'il espérait vraiment que Laurent allait lui répondre "Oui ! Avec joie !" et hop, se laisser entraîner vers il ne savait trop où - et il ne voulait pas le savoir - ? Jamais de la vie ! Pourtant...

"- Eh bien..."

... Pourtant, son esprit de stratège avait envie de jouer un nouveau plan pour une fois. Il baissa légèrement ses lunettes sur son nez, et se rapprocha lentement, doucement, vers Negai, laissant ses doigts frôler la main de celui-ci, remontant plus haut sur son bras par la suite. Tout dans la légèreté.

"- Persuadez-moi de vous donner cette chance... Negai."

Il avait dû forcer pour que sa voix se fasse le plus séduisante possible, sans vraiment de succès. Il avait sans doute trop bu pour que son esprit tente ce genre de choses... Mais même s'il était quasiment convaincu de la non-honnêteté de son vis-à-vis, l'envie lui prenait de connaître... S'il savait au moins argumenter par rapport à ses petits travers et ses intentions avec lui.


Negaï


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Alors là... Était-ce l'alcool qui faisait enfin effet ou bien avait-il quelque chose en tête ? Le violet ne perdait pas de vue le métier du jeune homme avec qui il passait la soirée. Sans doute sa réputation commençait-elle à se faire connaître. Ainsi le rouquin voulait faire un peu de zèle en essayant d'en savoir plus sur lui. Mais il avait aussi souligné le fait de ne pas boire souvent. Negaï était perdu.

Il ne quitta pas le visage du garçon des yeux tendis qu'il se rapprochait et qu'il sentait ses doigts glisser sur sa peau, laissant des frissons dans leur sillage. Les caresses, contrairement à ce qu'on pouvait croire, n'étaient pas son lot quotidien. Et cette réaction, combinée à l'air grave qu'il portait dorénavant pouvait être pris pour de la répulsion. Mais pas du tout. Il était juste sur la défensive.

"Eh bien..."

Il reprenait sa méthode pour maintenir la tension entre eux, le laissant sur sa faim quelques secondes. Il s'agissait de réfléchir aussi, de son côté, pour ne pas se planter. Il regarda brièvement le ciel pendant qu'une boue dubitative agitait sa bouche d'un côté, puis de l'autre de son visage. Il planta à nouveau ses deux glaçons dans les billes vertes du soldat.

"Tout dépend de si vous comptez dormir ou non cette nuit."

Il était plutôt fier de sa phrase très ambigüe, même s'il avait pris le risque de le voir partir en courant. Pourtant, ses intentions étaient tout sauf malhonnêtes... Quoiqu'elles avaient pour but de préparer le terrain pour une malhonnêteté future. S'il était dévoré par la luxure et se comportait souvent comme un vrai salaud, il ne mourait pas d'envie d'être recherché pour viol parce que môssieu le rouquin ne tenait pas l'alcool. Question de principe. On abuse et on charme, mais on ne force pas.


Laurent


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Ca, c'était un symbole de sa tentative de retournement de situation ratée. Il fallait qu'il arrête de combiner alcool et stratégie ; à part lui donner la nausée et la migraine, ainsi que le faire passer pour une andouille, ça n'avait aucun effet. Aussitôt, le masque tomba, de même que son bras sur son flanc.

"- Je ne compte pas dormir de sitôt."

Malgré cet aveu, il restait complètement neutre - à part ses joues rouges qui étaient de vraies traîtresses -.

"- Je ne suis pas du genre facile, cependant. Ce sera un vrai défi, je suppose."

Même si, au fond de lui, il ne pouvait s'empêcher de se dire que c'était déjà tout gagné pour le violet, ou presque. Au moindre faux-pas, c'était sûr et certain : le rouquin rentrait chez lui, et Negai se la collerait derrière l'oreille. Quoique le connaissant déjà un peu, il lui serait sans doute possible de trouver un "plan" un peu tardif...

Laurent remonta ses lunettes sur son nez, plantant ses irrésistibles prunelles vertes dans celles bleutées du garçon.

"- Voyons si vos charmes viennent à bout d'un stratège et Garde Royal."

BAM ! ... Ahem.


Negaï


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C'est un léger sifflement qui s'échappa de ses lèvres à travers ses dents en guise de rire. Il n'avait pas voulu être vexant, mais là, comment aurait-il pu se retenir ? En plus d'être coincé comme les charnières de la porte d'une vieille maison, Messire prenait la grosse tête et se prenait pour un challenge ? Negaï aimait les défis, mais faire croire aux types désespérés qu'ils étaient inaccessibles, c'était trop dur pour lui !

Il se ressaisit tout de même rapidement avant de prendre un air un peu étonné. Car étonné, il l'était, on pouvait le dire ! Un peu agacé, aussi. Il expliqua ce changement d'expression :

"Je tiens à être claire, mon bon Monsieur... Je suis venu pour apprendre à vous connaître et passer du temps en votre compagnie."


Alors là... Il réprima un sourire amusé. Il commençait sincèrement à s'inquiéter de ne plus être capable de dire la vérité, à force de mentir constamment comme un arracheur de dents. Mais voyant que l'autre avait l'air encore moins convaincu que lui, il continua.


"Je ne vous ai pas caché mon attirance pour vous, et si vous voulez être séduit, qu'il en soit ainsi, je vous séduirai."

En toute modestie, évidemment. Comme dans beaucoup de cas, il avait illustré ses paroles avec ses gestes en se rapprochant du rouquin jusqu'à en avoir mal à la nuque à se pencher pour continuer à le regarder dans les yeux. Sa main - la droite, cette fois - avait fait le mouvement d'une caresse sans pour autant toucher sa joue. Il gardait l'espoir que cela lui donnerait envie.

Mais voilà qu'il basculait déjà en arrière pour revenir à sa place initiale, son air impassible précédent ayant repris lui aussi sa place sur son visage. La nouvelle proposition ne se fit pas attendre. Si près mais si loin, lui aussi jouait les inaccessibles à sa manière.

"Mais si vous ne le voulez pas, alors ne comptez pas sur moi pour vous supplier."

Eh ouais. Il était comme ça le Negaï.


Laurent


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"Je tiens à être claire, mon bon Monsieur... Je suis venu pour apprendre à vous connaître et passer du temps en votre compagnie. Je ne vous ai pas caché mon attirance pour vous, et si vous voulez être séduit, qu'il en soit ainsi, je vous séduirai. Mais si vous ne le voulez pas, alors ne comptez pas sur moi pour vous supplier."

Ce type était tout de même un sacré numéro. Il en aurait presque levé les yeux au ciel. Ah bah oui, il le faisait, finalement !

"- Vous n'êtes pas très obstiné, alors." lâcha-t-il.

Oui, le rouquin finissait par se plaire dans le rôle du bourreau. Pas comme s'il faisait du mal comme ça, mais ses mots étaient tranchants comme la lame d'une guillotine. Pas de quoi rassurer, donc. Pourtant, il se rapprocha, frôlant Negai pour finalement passer à ses côtés.

"- Séduisez-moi."

Il avait envie de voir jusqu'où le violet pouvait aller. Et surtout, jusqu'où il pourrait aller face à lui. Face au binoclard cérébral de service. En général, même les plus bornés n'allaient pas très loin en remarquant tout d'abord son allure, puis son mental : un vrai glaçon, un comble, pour un Mage de Feu.

Mais là... Là... C'était tellement agréable d'être désiré - même pour de faux - par un tel homme... Il en sentait son ego regonflé à bloc. Et son petit coeur avoir des palpitations. La proximité entre les deux garçons commençait à être dangereuse pour le roux... Et sa sensibilité !


Negaï


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"Vous n'êtes pas très obstiné, alors."

Woooh ! C'était quoi son problème, à lui ? Contrairement à sa Majesté des Carottes le violet n'avait pas besoin d'attendre une faille dans l'espace temps d'Hyrule pour plaire. Il n'avait guère que l'embarras du choix, avec toutes les personnes qui pensaient à lui quand elles ne parvenaient pas à s'endormir. Pourquoi s'acharner sur un jeune premier à peine capable d'aller à un point A à un point B sans se voir aussi gêné qu'une personne qui aurait perdu son pantalon devant le Héros du Temps ?...

Puis il commençait à sacrément l'agacer avec son air autoritaire et supérieur. Bien un garde, ça c'était certain ! Il s'apprêta à faire une remarque désobligeante, quitte à se rabattre sur la serveuse s'il n'appréciait pas. Mais voilà que le Rouquin était submergé par une vague de confiance et se rapprochait de lui. A nouveau son contact lui arracha un frisson.


"Séduisez-moi."

Avec deux glaçons, une feuille de menthe et une rondelle de citron ? Mais bien entendu, mon cher ! Et le pire, c'est qu'il n'était même pas payé pour lui servir le numéro de l'homme parfait lors d'un premier rendez-vous. Il se sentait jaugé comme lors de son examen pour utiliser les plantes médicinales. Sauf que là, au moins, quelqu'un copiait sur lui pour gonfler son ego. Là, il était seul face à... à... à ça.

Mais soit. Il leva une main pour écarter quelques mèches qui l'empêchaient de voir les yeux de son interlocuteur. Vraiment une très belle couleur, malgré le sale caractère qui se cachait derrière. Il s'attarda quelques secondes avant de détailler les nuances de ses iris qui ressortaient malgré la pénombre de la rue dans laquelle ils se trouvaient. Son autre main arriva à la hauteur de sa taille. Il voulait que le rouquin la prenne.


"Dans ce cas, me suivrez-vous ?"

S'il acceptait, il allait avoir du mal à revenir du voyage que le violet lui avait organisé. Il ne sortait pas le grand jeu tous les jours, mais quand c'était le cas, c'était le cas !


Laurent


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Son hésitation se fit plus grande. D'un côté, le violet ne lui inspirait pas confiance. C'était une belle plante qui savait y faire niveau charme, et qui le lui avait prouvé maintes fois. De plus, si quelqu'un apprenait qu'il fricotait avec ce genre de personnes, alors qu'il était Garde, c'était bien une bonne raison pour être renvoyé... Ou bien pire.

Et pourtant. Pourtant, c'était agréable qu'on veuille de lui, même si ce n'était pas vrai, même s'il le lui avait demandé, même si Negai attendait sans doute quelque chose de lui en échange. Lui qui n'avait jamais été aimé, approché d'aussi près, sentir ce souffle léger balayer doucement son visage alors que leur distance réduite était toute nouvelle et palpitante pour Laurent...

Il leva doucement sa main, pour la poser délicatement dans celle de son compagnon de soirée, ses doigts fins et pâles émettant une faible chaleur. Pourtant, le roux chauffait et brûlait intérieurement.

"- Hm... Oui, Negai...!"

En espérant ne pas le regretter.


Negaï


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Le violet referma aussitôt ses stalagmites sur la main du rouquin. Un geste ferme et déterminé mais assez doux par ailleurs. La douceur de Negaï, qu'on ressentait, mais à travers laquelle la violence se pavanait toujours. Il n'avait toujours connu que l'amour vache, après tout.

"Vous m'en voyez ravi, Laurent."

Il avait du se faire violence pour prononcer le prénom de la brindille qu'il avait sous les yeux. L'appeler par son nom permettait de garder une certaine distance. Il avait l'impression d'avoir fait un pas dans son intimité, et n'aimait pas ça. Mais pour l'heure, là n'était pas la question. Il déposa un léger baiser entre ses doigts, sur le dos de sa main.

Il se redressa un peu vite et tourna sur lui-même pour descendre une petite allée, son bras tendu derrière lui pour ne pas rompre le contact avec son gibier. Il marchait rapidement, sans non plus courir. Quelques passants tardifs les regardaient, certains avec un air attendri. Des tourtereaux qui se tenaient par la main, voilà de quoi ils avaient l'air. Mais quelle horreur.

En arrivant devant une pile de caisses collées à un mur assez élevé, il refit face au jeune mage, et planta son regard dans le sien. Son autre main était partie à la recherche de la deuxième de ce dernier. Il était là, face à lui, le souffle contenu et le regard inquisiteur, tenant ses deux mains à quelques centimètres de ses lèvres. Il en faisait des tonnes, mais généralement, ça marchait...

"Fermez les yeux, très cher."

Eh oui, il avait même prévu une surprise. Si l'autre le voyait aussi pervers qu'il ne l'était vraiment, il devait avoir des images assez traumatisantes dans la tête. Cette idée arraché un petit sourire en coin au violet.


Laurent


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Les regards des gens lui semblaient tellement indiscrets... A toujours chercher à comprendre qui était telle ou telle personne... Enfin, il pouvait bien les blâmer, il faisait la même chose. Tout le temps, il analysait et décortiquait chaque réaction, chaque physique, chaque allure. Et là, en s'analysant lui-même avec le violacé, il pouvait clairement conclure que les gens pensaient à un petit couple main dans la main rentrant chez eux pour- Urg, il allait vomir.

Alors que son teint virait au vert, il changea soudainement, devenant rouge pivoine. Le rouquin ne sut pas comment réagir à la demande. Fermer les yeux...? Pourquoi ? Qu'allait-il lui faire ?! Ce gros pervers voulait abuser de lui ! Il en était sûr ! SÛR ! ... Enfin, quoique... Si ça se trouvait, il était juste en train de se préparer à l'embrasser... Oh par les Déesses. Son premier baiser par ce type. Il ne savait pas comment le prendre : devait-il être heureux ? Après tout, c'était un beau garçon, très charmant, et tout de même assez doux malgré sa violence assez récurrente... Mais de l'autre coté, c'était juste un gars qu'il connaissait depuis quelques jours, qui risquait de le sauter puis de le larguer comme une vieille chaussette...

Sacré dilemme.

"- Mhh... Bon... D'accord...!" dit-il timidement.

Il ferma doucement les yeux, hésitant, mais trop curieux pour laisser la soirée se finir ici. Et puis... Il l'avait voulu, non ? Il fallait assumer ce choix. Assumer ce qui allait se passer... Et ce qui allait en suivre...

... Oh, par les Déesses...!


Negaï


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Negaï se pencha pour admirer ce visage tendu sans défense devant lui. Si ça ne tenait qu'à lui, il se serait fait un plaisir de visiter ces fines lèvres avec les siennes. Il était certain qu'elles avaient encore le goût de la tarte aux pommes que le rouquin avait engloutie quelques minutes auparavant. Mais il avait d'autres plans, il fallait faire mouche.

"Vous êtes encore plus ravissant de prêt que de loin."


Il eut envie de faire courir ses doigts sur les rondeurs de ses jours, l'os de sa mâchoire, le creux de son cou. Il avait toujours été tactile. Se cachant toujours derrière sa répartie, il n'était finalement pas très expansif au niveau de la parole. Tout passait par le toucher, que ce soit de la haine ou quelque chose de plus doux. Une tendre indifférence, c'était tout l'amour dont il était capable. Sauf pour sa maîtresse, mais il en avait plus peur qu'il ne l'aimait. Et pourtant les Déesses savaient qu'il l'aimait.

Mais ça n'était pas parce qu'on était un enfoiré notoire qu'on devait s'empêcher d'être esthète. Ce garde, aussi hautain qu'il pouvait être avait été gâté par la nature. Quelque part, Negaï l'enviait. Cette fragilité qui émanait de lui était tout à fait désirable. N'importe quel prétentieux en quête d'amour, du vrai, celui qui fait naître des papillons dans votre ventre, se verrait happé par ces grands yeux qui manquaient cruellement de confiance en eux malgré le pouvoir qu'ils avaient. Quand on voyait ce type, on voulait l'aimer, être celui qui le protégerait. Et lui, personne ne l'aimerait jamais ainsi.

Il avait oublié de respirer en se perdant dans sa contemplation. Il inspira enfin, en se penchant, ses lèvres assez proches pour que l'autre les sente même si elles ne touchaient pas les siennes.

"Je veux vous montrer quelque chose que j'affectionne tout particulièrement. Et vous serez le premier à qui je me dévoile tant. J'ose espérer que vous en serez satisfait."

Et c'était la vérité. Jamais personne ne l'avait suivi là où il comptait emmener le rouquin. Non pas que ce soit un sanctuaire ou quoi que ce soit. Mais il était souvent seul, lorsqu'il n'avait pas besoin de "compagnie". Là, c'était intéressé. Mais quelque part, il était un peu fier de montrer son petit coin à lui à quelqu'un. Il voulait que le rouquin trouve ça beau. Que quelqu'un pense comme lui, tout bonnement.

"Attention à la caisse... Là... Tenez ma main..."


Il le guida ainsi jusque sur le mur d'une bâtisse abandonnée. Une vieille épicerie, si l'on en croyait les panneaux à moitié effacé en bas. Le mur en question n'était pas bien haut, mais suffisait à dominer les quelques maisons un peu plus bas, et offrait une vue imprenable sur la Plaine, et son horizon qui embrassait le soleil, qui lui-même venait retrouver son lit après une longue journée à avoir brillé de mille feux. Ils arrivaient à temps, il ferait bientôt complètement nuit.

"Vous pouvez rouvrir les yeux."


Laurent


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Son compliment le fit rougir plus qu'il ne le pouvait déjà. Si d'habitude, ni insultes ni flatteries ne marchaient sur lui, cette fois, cela faisait mouche avec une précision des plus affligeantes. Il en était tout retourné. Même si c'était sûrement une tactique dégoûtante pour arriver à ses fins, il était heureux d'avoir entendu pareils mots dans la bouche d'une belle bête comme Negai.

Ce dernier lui avoua vouloir lui montrer quelque chose. Oh non. Il craignait le pire. Mais alors, vraiment le pire. Pourtant, quelque chose attirait son attention. Le premier à qui il le dévoilerait...? Alors, ça ne devait rien être de très... Ahem. "Gênant" ? Puisque ce n'était certainement pas une chose de ce genre qu'il n'aurait jamais montré à quelqu'un d'autre. Non vraiment, loin de là.

Lorsqu'il fut enfin mené vers l'endroit tant attendu - et par les Déesses, le voyage avait été court mais rude -, il osa à peine ouvrir les yeux... Et les écarquilla aussitôt. Le paysage s'embrasant doucement se reflétait dans ses iris vertes pures et irrésistibles, alors que ses mains devenaient toutes tremblantes. Le ciel devenait à peine de ce bleu de nuit, ce bleu foncé, quasiment noir, qui laissait enfin voir la lune et les étoiles. C'était là une magnifique scène pour lui.

"- Je...!"

Il en était profondément touché. D'ailleurs, lorsqu'il tourna ses yeux de jade vers Negai, il eut l'impression de faire passer tous ses remerciements par son regard - et quel regard -. Il le fixait, les joues rouges, tout tremblant, les lèvres légèrement entrouvertes. Sous le choc, oui.

"- C... C'est magnifique, Negai...! Je ne pensais pas voir une telle chose un jour..."

Il se sentit aussitôt idiot. Voilà qu'il repensait à son travail. A cause de lui, il n'avait jamais vraiment le temps de se permettre une quelconque contemplation. Mais maintenant, le violet lui avait permis une soirée simple, sans avoir à se soucier du crime, ou quoi que ce soit... En tout cas, son visage adorablement craquant lui communiquait toute sa reconnaissance.


Negaï


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Negaï plissait les yeux pour mieux s'habituer aux nuances changeantes de ce début de nuit. Il faisait nettement plus froid depuis que le soleil s'était caché derrière les montagnes. Il se concentra sur le visage du garçon qui le regardait avec une expression nouvelle. Enfin, après l'indifférence et l'indignation qu'il avait alternées tout au long de la soirée, ça n'était pas facile de trouver de la nouveauté !

"Et pourtant, c'était juste sous votre nez. Je suis content de vous avoir un peu ouvert les yeux."

Même si la remarque paraissait froide, sa voix l'avait prononcée d'un ton plutôt doux. Il restait dans la constatation, et ne pensait pas un seul instant à lui faire un reproche. Même si, en effet, le manque d'intérêt des Hyliens pour ce qu'ils avaient à portée de main le révoltait, et encore davantage quand ils venaient pleurer en se rendant compte que c'était parti sans qu'ils n'aient pu en jouir au moins une fois.

"Je suis vraiment content de voir que cela vous plaît. Une de mes amies trouve ça trop lyrique, vous comprenez, alors que, tout comme vous, elle n'a jamais pris une minute pour y regarder de plus près."

Il lui dit un petit sourire pour aller dans le sens de la joie qu'il avait exprimée. Il croisa alors une nouvelle fois ces yeux plein de reconnaissance qui le toisaient. Benh dis-donc, s'il avait su, il se serait dépêché de finir de dîner pour profiter plus tôt de cette faiblesse. Il n'aurait peut-être pas eu à jouer les gendres idéaux et serait bien plus occupé à l'heure actuelle.

"Dommage que nous arrivions si tard. Peut-être reviendrons-nous un autre jour pour admirer les reflets cuivrés du crépuscule ?"

Les reflets cuivrés du crépuscule ? Mais merde, il se faisait pitié à lui-même, là.


Laurent


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Les reflets cuivrés du crépuscule ? Mais c'était quoi ce soudain élan de poésie, enfin ? Sur l'instant, Laurent n'y prêta même pas attention. Il était trop occupé à regarder l'horizon avec un air absent, ses yeux rivés sur les couleurs chatoyantes du soleil déclinant lentement, disparaissant bientôt au fin fond de la ligne que formait le monde avec les cieux. Un spectacle à portée de main. D'ailleurs, il tendit un instant cette dernière, comme s'il voulait retenir les derniers rayons orangés pointant encore au milieu de ce décor sombre.

Puis, la dernière phrase du violet lui revint. Revenir un autre jour pour regarder cela ensemble ? Hm... C'était sans doute une ruse. Une ruse pour l'attirer vers - brr, non, il ne voulait pas y penser -. Et celle-ci marchait... Du tonnerre, il haïssait devoir l'admettre, mais c'était vraiment convaincant. Rah, que c'était énervant...! Lui, avec toute sa logique, tous ses enseignements rationnels qu'il suivait à la lettre sans jamais - ou presque - s'en défaire, craquait face à cette comédie de bas étage d'un séducteur cherchant juste à l'attirer dans son lit ?!

... Eh bien oui.

Il se retourna doucement, alors que la lune grimpait déjà sagement dans le ciel. La fête était finie, pour cette fois. Oui, pour cette fois, car il ne comptait pas en rester là. Ce ne serait ni une défaite, ni une victoire.

"- Oui. Dans ce cas, puisqu'il me tarde d'être à cette prochaine fois... J'espère que nous nous reverrons vite."

Et, sans attendre de protestation, il s'élança en prenant son courage à deux mains, posa ces dernières sur le torse de Negai, et ferma les yeux avant de joindre leurs lèvres dans un doux baiser auquel il préféra ne pas trop penser... C'était plein de promesses, mais au fond, il avait peur de regretter. Se jeter dans les bras d'un tel homme, c'était risquer gros. Son job, déjà. Et surtout son honneur, parce que si cela venait à s'apprendre, il était fait. Pourtant, il savait que personne ne les verrait ici, et cela le rassurait. Il pouvait un peu se laisser aller. Voire beaucoup, vu la tournure que prenait la soirée - et le baiser -.

Il se sépara finalement du violet, ne pouvant rougir plus. C'était nul. Vraiment nul ! Il n'aimait pas ne pas résister... Surtout pour ça, enfin, c'était incroyable !

"- Ahem... A... A une prochaine fois, Negai...!"

Laurent hésita, mais se retourna finalement, refaisant - avec difficulté - le chemin inverse pour pouvoir repartir. Ce ne serait ni une victoire... Ni une défaite.

Ce serait un match nul.


Negaï


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"Oui. Dans ce cas, puisqu'il me tarde d'être à cette prochaine fois... J'espère que nous nous reverrons vite."

Par les Déesses, enfin une âme se dessinait sous les traits tirés du constipé de service ? Il voulait le revoir, alors ? C'était encourageant. Mais comme Negaï l'avait présagé, il ne se passerait rien ce soir-là. Pas vraiment un problème, il trouverait bien quelqu'un d'autre à se mettre sous la dent. Le violet allait rétorquer quelque chose d'assez mystérieux pour attiser ce nouveau désir, mais il n'en eût pas le temps.

Déjà, les mains du rouquin étaient posées sur sa poitrine, leur chaleur le brûlant presque tant la différence de température entre leurs deux corps était frappante. Il sentait tout un halo invisible se consumer autour du garçon, et c'était aussi agréable que terrifiant. De toute évidence ce mage de feu portait bien son appellation. Il devrait se méfier avant de le laisser comme une vieille chaussette, il risquerait d'avoir chaud au derrière.

Mais ces pensées étaient bien brèves, en comparaison du temps suspendu entre eux pendant que ses yeux bleus étaient rivés sur le visage de Laurent qui remontait vers le sien, assez vite en réalité. Il ne comptait pas le repousser, mais malgré tous ces efforts, c'était inattendu. Ses lèvres épousèrent rapidement les siennes comme si un papillon s'était posé dessus. Sauf qu'un papillon, Negaï aurait trouvé ça répugnant. Là c'était... Mouais, ça passait.

A nouveau, il n'eût pas le temps de rétorquer quoi que ce soit. Le papillon s'était envolé, et l'air impassible sur le visage du grand violacé ne devait pas être des plus rassurants. Il garda donc les lèvres scellées sur ce souvenir encore sucré en le regardant descendre maladroitement de leur perchoir. Ce n'est qu'une fois que l'autre fut trop loin pour l'entendre qu'il se décida :

"A très bientôt... Laurent."

Il resta de longues minutes à se remémorer la scène, à réorganiser tout ce qu'il avait pu collecter comme informations. Il était plutôt confiant pour la suite, en fin de compte.

Mais pour l'heure, il devait se mettre en quête d'un peu plus que d'orgueil. Il sauta de caisse en caisse, habitué à faire le chemin et donc plus agile. Autrement il serait déjà tout démembré au sol à cause de sa maladresse légendaire. Il revint sur ses pas, jusqu'à la taverne où ils étaient auparavant. Il n'eût même pas besoin de s'approcher trop des carreaux. Déjà la serveuse sortait pour s'agripper à ses cheveux et à son col.


"J'ai cru qu'il ne te lâcherait jamais !"

Un sourire vint éclairer ce visage si mystérieux qu'il conservait depuis l'épisode du baiser. Elle allait droit au but, elle, au moins. Il passa un bras négligent dans le dos de la jeune femme.

"Moi non plus. Mais il a fini par partir. Chez toi ?"

La blonde sauta sur place, d'un pied sur l'autre comme une petite fille recevant la poupée de ses rêves en provenance des étals les plus chers du marché. Tout n'avait pas été perdu, au moins.


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